Episodes 1 à 10

Distribution

Furax"Black" Pierre Dac – "White" & "Jejeboy" Francis Blanche 
"Furax" & "Asti Spumante" & "Léon Le Hihan" Jean-Marie Amato - "Fred Transport" Jean Poiret

"Carole Christmas" & "Mlle Fiotte" Edith Fontaine - "Mery Christmas" & "Ralph McIntosh" & "Mostoblase" & "Pruttmacher" Louis Blanche
"Commissaire Socrate" Maurice Biraud – "Inspecteur Euthymènes" François Chevais
"Malvina" Jeanne Dorival – "Maharané Pauline" Pauline Carton
"Mortimer" Roger Pierre – "Rinaldo" Jean-Marc Thibault
"Cornelius" & "Tumlatum" Guy Piérauld – "Anatole Biscon-Bouzigue" Raymond Devos
"Le Récitant" Lawrence Riesner

Les épisodes commencés le 5 juin 2020 vont se dérouler du plus récent au numéro 1.

Episode 10 - Furax à Monaco ?

Où les deux détective reçoivent des menaces de mort et Furax écrit à la presse. 

Black – Qu’est-ce que tu penses de tout ça ? White – Pour l’instant on est en plein cirage !
Dring, dring. Black – Allô ! Comment, non madame, ici c’est l’agence Black and White ! White – Qu’est-ce que c’est Black ? White – Une erreur, quelqu’un qui demande l’agence White and Black.
Dring, dring ! Black – Allô ! Oui c’est ici l’agence Black and White ! Comment ensemble ? C’est une femme qui veut nous parler à tous les deux en même temps. Prends l’écouteur White. Oui nous écoutons. La femme – C’est bien vous qui vous occupez de l’affaire de la disparition du professeur Merry Christmas ? Black and White – Oui ! La femme – Bon ! Eh bien, je vous conseille vivement et amicalement de laisser tomber ! Black and White – Mais, nous faisons notre métier. On nous a chargé de cette affaire, nous nous en occupons, c’est régulier ! La femme – Régulier ou pas, laissez tomber, occupez-vous de tout ce que vous voudrez, mais pas de ça. Black and White – Comment ça ! La femme – Ça vous dirait deux gentils paletots en sapin pour habiller vos gracieuses silhouettes de cadavres, hein ! Black and White – Mais. La femme – Il n’y a pas de mais ! Ou vous laisser tomber, ou vous passez à la casserole, compris ? Black and White – Mais enfin, qui parle ? Qui êtes-vous ? La femme – Quelqu’un qui vous veut du bien. Et elle raccroche.

Black – Eh bien, mon vieux ! White – Qu’est-ce que ça veut dire ? Black – Nous allons le savoir ! Allô, mademoiselle, ici Black and White détectives privés. Nous venons de recevoir des menaces de mort par téléphone. Pourrions-nous savoir d’où a été donné ce coup de fil ? Merci, c’est ça, je raccroche. Vous nous rappelez, oui merci. White – Qu’est-ce que c’est que cette souris ? Black – Elle n’avait pas l’air de plaisanter.
Dring, dring. White – Allô ! Oui j’écoute…, merci mademoiselle. Black – Alors ? White – L’appel vient des coulisses du théâtre A B Z ! Viens Black on va aller interroger le concierge. Black – Alors concierge, vous dites que vous l’avez vue ? Concierge – Comme je vous vois messieurs. Elle est montée dans une jeep, une jeep bleue et verte. White – Bleue et verte ? Sûr ? Concierge – Plutôt verte et bleue ! Black – Parfait ! White – Et bien ce coup-ci, je crois qu’on tient une vraie piste !

Et, ce jour-là, Furax, sortant de l’ombre, écrit une lettre ouverte à Paris-Presse.
Demandez Paris-Presse ! Édition spéciale… Furax à écrit à notre journal

Furax – Messieurs, vous ne me connaissez pas, mais moi je vous connais bien. Je sais que vous rendez publiques les choses les plus secrètes. Aussi je vous prie de faire savoir à tous et aux autres ce qui va suivre. Les barbus disparus ont tous été enlevés par mes soins pour des raisons qui échappent au commun des mortels, mais que je connais et que j’approuve. Ces barbus sont tous en mon pouvoir, dans un endroit où nul ne pourra les retrouver.
Toutefois les recherches faites par la police et les mesures prises par le gouvernement me gênent dans mon travail. J’exige donc l’annulation des ordres donnés et la cessation des enquêtes ouvertes jusqu’ici, sinon je me verrai dans l’obligation d’exercer des représailles sur les barbus qui sont mes prisonniers et que je considère comme otages. Cessez de rechercher les barbus, sinon ce sera hâter leur mort.
Que tout rentre dans l’ordre et que personne ne se mêle plus de mes affaires, c’est la meilleure façon d’éviter le pire. Vous entendrez encore parler de moi et, comme je veux que personne d’autre ne soit soupçonné de mes propres crimes, je signerai chaque fois en laissant
une boîte à musique. Laissez-moi remplir tranquillement ma tâche. Ne cherchez plus ceux qui disparaissent sinon : Malheur aux barbus !! – Signé Furax !

Une heure à peine après la sortie de l’édition spéciale, Fred Transport et Carole rendent une visite aux bureaux de Paris-Presse. Fred rejoint le bureau de son ami Raoul.
Fred – Salut Raoul. Raoul – Salut Fred, mademoiselle ? Fred – Carole Christmas. Voici mon ami Raoul Tabosse qui tient la rubrique réfractaire au journal. Max Tatavelli est là ? Raoul – Oui au bar. Arrivé au bar, le barman l’informe que Max est sous la table.
Fred – Hello, Max qu’est-ce que tu fabriques ? Tu as perdu quelque chose. Max – Oui, mes illusions ! Fred – Fais pas le zouave, j’ai besoin de toi, je te présente Carole Christmas. Carole, voici Max Tatavelli. Max – La fille du professeur ? Carole – Soi-même. Fred – Max, je voudrais voir l’enveloppe qui contient la lettre envoyée par Furax ! Max – Tu tombes à pic, je l’ai sur moi, la voilà. Fred – Merci mon vieux, voyons, ah, ah ! Elle est timbrée de Monaco. C’est tout ce que je voulais savoir, Merci Max. Et à nous deux, crapule ! Max – Non mais dis donc ! Fred – C’est de Furax que je parle ! Venez Carole, nous filons chez Black and White.

Dans le bureau des détectives.
White – Whisky Black ! Black – Whisky White ! Et à la nôtre ! La secrétaire – Patron, c’est mademoiselle Carole et monsieur Fred. Black – Introduisez ! Fred – Salut ! Quoi de neuf ? White – Ben, à part mes souliers, pas grand-chose ! Fred – Nous, nous avons du nouveau. La lettre envoyée par Furax est timbrée de Monaco ! White – Vous en êtes certains ? Fred – Aussi certain que j’en suis sûr, nous venons de voir l’enveloppe. Black – Ce qui prouverait que la lettre a été postée là-bas. Fred – Alors qu’est-ce qu’on fait ?
White – A mon avis, il faudrait y aller. Fred – Ȧ Monaco ? White – Bien sûr, pas à Bar-le-Duc ! Qu’en penses-tu Black ? Black – Beaucoup de bien ! Moi je suis partisan de toujours y aller, parce que tant qu’on n’y va pas, on ne peut pas dire qu’on y est ! Fred – Alors, on y va ? White – C’est-à-dire que vous y allez ! Fred – Qui, nous ? White – Ben oui, vous, Carole et toi. Après le coup de téléphone de menaces que nous avons reçu, ce n’est pas le moment de nous faire repérer. Alors compris ? Filez tout de suite sur Monaco, prenez le vent et tenez-nous au courant ! Filez, vous avez un train dans une demi-heure ! Fred – Dans une demi-heure ! On ne l’aura pas, avec la circulation qu’y a dans Paris, nous ne pourrons jamais y arriver à temps ! Black – Alors, allez à la gare du Nord, c’est à cinq minutes d’ici, c’est bien plus commode que la gare de Lyon ! White – Puis après tout, un train ou un autre, le principal, c’est de ne pas le rater ! Pas vrai Black.
Black
Oui… Whitesky.

