Peter peintre avant-gardiste

Nombreuses sont les personnes qui connaissent le canular du 10 mars 1910 qui connut une renommée mondiale. Nous étions à l’époque de l’art moderne décrié par les uns encensé par les autres. Au salon des Indépendants une toile fut présentée au public s’intitulant Le coucher de soleil d’un jeune peintre italien né à Gênes, J. R. Boronali. Cette œuvre fut bien sûr largement commentée par la presse et les critiques professionnels. Le 1er avril Roland Dorgelès alors critique d’art avant d’être écrivain dévoila la supercherie qui avait été faite sous constat d’huissier. Boronali est en fait l’anagramme de l’âne Aliboron qui avait peint ce tableau avec sa queue. Aliboron désigne dans la fable d’Esope un personnage vaniteux qui croît tout savoir et n’est qu’un sot ignorant. C’est le nom de l’âne repris par La Fontaine dans : Les Voleurs et l’Ane.

Vous croyez que l’âne n’a pas eu d’émule, c’est mal connaître Peter un chimpanzé de 4 ans.

Février 1964, en Suède à la nouvelle expo de la prestigieuse Christina Gallery de Göteborg, critiques d’art et journalistes se pressent pour chercher et interviewer Jackson Pollock, peintre américain de l’expressionnisme abstrait de renommée mondiale. On peut aussi admirer de jeunes talents venus de toute l’Europe avec parmi eux un inconnu Pierre Brassau, un Français dont les quatre tableaux font l’unanimité.
Les avis diffusés dans la presse sont dithyrambiques :
Brassau peint avec des traits puissants et une détermination claire
Pierre est un artiste qui compose avec la grâce d’un danseur de ballet, écrit Rolf Anderberg dans le journal Posten
Pierre déploie un langage pictural simplifié qui représente l’essence invisible des choses…
Seul un critique raille :
Seul un singe aurait pu faire cela.
Ce qui n’empêche pas un acheteur de s’offrir une œuvre de Brassau pour l’équivalent de 650 euros actuels.

Peter artiste peintrePeter réside en fait au zoo de Boras et quelques jours après le début de l’exposition, le quotidien Göteborg-Tudningen révèle la supercherie.
L’artiste est un chimpanzé et le farceur est Ake Axelsson, journaliste qui se dit agacé par l’art abstrait se demandant si les snobs seraient capables de faire la différence entre un humain et un singe barbouilleur.
Au zoo de Boras, il repère un chimpanzé, Peter, 4 ans. Il persuade le gardien de lui donner un pinceau avec une toile. L’animal tout d’abord mange la peinture, surtout le bleu cobalt dont il est friand. On lui donne des bananes pour le rassasier et miracle, il se met à peindre. Plus il se gave et plus l’inspiration lui vient. En dix minutes il achève une toile tout en engouffrant neuf bananes.
Comme le piège a fonctionné, Peter arrête là sa carrière artistique. En 1969, il est transféré au Zoo de Chester en Angleterre, sans ses pinceaux. Par contre deux de ses toiles sont toujours au zoo de Boras.

Vous croyez que tout s’arrête ici. Que nenni ! En 2005 un journaliste du quotidien allemand Bild montre à la directrice du musée d’art de Moritzburg le tableau d’un inconnu. « Cela me rappelle Ernst Wilhelm Nay. Il est devenu célèbre avec de telles taches de couleur », expertise la spécialiste.

Dans sa cage du zoo de Halle, Bangui, un chimpanzé de 31 ans, se tord encore de rire.

05 avril 2021   

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