Les artilleurs de Vénissieux

le Lac de Vénissieux

Au XIIIe siècle le tout-à-l’égout n’existait pas. Ȧ cette  époque les sols pauvres de Vénissieux, furent le terrain propice pour le stockage des boues des latrines lyonnaises.
Artilleurs de venissieuxC’est dans le quartier de la Borelle que Jean-Etienne Laboré qui avait obtenu en 1780 le premier droit de vidanger les lieux d’aisances lyonnais, que l’on nomme "les écommuns" en parler lyonnais, choisit d’y entreposer les ‘’matières’’. Ses employés étaient des paysans Vénissians qui officiaient nuitamment avec des charrettes hippomobiles équipées de grands tonneaux et munies de lampes rouges dont les roues cerclées de fer faisaient autant de bruit sur les pavés que les canons d’un régiment d’artillerie.

Guignol, marionnette emblématique créée par Laurent Mourguet les surnomma donc les « artilleurs de Vénissieux ». Dans le recueil de Jean-Baptiste Onofrio, Théâtre de Guignol et les pièces : Le Testament, Le Dentiste, Les Conscrits de l’an 1809, Le Déménagement nous en retrouvons la mention comme celle du Lac de Vénissieux surnom que notre marionnette donna au quartier du village où les boues malodorantes étaient entreposées.
Quand un touriste venu en visite à Lyon demandait quels étaient les sites à visiter, il lui était souvent répondu : « allez voir le Lac de Vénissieux ». De même la revue Le Journal de Guignol en torcha ses papiers de 1865 à 1895.

Ȧ force d’allers et retours parfumés, les artilleurs étaient aussi surnommés les "parfumeurs". Les sols pauvres se changèrent en or ; grâce aux matières organiques chaque champ vénissian devint une manufacture de produits agricoles. En 1882 le Village affichait 260 hectares cultivables. La commune était à la fois le grenier à blé, la grange, le jardin de la ville de Lyon car cet engrais naturel profita aux grands rosiéristes lyonnais qui s’y installèrent comme les Pernet-Ducher, Richardier, Bonnet.
On songea même un temps à élever une statue au promoteur Laboré de cette industrie champêtre.

Cette procession de convois se prolongea jusque dans les années 1910 où le système d’égouts fut mis en place à Lyon et les communes de la métropole avec les pompes à vapeur qui détrônèrent les artilleurs. Le Lac n’existe plus, des industries lourdes s’y sont implantées comme une célèbre enseigne de hamburgers. Il y eut même un temps un bistrot qui portait le nom de « café du lac ».

En parler lyonnais, les matières se nomment la gandouse et les artilleurs, parfumeurs des gandousiers. Voici ci-dessous la dictée lyonnaise du 6 avril 2013 l’année du centenaire de la société des Amis de Lyon et Guignol.

Réception d'un parfumeur de Vénissieux

Du depuis deux heures d'affilée, au fin fond d'une cour de Vénissieux on se bougrassait attenant. Tout autour et en beau devant les chapis, se trouvaient en ranche les fiacres à gandouse aque leurs chelus éclairés, matière de donner du jour dans la nuit. À cha peu les gandous traboulaient de collagne et, entremi les citernes, restaient pique-plante.
Au mitan de la cour une immense bareille pleine à regonfle de gandouse semblait présider cette si tant chenuse cérémonie. Il était minuit, d'une caborne sortit un gone tout benoni mais artet et nu comme un veson que s'ensauverai, tout ébravagé, d'une rigotte. Une fois le sicottis arrête, notre grand gognand se mit tout contre la bareille.
Au passage d'un vent foliaret des odeurs délicates pénétrèrent dans le picou des participants. Au signal du chef, un raboulaud coiffé d'un bugne napoléonien et tenant une épée, notre gone entra en matière. D'une mogne, telle celle-la même d'un jouteur, il empogna le rebord des douelles, se hissa et glissa ses deux canilles, son embuni, ses agotiaux jusqu'à ce que la précieuse bassouille lui arriva à ras le cotivet.
Puis, d'en haut d'un matru tabagnon fait d'un gros gadin, le chef leva son épée et bajafla son patrigot. Le silence était tel qu'on aurait pu entendre se vider un thomas. Blanc comme un claqueret le gone écoutait, tandis que les musiciens sigrolaient leurs instruments et jouaient l'hymne des parfumeurs : Pon-pon, pon-pon. 

Puis tout en faisant virer comme une fiarde son épée, le chef gandou lui demanda :
" Jures-tu d'observer les règlements de tes frères d'armes ? " et le gone rebriqua d'une voix franc comme si on l'estrangouillait :
" oui ! ".
" Alors, au nom de nos aïeux, je te fais chevalier ".
Il était après dire quand l'épée en sifflant rasa la bareille. Elle ne rencontra que le vide car, le gone s'était, à la galope, capié franc à cacaboson dans la gandouse... Enfin il refit surface tout empégué.
Pas entrepris chaque gandou lui fit peter la miaille tout en lui faisant cinq sous: les gandousiers comptaient un gone de plus.

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