GONG !

épisode 9 - Les enquêtes simultanées se précisent.

Où les deux groupes d'enquêteurs paufinent les préliminaires de leur enquête.

Fred  – Eh les gars, vous avez entendu, c’est Carole. Brouhaha, bruits de pas, ouverture brutale de la porte.
White – Qu’est-ce qu’il y a, mademoiselle ? Fred – Carole, qu’y a-t-il ? Carole – Là, là, là. Fred – Quoi ? Carole, pour l’amour du ciel expliquez-vous ? Carole – Là… une souris ! Black – Ne craignez rien, mademoiselle, nous sommes là, White est champion de tir. Tire White ! 
Pan, pan ! Et bien sûr il rate la souris qui retourne dans son trou.
Carole – Ah mon Dieu, regardez, Fred est évanoui ! White – Asti, occupez-vous de le ranimer. Black – Il y a des traces sur le tapis. Voyons ça. Curieux, c’est du sable. Nous ferons faire l’analyse. White – Et là, une cigarette ! Votre père fumait-il cette sorte de cigarette ? Carole – Non, il fumait des gitanes papier d’emballage à bout rapporté. Black – Hum, drôle d’odeur cette cigarette, nous ferons analyser également. White – Et bien je crois que ce sera tout pour aujourd’hui ! Carole – Vous avez bon espoir, messieurs ? Black – L’arrestation du ou des coupables n’est plus maintenant qu’une question de temps et d’appréciation, pas vrai White ?
White – Oui… Black – …sky.

Pendant ce temps, dans les bureaux du commissaire Socrate.
Socrate – Enfin c’est inouï, il est inadmissible qu’on ne parvienne pas à identifier l’individu qui est tombé du quatrième étage ! Euthymènes ! Euthymènes – Patron ! Socrate – Vous avez bien suivi mes instructions ? Euthymènes – Crapuleusement chef ! Socrate – Quoi ? Euthymènes – Pardon chef, scrupuleusement. Socrate – Vous avez bien consulté les sommiers de l’identité judiciaire ? Euthymènes – Oui et également les matelas, oreillers et traversins. Socrate – Résultats ? Euthymènes – Néant, que dalle ! Socrate – Ce qui fait au pluriel "que d’eau" ! Cet homme n’avait vraiment aucun papier sur lui ?
Euthymènes – absolument pas, mais y avait un carton. Socrate – Quel carton ? Euthymènes – Le voilà chef ! Socrate – Mais, bougre de crétin, c’est une carte d’identité ! Vous ne pouviez pas le dire plus tôt, non ? Euthymènes – Mais vous m’avez demandé s’il y avait des papiers, pas des cartons ! Socrate – ça va, mais on en recausera. Voyons cette carte : Joseph O’Klusten, garçon coiffeur, 22 bis rue Brise-miche. Prenez quatre-vingt hommes avec vous on va faire une descente. Euthymènes – Où ça, chef ! Socrate – N’importe où, l’essentiel est de descendre pour mieux remonter, il n’y a pas une seconde à perdre !

Bruits de sirènes.
Agent – Allez, allez, les papiers tout le monde. Tous – On exagère, on n’a pas que ça à faire ! Euthymènes – Les hommes à droite, les femmes à gauche. Un type (un peu efféminé) – Je me mets où, moi ! Euthymènes – Au milieu. Le type (rouspétant) – Ça y est, voilà que je suis un gars du milieu maintenant ! Un autre – Alors quoi, ça va bientôt finir cette rafle, c’est que j’ai du boulot moi ! Euthymènes (
s’adressant à une femme) – Minute beauté, le commissaire arrive.
Socrate – Tout le monde est là ? Euthymènes – tout le monde sauf ceux qui sont ailleurs, chef ! Socrate – C’est une vérité de La Palice et je dirais même plus, de La Palice judiciaire ! Tâchons de savoir si quelqu’un sait quelque chose sur ce coiffeur de malheur. Commençons !

Et le soir après toute une journée, le commissaire met la main sur celle qui sait.
Socrate – Ton nom ! Zizi – Je m’appelle Vandervalle Josseline, mais on m’appelle Zizi la Bombonne, rapport que j’aime bien le beaujolais. Socrate – Bon ! Et après ! Euthymènes – T’étais la maîtresse d’O’Klusten ? Zizi – C’est lui qui était mon amant ! Socrate – Ça va, continue ! Zizi – On m’l’a buté ! Socrate – Ça on sait, ce qu’on voudrait savoir, c’est ce qu’il voulait nous dire au sujet de la disparition des barbus. Zizi – J’sais pas moi ! Il a disparu deux jours avant de clamser ! Socrate – Où allait-il ? Zizi – J’sais pas ! Socrate – Qui l’a vu le dernier ? Zizi – C’est Toto l’Arménien ! Socrate – Où est-il ? Zizi – C’est le petit vieux noiraud là-bas ! Socrate – Euthymènes, amenez-moi Toto l’Arménien.

Le voilà qui arrive vers le commissaire.
Toto – Mais ché zais rien, moi apzolument rien ! Zizi – Allez Toto, dis leur quand c’est qu’t’as vu O’Klusten, qu’on en finisse ! Toto – Eh pien, j’étais au bistro avec Jojo et y a une femme brune qui est entrée. Elle a causé au patron qui lui a montré Jojo du doigt. Elle est venue fers lui et elle lui a dit :
La femme brune – Monsieur Joseph O’Klusten ? Jojo – Oui ? La femme – Je vous cherche depuis deux jours. Jojo – Et pourquoi ? La femme – J’ai un travail pour vous. Jojo – Quel genre de travail ? La femme – Vous étiez coiffeur, je crois ? Jojo – Oui, mais je n’ai plus le droit d’exercer. La femme – Pourquoi ? Jojo – on m’a retiré mon permis de conduire les rasoirs. La femme – Eh bien, vous allez exercer à titre privé. Jojo – C’est-à-dire ? La femme – On a besoin de vos talents pour tailler quelques barbes ! Jojo – Plusieurs ! La femme – Plusieurs ! Jojo – Combien ? Deux…trois ! La femme – environ 250. Jojo – 250 barbes ? La femme – Oui, vous serez payé à la pièce. Jojo – Ça marche, envoyez les clients. La femme – Non, il faut que vous veniez. Jojo – Où ça ! La femme – Ne vous occupez pas de ça, venez ! Jojo – D’ac, je viens ; à demain Toto l’Arménien. Toto – A demain Joseph et prend garde à toi.

Roulement de tambour.
Toto – Voilà comment ça s’est passé, monsieur le commissaire ! Ils sont montés dans une jeep bleue et verte et ils ont démarré. Socrate – Parfait, parfait. Euthymènes, je suis très content. Euthymènes – Pourquoi, patron ? Socrate – Je sais à présent ce que Jojo avait à nous révéler. Euthymènes – Si vous le savez, c’est que vous ne l’ignorez plus. Socrate – Très juste ! Euthymènes – Et qu’est-ce qu’il voulait nous révéler ?
Socrate – Eh bien, il voulait nous dire…

GONG !

épisode 8 - l'arrivée des duettistes Black and White

Où Black and White entrent en scène.
Une vraie parodie des Dupont et Dupond de Tintin.
Je pense que c’est voulu et bien sûr les deux co-auteurs du feuilleton
le font à leur sauce loufoque
qui atteindra son paroxysme
dans leur sketch le plus célèbre  Le Sar Rabindranath Duval.

Fred – Halte-là ! Qui vive ? Asti – Ma ché ? C’est moi, Asti Spumante ! Carole – Ah Asti, c’est épouvantable, on a enlevé le professeur. Asti – Chi, Il professore, Ma non é possible ? Carole – C’est affreux, regardez, la porte-fenêtre est ouverte. Ils ont dû l’arracher de son bureau. Fred – Oh, Carole, Asti, regardez ! Carole et Asti – Quoi ? Fred – Là à côté du téléphone. Asti – On dirait ouna boîte à musique. Carole prenez-la, on va bien voir. Tous – Oh ! Asti – Et regardez, à côté il y a oun pétit mot dé billet.

