Le dernier jour d'un Condamné

Pan ! dans les Contes Crevants de 1912

Parmi les récits d’humour noir de Léon Valbert, celui-ci est bien dans la tradition des conteurs joyeux de l’époque.

Pour un garçon discret, assurément, Paul Hopatte était un garçon discret. Il avait assassiné lâchement une famille de 17 personnes et s’était soustrait pendant dix-huit mois aux recherches de la police criminelle, avant d’être enfin capturé.
Lorsqu’il passa au tribunal, il montra le cynisme le plus révoltant sans manifester la moindre émotion. De même en entendant le verdict impitoyable du jury qui le condamna à la peine capitale, il ne sourcilla pas.

Lorsque le jour de l’expiation arriva, le directeur de la prison, pénétrant dans la cellule où Paul Hopatte dormait à poings fermé, le réveilla avec précaution et lui demanda d’une voie altérée :
« 
Avant que de payer votre dette à la société, est-il un suprême désir que vous souhaiteriez exprimer ? »
Paul Hopatte répondit : « 
Rien, rien, rien ! »
Dernier jour du CondamnéDocile il livra son crâne aux ciseaux de l’exécuteur. Celui-ci, touché d’une si rare résignation, se pencha à son oreille :
« 
Votre complice Larroubem doit passer avant vous dans mes mains. Avez-vous quelque dernière recommandation, quelque adieu définitif à luis adresser ? Je m’en chargerai secrètement, si vous voulez.
Paul Hopatte, muet et martyr, hocha négativement la tête.
Enfin l’on parvint à la place fatale, où sur les pavés sanglants, se dressait la hideuse machine, l’abbaye de Monte-à-regret, la Veuve.
Devant lui, Paul Hopatte vit son complice gravir les degrés glissants, basculer sur la planche d’où l’on ne se relève point. Par-dessus l’épaule de l’aumônier qui s’efforçait de lui cacher la scène lugubre, Paul Hopatte regarda, sans forfanterie, ni frayeur. Mais il ne dit toujours rien.

Son tour vint. Le prêtre lui pris le bras pour le soutenir. Précaution inutile : Paul s’avança d’un pas ferme.
« 
Au moment de paraître devant le Souverain Juge, qu’elle prière vous serait-il agréable qu’il exauçât ? Chuchota le ministre de Dieu. »
Paul Hopatte répliqua à nouveau : « 
Rien, rien, rien. »
« 
Du moins, continua le saint homme, puis-je me faire auprès des autorités qui nous entourent, l’interprète d’un dernier vœu de votre part ? »
Alors, oh surprise, Paul Hopatte ouvrit la bouche et déclara très simplement : 
« 
Je voudrais seulement, dit-il, qu’on passe le couperet au phénol pour le désinfecter. Mon complice avait la gale et je ne tiens pas à attraper des petits boutons !!! »

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