Accusé Robert Lamoureux

Réquisitoire du 16 décembre 1980

Monsieur le président,
Mesdames et messieurs les jurés,
Public adoré

Il faudrait peut-être voir à ne pas me prendre pour un imbécile !
Tribunal des flagrants déliresJ’ai fort bien compris votre jeu, monsieur le président Villers (
Claude Villers, Claude Marx de son vrai nom, est un écrivain, journaliste, producteur et animateur de radio. Il fait mille métiers, employé de banque et catcheur de foire en particulier, et devient à 18 ans, le plus jeune journaliste de France. Il est une des grandes voix de la radio France Inter, qu'il fait entendre comme producteur dans son rôle du président du Tribunal des flagrants délires.). Sous couvert de faire le procès de Robert Lamoureux et de son antimilitarisme, c’est le procès de l’armée que vous faites.
Et c’est honteux, mesdames et messieurs les jurés parce que l’armée est notre MÈRE, et que comme notre mère, nous devons l’aimer et la respecter, et payer scrupuleusement nos impôts dont une grande partie ira à la fête des mères puisque ça part au budget de l’armée.

Comme je plains les malheureux qui n’ont pas eu la chance de faire leur service militaire où l’on fait l’apprentissage de sa virilité. Prenez un petit jeune homme effacé, peignez le en kaki et mettez-le avec vingt autres enkakifiés et vous verrez comme ils trouveront ensemble le noble courage de siffler les jupons des filles qui passent, d’insulter les mères de famille, de pisser sur les quais de gare en chantant des chansons à boire, d’organiser de distingués concours de pets dans les chambrées pour égayer les longues soirées d’hiver. J’en ai même vu un de ces petits boutonneux, torturer des tortues en organisant des courses de ces  "pauvres reptiliens au corps massif protégé par une carapace et un plastron généralement tès épais et rigide " ; mais je ne détaillerai pas pour ne pas heurter les âmes sensibles. Alors que dans le civil ce jeune type acnéique, n’aurait pas eu d’autre idée que de donner une feuille de salade à la tortue, de lui mettre de la paille sur le dos pour qu’elle ne prenne pas froid dans le jardin et l’appellera même Fifine ou Pamela.

De plus l’armée a mis au point la marche au pas qui est la vraie différence entre l’homme et la bête. D’ailleurs, aucune bête ne marche au pas ! Ah si, l’oie. Mais jugez plutôt :
La longueur du pas ordinaire est de soixante-quinze centimètres, d’un talon à l’autre talon, et la vitesse du pas sera de soixante-seize pas par minute. L’instructeur lui expliquera le principe et le mécanisme du pas, en se plaçant en face du soldat, à sept pas de lui. Il exécutera lui-même lentement le pas. L’instructeur dira. Premièrement : En avant. Deuxièmement : Marche. Au commandement (En avant) le soldat portera le poids du corps sur la jambe droite. Au second commandement (Marche) le soldat portera vivement mais sans secousse le pied gauche en avant de soixante-quinze centimètres du pied droit, le jarret tendu, la pointe du pied un peu baissée légèrement tournée vers le dehors ainsi que le genou. Et le soldat continuera ainsi de suite, un pied après l’autre, sans que les jambes se croisent. "

Robert LamoureuxIl y en a que ça fait sourire, hélas ! Peuple impie ! Savez-vous ce qui se passerait si tous les soldats du monde voulaient bien se croiser les jambes en marchant au pas ? Tout simplement, ils tomberaient le nez dans l’herbe au moment de charger, et comme ceux d’en face en feraient autant, le champ de bataille ne serait plus qu’un champ de pâquerette où le monde entier ferai la sieste en mâchant du gazon. Et quand on commence à mâcher du gazon, on finit par fumer de l’herbe !

Pour l’accusé Robert Lamoureux, je lui laisserai le choix entre deux peines assez dures : ou vingt ans de prison, ou apprendre par cœur " L’ordonnance sur l’exercice de l’infanterie ".

Nota benêt :
Robert Lamoureux est un artiste, comédien et auteur comique dont la postérité ne retiendra qu’un sketch, « Papa, maman, la bonne et moi », et un film « Mais où est passé la 7ème compagnie ». Au fait, où est-elle passée ?

Étonnant non !

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