Fred – Il lit : « Avec les compliments de Furax ! ».
Le lendemain dans la presse :
– Demandez le Dimanche illustré du mardi ! Un professeur de l’Académie a disparu hier soir,… Le Monde,… Paris-Presse… – La plus belle barbe de France a été enlevée. Tous les détails… Ȧ l’Académie :
Tarare-Pompon – Mes biens chers collègues, la barbologie analytique vient d’être frappée dans l’un de ses représentants les plus éminents. Je propose à l’intention de ce nommé Furax, de cet inconnu malfaisant un « HOU » d’indignation ! Tous en cœur – Hou !

Retour chez le professeur
Fred – Carole ne soyez pas triste, nous retrouverons votre père. Carole (sanglotant) – Pauvre papa ! Asti – Povero professore, tout le monde il l’aimait bien. Ses élèves l’adoraient, même qu’ils l’appelaient Barbapoux ! Carole – Barbapoux, bouhou ! Bouhou. Asti – Et ses collègues ils l’appelaient Duschnock ! Carole – Duschnock ! Sniff. Fred – Écoutez Carole, la police officielle ne s’en sort pas, mais je sais ce qu’on va faire. Carole – Quoi Fred ? Fred – Voilà, on va aller trouver deux gars que je connais, deux détectives privés Black and White, des types formidables et travailleurs.

Dans le bureau des détectives :
Black – Dis, donc White ? White – Quoi Black ? Black – Passe-moi le whisky. White – Tiens.

Dring, dring !
B.Ah!On sonne à la porte W. – Tiens, on a sonné. B. – Oui, on a sonné ! W. – ça doit être quelqu’un. B. – Oui c’est surement quelqu’un ! W. – Tiens on re-sonne. B. – Oui on devrait p’têt aller ouvrir ! W. – Oui on devrait y aller.
Dring, dring, dring…
B. – Ȧ moins que ! W. – Bouges pas (il crie) Entrez !
Black – Ah tiens c’est Fred. White – Fred Transport, ça par exemple.
Fred – Bonjour les enfants. Carole je vous présente Black and White, détectives privés. Carole – Enchantée, messieurs !
White – Alors Fred ! Black – Qu’est-ce qui t’amène ? Fred – Vous m’écoutez les gars ?
White – Oui. Black – … sky.  

Fred leur raconte tous les derniers évènements et une heure plus tard, les deux détectives se mettent au travail dans la demeure du professeur Christmas à Neuilly.
Black – En somme, si nous comprenons bien, mademoiselle, c’est ici qu’habite le professeur ? Carole – Oui, monsieur. White – D’où nous pouvons déduire que c’est là qu’il habitait avant sa disparition. Black – Voilà donc un point important établi. Et maintenant commençons par le commencement. White – Si vous le permettez, mademoiselle, quelques petites questions d’ordre colonel. Carole – Comment ? White – Pardon, d’ordre général, je me suis trompé de grade ! Quel est le personnel de cette maison ? Carole – Un valet de chambre, Justin. Une cuisinière Coryphédrine, et un garde-chasse d’eau Julien.
Black – Un garde-chasse d’eau ? Carole – Oui, il y a un vice de construction dans les chasses d’eau qui fonctionnent mal, alors mon père avait décidé de prendre un garde chargé de leur surveillance et de leur entretien. Nous avons aussi le secrétaire de mon père Asti Spumante qui le seconde dans ses travaux. White Ils habitent ici ? Carole – Oui. Black – Il faudrait prévoir un interrogatoire de tout ce monde en temps utile. Pour l’instant nous allons examiner les lieux. Fred veux-tu nous mener à la cuisine ? Fred – A la cuisine ? Pour quoi faire ? White – Fred, tu connais sans doute notre méthode, qui est de procéder par élimination. Nous commençons donc par éliminer tout ce qui n’offre aucun intérêt, afin d’avoir la tête et les mains libres pour nous occuper de ce qui nous intéresse. Fred – Excuse-moi, vieux. Par ici, passez devant et suivez-moi.
Carole – Voilà la cuisine. Black – Hum, voilà qui me paraît bizarre ! White – Quoi donc ? Black – Le tuyau de gaz est branché sur le robinet d’eau. Carole – Ah oui, c’est une idée de mon père. Il fabriquait son eau gazeuse lui-même. White – Fort ingénieux, passons à la salle de bains. Carole – Par ici. Black – Que fait ce tas de charbon là ? Fred – Le professeur souffre d’acné rhumatismale et il prenait des bains d’houille. White – Des bains d’houille ? Carole – Oui, des bains de charbon si vous préférez. Black – Et ça lui faisait du bien ? Carole – Non, mais pendant qu’il se nettoyait après son bain, il ne pensait plus à la douleur. White – Je vois, allons au cabinet de travail.
Fred – C’est par ici. Black – C’est là que selon toute vraisemblance s’est produit l’enlèvement ! Fred – Eh oui, puisque le professeur était assis à sa table de travail. White Exact, il y a encore l’empreinte du postérieur sur le fauteuil du professeur. Black – Pour ainsi dire pas de trace de lutte. Oh, oh ! White – Tu as trouvé quelque chose ? Black – Sur la cheminée, il y a les empreintes de quinze doigts ! White – Formidable ! Eh bien, le ravisseur ne tardera pas à être arrêté. Un type qui a trois mains, c’est facile à repérer. Fred – Ȧ moins que quelqu’un ait posé une fois ses deux mains puis une fois une main. Black – On verra ça plus tard. Laissez-nous seuls, nous devons déduire un peu. Fred – D’accord les gars, venez Carole.

Ils sortent et une fois seuls, les deux comparses reboivent un verre de whisky et continuent leurs échanges à la Dupont, Dupond de Tintin pour finir par décider d’interroger Asti.
Black – On aimerait savoir ce que vous pensez de tout ça. Asti – Tout ça, qué tout ça ? – White – Ben tout ça. Asti – Ah, tout ça. B. – Oui qu’est-ce que vous en pensez ? A. – Zé n’en pense qu’una chose. W. – Et quoi donc ? A. – C’est bien triste. B. – Rien d’autre ! A. – Qu’est-ce qué vous voulez ? Moi le soir dé la disparition, z’étais pas là ! W. – Où t’étais ? A. – Z’ai passé la soirée au Théâtre des Trois Baudets, y avait : Robert Lamoureux, Félix Leclerc, Pierre Dac et Francis Blanche. C’était bien beau.

Précisons qu’en cette année 1951, il n’y avait pas de règle pour la publicité qui pouvait être suggérée dans les feuilletons d’où l’info sur le spectacle en cours au Trois Baudets à cette époque.
White – Dis, donc Black, c’est pas un peu exagéré cette publicité. Black – Si, j’ai l’impression qu’on charrie pas mal. Asti – Bon, admettons qué zé rien dit. White – Comme ça, ça va ! Black – Ȧ part ça vous ne savez rien sur l’affaire. Asti – Hé non ! Z’ai pas assisté à l’enlèvement ! White – En somme, vous êtes assistant et vous n’assistez à rien ! Asti – Et alors, Z’y peut rien moi ! Qui c’est qui l’écrit ce roman ? C’est moi ou c’est vous ? Ȧ présent on mé fait responsable perqué z’ai rien vou ! Il y a des moments où qu’on perdrait la patience ! Addio !

Et Asti s’en va. Restés seuls, nos deux humoristes font semblant de poursuivre leurs investigations : Black – Dis donc, White. White – Quoi Black ? Black – ça avance, hein, l’enquête. White – Oui !
Ȧ ce moment un hurlement retentit :
Aaaaaaaaaaaah !

GONG !

 

épisode 7 - l'enlèvement du professeur

Où Carole et Fred arriverons trop tard pour empêcher l'elèvement du professeur.

