La confession de la mère Grobon

Paysanne 1900Je ne me rappelle plus, si c’était pour Pâques ou pour la Toussaint, mais la mère Grobon était allé se confesser.
C’était une petite femme toute grise, qui avait élevé une douzaine de mamis avec son père Grobon, qui ne crachait pas sur le canon.
Le Curé était un grand maigre. Il s’en allait des poumons, et c’est à cause de ça qu’on l’avait envoyé dans ce petit bourg de la Brevenne, afin de s’y refaire une santé au bon air.
Avant, il était dans « les Écoles », comme professeur. C’était un homme qui avait de l’instruction. Aussi il ne se prenait pas pour rien du tout. Il regardait les gens de haut et il ne se gênait pas pour critiquer.
Avec son grand nez, sa barbichette pointue et son rire caverneux, il avait un air terrible ! Même les mamis qui n’ont peur de rien, le craignait comme la gâle !

Au confessionnal, la mère Grobon expliquait qu’elle avait manqué la Messe. À cause de ses mamis elle n’avait pas le temps d’y aller.
Le curé se mit à lui donner des explications, comme quoi la Messe c’est sacré ! Qu’il ne fallait pas la manquer. Si elle ne promettait pas d’y aller, il ne pourrait lui donner l’absolution !
Cela fit une discussion, qui ne tarda guère à virer à l’aigre. Le ton montait !
Les gens qui attendaient leur tour commençaient à s’en retourner, et les gamins s’égaillaient.

Tout par un coup, la mère Grobon se mit à crier :
« Ah tu ne veux pas me la donner ton absolution ? Et bien garde-là ! Je n’en veux point de ton absolution ! »
« Mais, mère Grobon, calmez-vous ! »
« Me calmer ! Ah ben, bougre ! Je me calmerai si je le veux ! Si tu avais une douzaine de garagnats au cul, tu ne ferais pas tant de discours ! Garde-la ton absolution ! Je n’en veux point ! »

Et elle sortit du confessionnal en gesticulant. Le curé sortit aussi, il ne brillait guère !
« Mère Grobon ! Mère Grobon ! Revenez ! Revenez ! Je vais vous la donner l’absolution ! »
Mais la mère Grobon filait comme une chèvre qui a senti le regain ! Elle répétait comme une litanie :
« Garde-la ton absolution ! Je n’en veux point ! ».
Il essaya bien de lui courir après, mais quand il arriva à la porte de l’église, elle était déjà loin par le bourg et elle criait toujours :
« Garde-la ! Je m’en fiche de ton absolution ! Ah ! Tu n’es pas prêt de me revoir ».

Eh bien ! Le curé fut obligé de caler (devenir doux, accommodant).
Il alla s’excuser, et la mère Grobon en profita pour lui faire donner le biberon à son dernier, pendant qu’elle raclait la merde sur le drapeau !

Depuis, le curé devint bien plus calet (doux, ramolli) et tout le monde en profita.
Quant à la mère Grobon, elle ne cachait pas ses sentiments :
« Les curés, c’est comme les jeunes vaches, il faut les dresser ! Une fois qu’ils sont dondes (
maitrisés, et donder les vaches, c’était les dresser, les habituer à porter le joug), il fait bien meilleur s’en servir ! »

Mais il y a une chose qu’elle oubliait de dire : c’est qu’elle n’avait jamais pu dresser son homme !

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