Accusé Jean d'Ormesson

Réquisitoire du 18 septembre 1982

Né en 1925, Jean d’Ormesson appartenait à la noblesse de robe. En tant que cadet, il portait le titre de courtoisie de comte. Élu à l’Académie française à 48 ans en 1973, il en était le benjamin. Il fait campagne en 1980 pour défendre la réception sous la coupole de Marguerite Yourcenar qui sera la première femme admise à l'Académie française. Défenseur du droit des femmes, il sera deux ans plus tard, l’invité du Tribunal des Flagrants délires.

Français, Françaises,
Belges, Belges,
Monsieur le Comte,
Monsieur le président de pacotille,
Monsieur l’avocat le plus bas d’Inter,
Ma chère petite follette,
Mesdames et messieurs les jurés,
Public chéri, mon amour.

Yourcenar et d'OrmessonCliquez sur l'image pour mieux la visualiser

Quand il a fini d’écrire des conneries dans le dictionnaire, à quoi sert un académicien français ? À rien du tout !
N’avez-vous pas honte, monsieur d’Ormesson de vous commettre ainsi avec ces trente-neuf vieilles tiges creuses, rien dans la cafetière, tout dans la coupole !
N’avez-vous point honte de vous exhiber dans cet affligeant gérontodrome, vous qui êtes encore jeune et fringant malgré les rides qui commencent à défigurer votre visage naguère aristocratique ?
N’avez-vous point honte à votre âge, un grand garçon comme vous, de vous déguiser périodiquement en guignol vert pomme avec un chapeau à plumes et une épée de panoplie de Zorro ?

Est-il Dieu possible que vous fassiez partie des quarante
papys-la-tremblote.
Serait-il possible que des gâteux écrivent dans le Figaro ? Je ne puis le croire !

C’est en 1635 que Richelieu-Drouot créa l’Académie Française et avant qu’il ne réquisitionne le bâtiment surmonté de la célèbre coupole et flanqué de deux très belles bâtisses, celui-ci abritait une boulangerie.
La boulangerie de maître Jean-Baptiste Quaiconti où Henry IV venait chercher ses fameuses baguettes bien cuites que Sully découpait en mouillettes pour les tremper dans le bouillon de poule au pot tous les dimanches.
Les clients fortunés achetaient leur pain avec la croûte et la mie tandis que les pauvres qui ont toujours eu des goûts très simples (j’en connais qui n’ont même pas de magnétoscopes !) n’achetaient que des croûtes.

Or, par un beau soir de printemps 1635, le cardinal de Richelieu qui était de fort belle humeur se promenait un peu raide, au bord de la Seine lorsque son regard fut attiré par le trottoir souillé de miettes de croûtes de pain à la hauteur de la boulangerie de maître Quaiconti.
« 
Degueulassum est » dit-il en latin et en lui-même. Il fit mander dès le lendemain le boulanger et le tança d’importance pour cette dégradation de la chaussée.
« 
Vous pourriez faire votre pain plus loin, dit le cardinal. »
« 
Oh, ben vous savez, moi, je fais où on me dit de faire, rétorqua cet homme. »

Outré par tant d’impertinence, Richelieu ordonna qu’on lui coupât la tête, ce qui fut fait dans l’heure, puis pris de remord, il donna au bord de la Seine, à cet endroit, le nom de quai Conti. Louis XIII lui demanda : 
« 
Que va devenir cette immense boulangerie dont vous étêtâtes le chef ? »
« 
Que sa Majesté besogne en paix son Autrichienne, j’y ai songé, répondit Richelieu. Je vais tout simplement remplacer ces vieilles croûtes par des vieux croûtons. » L’Académie française était née.
Puis s’avisant de la date, Richelieu et Louis XIII décidèrent qu’il était temps d’aller bouffer du boche, s’ils ne voulaient pas que la guerre de trente ans se terminât sans eux.

Donc, Jean d’Ormesson, vous êtes coupable. La peine capitale ayant été abolie contre la volonté du peuple, par un caprice des hordes roses hystériques qui font régner leur loi laxiste dans ce pays, je demande néanmoins aux jurés un maximum de fermeté.
Étant donné que l’accusé n’écrit pas avec ses pieds, je suggère qu’on lui coupe les mains.

Nota benêt : Jean d’Ormesson : cet écrivain Immortel et manifestement très nain a l’habitude de donner ses rendez-vous dans les escaliers de façon à surplomber ses interlocuteurs en se plaçant deux marches au-dessus d’eux.

Ajouter un commentaire