Merry Christmas – Mais qui êtes-vous ? Furax ce nom ne me dit rien. Furax – Vous n’êtes pas le seul dans ce cas. Mais d’ici quelque temps, on pourra compter sur les dix doigts ceux qui dans le monde entier ne le connaîtront pas ! Merry Christmas – Que me voulez-vous ? Furax – Professeur vous m’intéressez à un degré que vous ne soupçonnez pas non seulement vous, mais surtout vos travaux. Merry Christmas – Ah, vous vous intéressez à la barbologie analytique. Furax – Oui et sous toutes ses formes. Merry Christmas – La barbologie analytique seule compte, elle est incontestablement, et j’en ai établi la preuve formelle… Furax – Je sais professeur, je sais, professeur et j’apprécie en particulier votre remarquable étude sur la barbologie analytique depuis les Capétiens jusqu’à mercredi en huit. Mais mon temps est précieux professeur et j’ai besoin de vos services. Il faut que vous veniez avec moi.

Merry – Avec vous ? Et où ça ? Furax – Je ne puis vous le dire et vous le saurez plus tard ! Merry – Et pour quoi faire ? Furax – Vous le saurez aussi plus tard et vous devez me faire une confiance totale. Merry – Mais enfin, je vous le redis, je ne vous connais pas ! Furax – Vous aurez tout le loisir de me connaître mieux. Mais voyons, j’y pense, n’avons-nous pas vous et moi, des points communs ! Merry – Des points communs ? Furax – Eh oui ! Avez-vous jamais entendu parler du jaguar à casquette des Carpates ? Merry – Jamais ! Furax – Moi non plus, alors vous voyez bien que nous avons des points de contact puisque tous deux, nous ignorons la même chose. Merry – Possible, mais je ne veux pas partir avec vous, je ne veux pas. Furax – Dommage professeur, vraiment dommage ! Enfin puisque vous ne voulez pas ! Cigarette ? Merry – Volontiers, ça me détendra. Toutes ces émotions ! Furax – Un peu de feu ? Merry – Merci (puf, puf ) Elle est très parfumée cette cigarette. Furax – Oui n’est-ce pas ? Très parfumée, trop parfumée peut-être pour votre goût ? Merry – C’est-à-dire, mais, mais ? Que se passe-t-il ? (il tousse) ma tête tourne, j’ai froid, oh que j’ai froid ! j’ai mal au cœur, je ne vois plus clair, ma tête, oh ma tête, je ooooh ! ooooh, au sec…
Furax – Ah, ah, ah, ha ! Allez, emmenez-le sans bruit et en vitesse !

Quelques instants plus tard Fred Transport et Carole arrivent à Neuilly.
Carole – Vous êtes un ange Fred, d’être venu avec moi ! J’aurais eu peur seule avec papa, dans cette grande maison. Fred – Son assistant n’est pas encore rentré ? Carole – Non, Asti Spumante sort le lundi, il rentre vers neuf heures. Il est neuf heures vingt et papa doit être encore en train de travailler ; venez !

Elle frappe à la porte
Carole – Papa ! C’est moi ! je suis revenue avec Fred !
Silence Carole – Papa ?!!!
Elle frappe de nouveau.
F. Entrez Carole ! C. La porte est fermée !! F. Vous en êtes sûre ? C. Aussi sûre que si j’en étais certaine ! F. Qu’est ce ça veut dire ? C. Fred je suis inquiète. F. Moi aussi ! C. vous êtes inquiète ? F. Non, je suis inquiet, ça revient au même C. Qu’est-ce qu’on fait ?
F. Carole, il faut que vous enfonciez la porte. C. Qui, moi ? F. Naturellement c’est votre porte !
C. Mais, Fred, dans les romans, d’habitude c’est l’homme qui fait ces trucs là ! F. Oui, mais à la radio, on ne me paie pas assez cher pour que je me déboîte l’épaule. C. Bon, alors j’y vais !

La porte n’étant pas verrouillée, le coup d’épaule de Carole suffit à l’ouvrir.
F. Personne ! C. Papa ! F. Professeur ! C. Professeur ! F. Papa. C. Disparu. F. Nom d’un chien je m’en doutais ! C. Fred, où est papa ? F. Je ne sais pas Carole !
C. Chut !, j’entends marcher dans le hall. F. Eteignez la lumière, vite ! F. (tout bas) Il approche ! C. N’ayez pas peur Fred, je suis là.
Fred – Le voilà ! Carole – Attendez Fred, ne bougez pas, j’allume !

Roulement de tambour

GONG !

Episode 6 - Carole demande de l'aide

Socrate – Mélusine ! Mélusine – Monsieur le commissaire ? Socrate – Appelez-moi l’inspecteur Euthymènes. Mélusine – Bien monsieur le commissaire ! Euthymènes – Vous m’avez demandé, chef ? Socrate – Oui, qu’est-ce que vous faisiez à l’instant ? Euthymènes – Rien, chef. Socrate – C’est tout ? Euthymènes – Oui, chef, car j’estime que lorsqu’on ne fait rien, on est bien placé pour faire quelque chose. Socrate – Puissamment raisonné, Euthymènes, vous ferez votre chemin ! Euthymènes – C’est ce que me disait mon père qui voulait que je sois cantonnier.
Socrate – Bon. Est-ce qu’on a identifié le type qui est tombé du quatrième étage ? Euthymènes – Oui, chef. Socrate – Ah ! Qui est-ce ? Euthymènes – Un inconnu chef. Socrate – Bon ! Voilà qui nous fait faire un grand pas en avant dans la direction de la marche arrière. Avait-il des papiers sur lui ? Euthymènes – Oui, patron. Du papier hygiénique, un bloc de papier à cigarettes et du papier d’Arménie. Socrate – C’est un homme qui pensait à tout. Euthymènes – Sauf à ce qui lui est arrivé ! Socrate – En tous cas la chute de cet inconnu du quatrième étage au rez de chaussée est un exemple frappant de la fragilité de la destinée humaine ! Euthymènes – Comment ça, chef ? Socrate – C’est un homme qui est parti de haut et qui a fini bien bas ! Au fait, il est mort ? Euthymènes – Définitivement !
Socrate – Enfin, c’est la vie ! ça me fait penser que je meurs d’inhumation. Euthymènes – Comment ça, chef ? Socrate – D’inanition, avec cette sacré affaire des barbus, je n’ai rien pris depuis vingt-quatre heure. (
téléphonant) Allô, le bar de La Pèlerine roulée ? Ici commissaire Socrate, faites-moi monter une ciguë-menthe et un sandwich au bouillon de légumes. Il raccroche. En résumé, jusqu’à présent, l’enquête sur ce type s’avère résolument stérile ? Euthymènes – Comme un pansement hydrophile, patron.
Toc, toc !
Socrate – Qu’y a-t-il Mélusine ? Mélusine – C’est une jeune fille qui veut vous voir. Socrate – Qui est-ce ? Mélusine – Mademoiselle Carole Christmas. Socrate – La fille du professeur ? J’ai déjà reçu un coup de fil au sujet de ce barbu. Faites entrer. Bonjour, mademoiselle. Qu’est-ce qui vous amène ? Carole – Un taxi, commissaire ! Socrate – J’en déduis que vous désirez me voir de toute urgence ? Carole – En effet, monsieur le commissaire. Je viens vous demander aide et protection ! Socrate – Pour vous ? Carole – Non, pour mon père. Je suis affreusement inquiète à son sujet, je ne vis plus, je ne mange plus, je ne dors plus. Je vous en supplie, commissaire, je… Socrate – Allons, allons, mademoiselle. La voilà toute pâle, elle va se trouver mal ! Carole – Excusez-moi, commissaire, je suis tellement bouleversée et à bout de forces. Socrate – Voyons les choses calmement. Monsieur votre père est bien le professeur Merry Christmas, titulaire de la chaire à saucisse ? Carole – Pardon, commissaire, de la chaire de barbologie analytique. Socrate – C’est ce que je voulais dire, et il lui est arrivé quelque chose ? Carole – Pas encore, mais j’ai de sinistres pressentiments. Songez monsieur le commissaire, à sa situation, à la science qu’il enseigne et à sa barbe qui est, comme vous le savez, une des barbes les plus glorieuses de ce pays ! N’est-il pas une proie toute désignée pour les bandits actuels ? Je vous en prie, commissaire, faites quelque chose. Cette angoisse me tue ! Socrate – Mademoiselle, croyez que je compatis grandement à votre peine mais la loi est la loi ! Tant qu’il ne s’est rien produit, je ne peux absolument rien faire. Mais je vous donne ma parole que cinq minutes après la moindre alerte, j’entre en action ! Carole – Vous ne pourriez pas y entrer un quart d’heure avant ? Socrate – Désolé, mademoiselle.

Toc, toc !
Socrate – Entrez ! Barman – Commissaire, c’est votre  casse-croûte ; y avait plus de ciguë, alors je vous ai servi une belladone-cassis. Socrate – Ça ira. Euthymènes, reconduisez mademoiselle Christmas. Au revoir mademoiselle, et ne vous alarmez pas trop ! Votre père, comme tous les barbus de la capitale est placé sous la surveillance de la garde-barbière ! Carole – Oui, oui, je sais. Au revoir, commissaire.

Arrivée au rez de chaussée, elle interpelle un gardien.
Carole – Pardons, monsieur l’agent, pouvez-vous me dire… Agent – D’abord comment savez-vous que je suis agent ? Carole – Ben, à cause de votre uniforme ! Agent – Ah oui, c’est vrai ! Et alors ! Carole – Où peut-on téléphoner ? Agent – La cabine est sur votre droite. Carole – Merci !
Carole – Allô ! Monsieur Fred Transport, s’il vous plaît. C’est vous Fred ? Ici Carole. Je suis inquiète pour mon père. Oh vous êtes gentil. Ça ne vous ennuie pas ? Bon, je passe vous prendre. Non. Son assistant est sorti, il est seul à la maison, oui tout seul !

Mery Christmas – Brrr. Décidemment, je n’aime pas être seul ici. Voyons quelle heure est-il ? Il faudra que je me décide à faire avancer cette pendule. Avec la grande aiguille qui avance d’une heure un quart et la petite qui retarde de 45 minutes, on a un mal fou à s’y retrouver. Il doit être exactement neuf heures moins dix, à une demi-heure près. Il faut que je termine ce rapport avant d’aller me coucher. Il ne fait pas chaud ici et pourtant il y a un bon feu dans la cheminée. Il est vrai qu’il est éteint, mais ça n’est pas une raison un feu qu’il soit éteint ou allumé, c’est fait pour chauffer.
Je me sens nerveux, inquiet, sans cause bien sûr, je me sens oppressé. Oh mais ça ne va pas, je vais appeler le valet de chambre pour qu’il me prépare une tasse de tilleul. Justin ! Justin mais qu’est-ce qu’il fabrique ? Justin, Justin. Justin – Vous m’avez appelé, professeur ?  

Merry Christmas – Ah, enfin vous voilà ! Mais, mais vous n’êtes pas Justin. Et là mon dieu, au secours ! Mais qui êtes-vous ? Furax – Qui je suis ? Ah ha ha ha !
Furax – Je m’appelle Furax !!

GONG !

Episode 5 - De la chambre des députés, à la panique en ville jusqu'à...

Ce jour-là, à la Chambre des députés, une vive agitation règne dans les couloirs.

"C’est inconcevable !" - "C’est inouï !" - "Et par surcroît, c’est anticonstitutionnel !" - "Messieurs, la séance est ouverte !"
Président - "Messieurs, j’ai sur le bureau de l’assemblée une demande d’interpellation de monsieur Gigot-Labrassière sur les mesures que compte prendre le gouvernement pour mettre fin aux enlèvements des barbus et rassurer l’opinion publique. Je passe la parole à monsieur Gigot-Labrassière."
Gigot-Labrassière - "Zut je ne sais pas ce que j’ai fait de mon improvisation. Ah, la-voilà, je l’avais mise dans ma chaussette gauche ! Hum, hum : Tiens mon enfant v’la du fromage. Maman y a-t-il du beurre dessus ? Non mon enfant, ce n’est pas l’usage. Alors tu peux te l’mettre à la Caisse des Dépôts et Consignations."

Président - "Eh bien monsieur, qu’est-ce que cela signifie ?"
Gigot-Labrassière - "Mes chers collègues je m’excuse, je me suis trompé de papier et je vous ai lu un petit poème que je dois dire demain au mariage de ma femme."
Président - "Au mariage de votre femme ? Votre femme se marie ?"
Gigot-Labrassière - "Oui ! Avec moi ! A vingt-quatre heures près, je peux bien dire qu’elle est déjà ma femme !!" Président - "Finissons-en, c’est ridicule."

Gigot-Labrassière - "Messieurs, c’est pour moi une douloureuse épreuve que de prendre la parole dans les circonstances présentes. D’honorables citoyens de vertueux père de famille disparaissent chaque jour dans des circonstances telles qu’on en arrive à se demander si ces disparitions sont consécutives à des enlèvements ou si ces enlèvements ne sont pas la conséquence directe de ses disparitions. Or, messieurs, pourquoi enlève-t-on seulement les barbus ? Je suis persuadé d’avoir avec moi tous les honnêtes gens en déclarant solennellement que ces enlèvements portent la marque indiscutable de nos ennemis politiques."

Les voix s’élèvent de l’hémicycle : - Assez !! - Vendu !!
Gigot-Labrassière - "Je ne suis pas vendu, moi, monsieur !"
"Si vous n’êtes pas vendu vous êtes acheté ? – Oui et à jeter par la fenêtre !"

Président - "Rappel à l’ordre ! Silence !!"
Gigot-Labrassière - "Je demande au nom  de mon groupe…" "Et à quel groupe appartenez-vous ?"
Gigot-Labrassière - "Au groupe électrogène et j’en suis fier. Je demande au Gouvernement ce qu’il compte faire pour mettre fin à ce pitoyable état de choses, qui n’est d’ailleurs que le triste exemple d’une époque où la main de l’étranger peut impunément mettre les pieds dans le plat à barbe."

Président - "la parole est au ministre." Ministre - "Je n’ai pas attendu les observations de M. Gigot-Labrassière pour prendre mes responsabilités. Je demande à mes collègues, dans l’intérêt supérieur de la Nation, de ne pas se laisser influencer par de regrettables exagérations. Nous ne sommes plus au temps de Gambetta, des Pelletan, des Jules Grévy, des Fallières, tous barbus impénitents et dont la barbe était le symbole poilu de leurs opinions respectives et de la gravité de leurs préoccupations. La barbe messieurs, de nos jours, n’est plus guère qu’un motif ornemental et décoratif, dernier vestige d’un dilettantisme honorable, certes, mais suranné. D’où limitation des dégâts, ce qui ne veut pas dire que je cherche à les minimiser. C’est pourquoi en réponse à l’interpellation de M Plat-de-côtes-Labrassière…"

Gigot-Labrassière - "Gigot ! Vous vous trompez de morceau."
Ministre - "J’ai l’honneur d’aviser que déjà j’ai donné aux services compétents toutes instructions formelles afin qu’ils puissent, dans le plus bref délai, envisager de toute urgence l’éventualité des dispositions à prendre en vue de déclencher une action rapide susceptible de provoquer l’étude des solutions propres à assurer la conclusion in extremis des problèmes actuels, sans préjudice du reste et de tout ce qui s’ensuit !"
Tous : Bravo ! Très bien ! Roulement de tambour.

Et, tout au long de l’échelle administrative, on prend la responsabilité tambour battant… - "Allô, Directeur du cabinet à secrétaire général. Les instructions du ministre sont impératives ; je compte sur vous, il faut en finir…" - "Allô ! Secrétaire général à chef de division : Vous avez bien compris, débrouillez-vous, je compte sur vous, je vous tiens pour responsable…" - "Allô ! Chef de division à chefs et sous-chefs de bureau : attention vous autres, si tout n’est pas fini dans les quarante-huit heures vous êtes révoqués…" - " Allô ! Chef de bureau au chef des huissiers ; Qu’est-ce que vous foutez ? Ce n’est pas la peine de porter une chaîne quand on n’est pas capable de s’en servir pour enchaîner les coupables ! Et le chef des huissiers… Chef des huissiers - "où est le garçon de bureau ? Ah ! Vous voilà. Alors cette enquête, ça avance ?" Garçon de bureau - "Mais !" Chef des huissiers - "Y’a plus de mais que de mayonnaise dans les encriers, allez, au boulot, et plus vite que ça, le ministre compte sur vous."

Et pendant ce temps, dans le pays, la panique continue !
Mme Ribadeau - "Et dites, mâme Bocahu, quoi qu’y d’vient vot’mari ?" Mme Bocahu - "Pensez donc mâme Ribadeau, avec sa barbe qui pousse si vite. J’y interdis d’sortir, on me l’prendrait." Mme Ribadeau - "Z’avez bien raison, mâme Bocahu !!"

A la radio privée Speaker "Ne risquez pas votre vie bêtement, rasez-vous chaque jour avec la bonne lame Hildegarde. Un menton rasé, c’est une vie sauvée !" A Montmartre "Plus de poil au menton c’est le slogan du jour. Depuis le boulevard Barbès jusqu’à Barbizon, plus de barbus. Et puisqu’on les enlève du premier jusqu’au dernier plus personne ne voudra remplacer Ramadier !" A Montparnasse – "oh ben dit donc, toi, t’as mis une fausse barbe ?" – "Ben tu penses ma p’tite, c’est le meilleur moyen de se faire enlever !" "Demandez le grand succès du jour Malheur aux barbus ! Le petit format, vingt franc."

Or le soir même, vers six heures et quart, un homme se présente à la police judiciaire, 4ème étage.
Visiteur - "Dites, c’est pour l’affaire des barbus. J’ai deux ou trois choses à dire." Planton - "Ah, c’est que il est six heures et quart, c’est fermé !" Visiteur - "Ben oui, mais moi, j’suis pas tranquille ! Je voudrais causer !" Planton - "Revenez demain." Visiteur - "Demain, demain, c’est facile à dire ! Faudrait que j’y soye encore !" Planton - "Mais bien sûr, vous ne risquez rien, allez à demain."

L’homme commence à descendre l’escalier ; mais quelques instants plus tard… Visiteur -  "Aaaaaah !" Bruit de chute ; les gens -  "Quoi ? Qu’est-ce que c’est ! Oh, regardez en bas ! Quelle horreur !"
Planton - "Patron, patron !" Socrate - "Quoi ?" Planton - "On vient de balancer un gars dans la cage d’escalier !!"  

GONG !

 

Episode 4 - Arrivée des premiers acteurs principaux

Socrate - "Allô ! Allô ! Monsieur le secrétaire perpétuel ? Pouvez-vous me répéter ce que vous disiez dans l’épisode précédent ? "
Tarare-Pompon - "Et bien tout simplement parce que le professeur Mery Christmas est une des plus belles barbes, non seulement de notre académie, mais de la France toute entière alors ça craint.
"
Socrate - " Merci de ces précisions, nous songerons à faire le nécessaire."
Il raccroche, ouvre la porte de son bureau et appelle : "Inspecteur Euthymènes !" Euthymènes arrive : "Patron ?"

Socrate - "Mery Christmas, ça vous dit quelque chose. ?"
Euthymènes - "Le professeur ! Oh oui patron, chaire de barbologie analytique, Belle figure de savant. Il vit seul avec sa fille Carole et son assistant, un italien nommé Asti Spumante."
Socrate - "Existence régulière ?"
Euthymènes - "Tout ce qu’il y a de régulier patron. Il est midi vingt-cinq, il doit être en train d’écouter la radio avec son assistant…"

Merry Christmas -  "Baissez la radio Asti, vous serez gentil, la musique du générique me barbe !"
Asti - "Professore, n’employez pas ce mot, il porte malheur ces temps-ci."
Mery Christmas (riant) - "Ah oui, je sais, Malheur aux barbus ! Tout ça n’est pas sérieux."
Asti « Ah, professore, vous avez tort ! 96 barbus ont disparou en six zours ! Vous devriez faire comme vous dit mamoisella Carola."
Mery Christmas - "Ma fille ! Elle s’inquiète pour rien ! Si elle savait…"
Asti - "Si elle savait quoi ?"
Mery Christmas - "Rien, rien, attention la voilà !"

Carole - "Papy, papy chéri. Tu veux me faire plaisir ?"
Mery Christmas - "Quoi donc, ma petite ?"
Carole - "Fais-toi couper cette barbe !"
Mery Christmas - "Non Carole. Non ! Je t’ai déjà dit que cette barbe me vient de mon père et que j’y tiens très fort."
Carole - "Mais Papy, en ce moment…"
Mery Christmas - "En ce moment plus que jamais !"
Asti - "Professore, vous devriez l’écouter !"
Mery Christmas - "J’ai dit non !"
Carole - "Sois gentil ! Tous les barbus sont menacés !"
Mery Christmas - "Pas moi !"

Carole - "Tous ! Assieds-toi. Tu vas entendre dans deux minutes ce qu’on dit à la radio."
Mery Christmas - "Quoi ? Les reportages de ton petit ami Fred Transport ? Foutaises"
Carole - "Mais papy, Fred est un de nos meilleurs journalistes !"

Mery Christmas - "Oui ; Eh bien ses émissions me rasent ! Et suffisamment pour que je n’ai pas besoin d’aller me faire raser d’avantage ! Bonsoir !"

Asti « C’est qu’il est bouté, votre papa, mamoisella Carola !"

Carole - "Il est quoi ?"
Asti - "Il est bouté, il sé boute, il s’entête !"
Carole - "A qui le dites-vous. Voilà trois jours que je lui…"

Speaker - "Ici radiodiffusion française ! Nous vous mettons en communication avec notre reporter Fred Transport, qui poursuit son enquête sur le vol des barbus !"
Asti - "Vous l’aimez, hé, ce zournaliste ?"
Carole (
minaude) - "Oh c’est un camarade rien de plus !"
Asti - "Ma, Carole, moi aussi, zé souis oune camarade !"
Carole - "Chut, Asti, écoutez !"

Fred - "Ici Fred Transport, qui vous parle de quelque part en plein centre de Paris. Chers auditeurs, l’émotion soulevée par les enlèvements successifs de barbus, loin de se calmer, ne fait qu’augmenter d’heure en heure. Aux dernières nouvelles, une commission siégeant en permanence à la police judiciaire vient de décider de la création d’une garde spéciale, qui va prendre le nom significatif de garde-barbière et qui sera exclusivement affectée à la sauvegarde et à la protection des barbus. Dans la rue le spectacle est extraordinaire et prêterait parfois à sourire s’il n’avait des résonnances tragiques. En effet, en conséquence de cet effroyable état de choses, des centaines de barbus prennent d’assaut les salons de coiffure, tant ils sont pressés de se débarrasser de leur barbe. Des bagarres éclatent, car c’est à qui passera le premier. Un coiffeur ingénieux a même installé une chaîne de rasage faite de deux tréteaux soutenant une grande planche sur laquelle sont étendus une douzaine de barbus que l’on rase en série à la raboteuse électrique. Des garçons coiffeurs, dont certains opèrent sans désemparer depuis trente-six heures, s’évanouissent. Des scènes émouvantes se déroulent.
Un vieil homme pleure à chaudes larmes en sacrifiant son ornement pileux. Un autre, traîné par sa femme se débat et proteste :
je ne veux pas, je ne veux pas, je veux la garder ! Sa femme le gifle et l’installe de force dans un fauteuil : T’iras quand même, Tiens !"
Fred - "Mais voilà qu’un spectacle étrange s’offre à mes yeux. Un barbu traverse la rue ; sa barbe est enfermée dans une résille faite de fil de fer barbelé. Bravo monsieur ! Vous vous mettez en état de défense.
"
Il faut bien, monsieur, nous allons d’ailleurs nous réunir à plusieurs pour constituer un commando de barbes de choc."
Mais qu’est-ce que cette sorte de pâte dont votre barbe est enduite ?
"
C’est du plastic. Ma barbe est reliée par un cordeau bickford à un détonateur qui est dans la poche de mon gilet. Si quelqu’un touche à ma barbe, tout saute, monsieur !"
Mes chers auditeurs, j’apprends à l’instant que la femme à barbe elle-même vient de sacrifier l’ornement pileux qui faisait sa réputation. Derechef, elle est allée se faire inscrire au chômage. Ici Fred Transport Radiodiffusion française."

Carole - "Fermez le poste à présent !"
Asti - "A présent que le beau Fred Transport il a terminé, plous rien il vous intéresse, hé."
Carole - "J’aime beaucoup Fred !"
Asti - "Ma, moi zé vous aime, Carole !"
Carole - "Nous parlerons de ça plus tard, Asti, Soyez gentil !"
Asti - "Ma perqué plous tard ?"
Carole - "Parce qu’en ce moment, j’ai autre chose en tête…"
Asti - "Qu’est-ce qué vous avez en tête, Carola ?"
Carole « Asti…j’ai peur…j’ai peur pour papa ! »

GONG

Episode 3 - Le commissaire Socrate arrive

Dans les locaux de la police judiciaire :
Directeur « Messieurs je n’ai pas besoin de vous dire que la situation est plus que sérieuse ».
Inspecteur « Alors, monsieur le directeur, permettez-moi de vous faire respectueusement remarquer que si vous n’avez pas besoin de le dire, pourquoi le dites-vous ?
Directeur « Uniquement pour ne pas avoir à encourir le reproche de ne pas vous avoir dit ce qu’il était inutile que je vous dise.
Inspecteur « Au nom de tous mes collègues, merci, monsieur le directeur, pour cette marque de considération distinguée.
Directeur « Je vous en prie ! Messieurs, la population s’alarme et l’inquiétude grandit chaque jour ; vous savez de quoi il s’agit : de mystérieux et incompréhensibles enlèvements se produisent à un rythme toujours accéléré, et chose encore plus incompréhensible, les sinistres malfaiteurs ne s’attaquent qu’à des hommes barbus. Il est grand temps de mettre un terme à ces criminels agissements. Or, messieurs, je vous le demande, pour en finir, que faut-il faire ? »
Inspecteur « En terminer au plus vite, monsieur le directeur !!! »
Directeur « Excellente idée, mais pour en terminer au plus vite, il est indispensable d’en finir au plus tôt ! Quelqu’un a-t-il une suggestion à faire ? »
Inspecteur « Moi, monsieur le Directeur ! »
Directeur « Je vous écoute.
Inspecteur » « A mon humble avis, monsieur le directeur, il faudrait orienter les investigations vers un point central qui constituerait en quelque sorte la plaque tournante d’où partiraient les données essentielles du problème dont la solution… »
Directeur « Merci ! Vous m’expliquerez la suite par lettre recommandée. J’ai la conviction qu’il ne faut pas disperser les efforts ; en conséquence, j’ai décidé de confier l’affaire au commissaire Socrate. Pas d’objection ? Bon ! Socrate, vous avez entendu !

Socrate « Oui monsieur le directeur ! »
Directeur «  Parfait ! Vous avez bien compris ? Vous êtes chargé de l’affaire. »
Socrate « C’est que je suis déjà chargé de famille, monsieur le Directeur. »
Directeur « Raison de plus, vous n’êtes pas à une charge près ! Allez mon ami vous avez carte verte ! »
Socrate « Pas carte blanche ? »
Directeur « Plaignez-vous ! C’est la qualité au-dessus ! Et bonne chance ! Messieurs, je ne vous retiens plus. Allez, c’est la récréation. »

Speaker « Allô, allô, ici Radiodiffusion française ! Veuillez écouter un communiqué de la plus haute importance : En vue de tenir en échec les malfaiteurs qui défraient actuellement la chronique criminelle et de faciliter leur arrestation, les services de la police judiciaire adressent un pressant appel à toutes les personnes du sexe masculin qui portent la barbe. Barbus, attention ! Aidez la police. Tenez-vous constamment sur vos gardes. Evitez de vous prendre le moindre poil de barbe dans les portières et les portillons. Méfiez-vous. Ne commettez aucune imprudence. Ne sortez pas seul dans les rues, des ennemis inconnus vous guettent. Prudence, prudence, prudence. Nous prenons d’ores et déjà toutes mesures utiles pour vous défendre, et un dispositif de protection des barbus va immédiatement être mis en place ! Barbus, attention, prudence et méfiance. Attention, attention… »
Réclame ! Retour du Speaker

« Avec calme et méthode, les services préfectoraux organisent la défense. Dans les mairies, on procède au recensement des barbus. De longues files d’hommes à barbe stationnent devant les bureaux de recensement. »
– Les barbes en colliers, par ici. Les barbes poivres et sel, par là. Pas vous monsieur, votre barbe n’entre pas dans la catégorie.
– Pardon, elle est poivre et sel, seulement ma femme y a ajouté de l’huile, du vinaigre, des petits oignons et de la moutarde !
– C’est quoi cette salade ? Enfin mettez-vous avec les autres. Bureau 12, les boucs seulement et les barbes en carré, mettez-vous en rond. Au suivant…

Speaker « Dans un autre bureau, on procède à l’estampillage des barbes. Une employée applique sur chaque barbe un cachet rouge aux armes de la ville de Paris et portant le numéro de l’arrondissement.
Employée – Voilà, monsieur. Voilà ! Voilà ! Au suivant.
Speaker « Dans les commissariats, on procède à l’immatriculation des barbes. »
– Voilà, monsieur, vous avez le numéro barbarologique 6482 R Q 8 ; voici votre carte de barbe, monsieur, ainsi que votre permis de la porter. Passez au magasin prendre votre feu rouge !
– Mon feu rouge ?
– Ordre de la préfecture : aucun barbu ne pourra circuler à la nuit tombée sans que sa barbe soit munie d’un feu de position rouge. Speaker « Dans les rues, les agents procèdent à des vérifications minutieuses. »
-  Votre numéro de barbe, monsieur ? – Il est dans ma poche. – Accrochez-le à votre barbe, parfait en règle. Hé là-bas votre feu de position ? – Il est accroché à mon fond de pantalon ! – Désolé, les règlements sont formels, le feu rouge, à la barbe et non pas au c.. !

En fin de journée le commissaire Socrate reçut un coup de téléphone.

Socrate « Aie ! Allô ? »
Tarare-Pompon « Allô ? Commissaire Socrate ? Ici Tarare-Pompon, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences. Je vous téléphone pour recommander aux bons soins de vos services de protection, un de nos membres les plus éminents : le professeur Christmas, titulaire de la chaire de barbologie analytique.
Socrate « Ah ! Il est barbu ?
Tarare-Pompon « Oui, une des plus belles barbes de l’Académie. »
Socrate « Et vous craignez pour lui ? »
Tarare-Pompon « Ecoutez commissaire, j’ai pour lui et pour sa sécurité les plus grandes craintes et les plus vives inquiétudes. »
Socrate « Mais pourquoi ? »
Tarare-Pompon « Et bien tout simplement, commissaire, parce que… »

GONG !

Episode 2 - enlèvement de 17 barbus

Halte ! – Mais qu’est-ce que vous voulez ? – Retire ton cache-nez ! – Mais… – Retire ton cache-nez ! – Euh, voilà. – Elle est à toi cette barbe ? – Mais oui ! – Fais voir. – Aie !! – Elle est bien à toi, suis-moi. Mais, monsieur ! – Monte dans cette bagnole. – Je vous jure, je peux bien aller à pied. – Monte ou je te descends !
Et c’est ainsi que disparut le premier barbu !

Le deuxième disparut le lendemain matin de la façon suivante :
– Vous désirez, monsieur ? – Monsieur Malet, c’est bien ici ? – Oui, monsieur. – J’ai reçu une convocation. On me demande de me présenter ici à 10 heures avec ma barbe taillée en pointe. – Ah, je vois, c’est parfait ! Entrez monsieur (voix doucereuse) – Aaaaah ! (voix étouffée). Au secours ! Ainsi disparut le deuxième barbu.

Quant au troisième, cela se passa le soir, au café du Royal-St-Germain. Du côté du téléphone, un groupe de clients s’impatiente.
– Mince alors ! Ça commence à bien faire ! – oh oui, zut, moi j’ai un coup de téléphone urgent à donner ! – Ça fait combien de temps qu’il est là-dedans ? – Plus de vingt minutes. – Il charrie ! – Vous l’avez vu entrer ? – Bien sûr ! C’est un grand type avec un collier de barbe ! – Oui, eh ben, c’est lui qui nous barbe à présent ! Ha ha ha (rire idiot). – Vous n’avez qu’à frapper à la porte !

Toc, toc, toc – Holà, vous la-à-dedans, le barbu, sortez de la cabine ! – Il ne répond pas !
Toc, toc, toc, toc – Ho, ho ça suffit, c’est à nous.
– Essayez d’ouvrir la porte. – C’n’est peut-être pas très poli ? – Ben, et lui ? – Tant pis j’ouvre ! – Y a plus personne !! – Mince alors !! – Dites, patron !! – Qu’est-ce que c’est m’sieurs-dames ? – Y avait un barbu dans la cabine. – Oui, ça arrive. – Il est entré il y a vingt minutes. – Et alors ! – Il n’y a pas d’issue de secours ! Y a pas à dire, il a disparu !
Ainsi disparu le troisième barbu.

Le quatrième barbu fut enlevé dans des circonstances plus étonnantes encore. Dans l’autobus 84, il est à peu près 21 heures, Place Péreire, au coin de la rue de Courcelles, un quidam à la barbe rayonnante monte à bord. Il entame la conversation avec le receveur-contrôleur :
- Tiens je suis le seul client. – Ah, forcément, à c’t’heure-ci ! – Il commence à ne pas faire chaud, v’là l’hiver qu’arrive. – Eh oui, c’est maintenant que votre barbe va vous servir à quelque chose. – Ben dame, ça économisera le cache-nez.
Mais pourquoi il tourne à droite le 84 ? – La nuit, ça arrive que pour simplifier le trajet, on change l’itinéraire.
– Mais je vais à la porte Champerret et on est à la porte d’Asnières et on rentre dans Levallois. – Ne vous en faites pas ! – Je veux descendre ! – Aie…

Après avoir assommé le voyageur d’un coup de composteur, le receveur lui rabat la barbe sur le visage, en guise de bâillon. Il le glisse sous un double siège, puis reprend sa place réglementaire sur la plate-forme. On ne devait plus revoir l’autobus ni le quatrième barbu. Et dans la journée, les enlèvements se poursuivirent à une cadence infernale.
– Allez ouste, par ici ! – Au secours ! – Haut les mains ! Suivez-nous. – Maman ! – Eh toi là, le barbu ! – Quoi ? – Tiens. – Aaaaah ! – Monsieur le commissaire, mon mari n’est pas rentré ! – Comment est-il ? – Un petit brun avec une barbe ! – C’est bizarre que Potron ne soit pas arrivé. – Il devait aller se faire tailler la barbe chez le coiffeur. – Tout de même six heures de retard ! – Mais où est Freddy ? – Où est Paul ?  – Où est Anatole ? – Où est Raymond ? Où sont-ils ???

« Demandez France Soir, dix-sept barbus disparus aujourd’hui ! Demandez France Soir ! » « Ici Radiodiffusion française, Chaîne Parisienne. La préfecture de police fait savoir qu’elle recherche actuellement tous renseignements susceptibles de l’éclairer sur les disparitions successives des personnes du sexe masculin portant tous une barbe… »
Sirène de police
« Appel à toutes les voitures, appel à toutes les voitures. Recherchez autobus ligne 84 roulant sur Nationale 7, ayant à son bord un receveur chauve et un passager barbu ! »

Nouvelle sirène :
«  Alerte à tous les ports, aéroports et postes-frontières : empêchez embarquement de tous barbus, hommes ou femmes, ainsi que tous individus emmitoufles dans col de pardessus, cache-nez ou pansement de toutes sortes… »

GONG !

1er épisode sous forme de préface

Edith Fontaine "Préface !!"
Jean-Marie Amato "Par Pierre Dac et Francis Blanche"
Pierre Dac "Le roman en plusieurs épisodes que nous allons vous proposer quotidiennement et même tous les jours vous racontera la plus incroyable, la plus terrifiante des aventures…"
Francis Blanche "La figure mystérieuse de l’insaisissable Furax sera désormais présente sur la Chaîne Parisienne de 13 heures 10 à 13 heures 19 minutes et 58 secondes, très exactement."
Pierre Dac "Les péripéties de cette histoire incroyable vous emmèneront aux quatre coins du monde et même au cinquième si le besoin s’en fait sentir…" 
Francis Blanche "Nous déroulerons sous vos oreilles épouvantées le chapelet maléfique des aventures de Furax."
E
dith Fontaine "Déjà à l’annonce de cette manifestation, le syndicat, ‘’des malfrats, aventuriers et criminels’’ est entré en action."
Pierre Dac "Une réunion d’urgence s’est rendue à Paris, sous la présidence d’Arsène Lupin."
Bruits de foule.
Lupin "Silence, silence ! La parole est à Fantômas !"
Fantômas "Messieurs, je n’ai que peu de choses à dire : la diffusion des aventures de Furax constitue une atteinte caractérisée aux droits sacrés des aventuriers !"
La foule – Bravo !
Fantômas "Ce criminel en effet, qui n’est même pas inscrit à notre syndicat, n’a pas droit de cité sur les antennes officielles. Je demanderai à notre estimé président Arsène Lupin de bien vouloir céder la parole à notre camarade Simon Templar dit le Saint, qui a fort à dire à ce sujet…
Le Saint "Dear camarades… je vous prie excuse my mauvais langage française. Je fais enquête sur ce monsieur Furax et les renseignages…
Lupin "renseignements…" 
Le Saint "renseignements… thanks… que je recueille, ils sont tout à fait déplorables. Ce Furax il est absolument inconnu et personne il n’a jamais vu son visage. Le syndicat des aventuriers, il doit réactionner contre la déloyale concurrence des criminels qui gâchent le métier et qui payent pas le cotisation à la Fédération.
Lupin "Parfait. Je propose la rédaction d’un ordre du jour de protestation qui sera porté à la Radiodiffusion par nos secrétaires adjoints les Pieds Nickelés."

Furax "Haut les mains !! (il tient une mitraillette)" 
Judex "Mais, qui êtes-vous ?"

Lupin "Silence Judex, vous allez nous faire avoir des ennuis."
Belphégor (
sur un ton méprisant) "Mais faut bien savoir qui que c’est ce gars-là !"
Lupin "Belphégor soyer raisonnable !"
Furax "Qui je suis ?? Vous voulez savoir qui je suis, messieurs du syndicat des aventuriers ? Eh bien, avant de disparaître, apprenez, Arsène Lupin, Fantômas, Le Saint, Judex, Belphégor, Pieds Nickelés et autres petits besogneux de l’illégalité, pauvres mirlitons du crime, piètres criminels de banlieue, apprenez qui je suis. Je suis Furax et voici ma carte."

En quelques rafales de mitraillette, il élimine tous les « aventuriers ».

Francis Blanche "Ainsi donc toute opposition ayant été proprement neutralisée, notre émission pourra se dérouler sans encombre.
Pierre Dac "Grâce à la virtuosité technique de notre metteur en ondes Pierre Arnaud de Chassy Poulay. Vous trouverez dans Malheur aux barbus tout ce qu’on peut espérer et le reste.

Il s’ensuivit des commentaires de tous les protagonistes de l’histoire jusqu’à ce qu’Edith Fontaine précise "Toutefois avant de passer au chapitre premier de ce roman, écoutez le résumé des chapitres précédents."
Et bien sûr il s’en suivit une minute de silence avant que Maurice Biraud déclare "tout est paré ?
Jean Poiret "Prêt !"
Francis Blanche "Moteur !"
Jean-Marie Amato "ça tourne !"
Edith Fontaine "Malheur aux barbus chapitre 1, une fois."
Début du feuilleton :

26 octobre, 9 heures du soir, à la Poterne des Peupliers, dans le XIIIe arrondissement. L’endroit est désert et la lune qui se lève vers Montrouge éclaire la zone et les palissades.
Un homme arrivant de la rue du Moulin-des-Prés, marche dans la nuit et son pas résonne sûr le bitume où gisent des feuilles mortes.
Et voici que soudain
Gong ! Chaque fin d’épisode se terminera par un coup de Gong.

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