Nellie Bly

Une journaliste avant-gardiste d'exception

Née Elizabeth Jane Cochran le 5 mai 1864 en Pennsylvanie, son père décède en 1870 et sa mère se remarie à un homme tyrannique et brutal dont elle divorce en 1880. Elle part avec sa fille à Pittsburgh où pendant cinq ans, elles triment toutes les deux dans la maison d’hôtes qu’elles tiennent ensemble.

Un matin de janvier 1885, à la une du quotidien local, The Pittsburgh Dispatch, l’éditorial titré : « Ce qui convient aux femmes », révolte tellement Pinky (surnom d’Elizabeth) que la jeune fille prend la plume pour y répondre et dénoncer le sexisme et l’affreuse misogynie de l’article. Elle signe sa lettre d’un « La petite orpheline », vengeur. Autant surpris par la véhémence du texte qu’il a tout de même publié que par sa qualité littéraire, Georges Madden, le rédacteur en chef du Dispatch, fait paraître une annonce, quelques jours plus tard, invitant « La petite orpheline » à se faire connaître de la rédaction.

Ce qu’elle fait avec un deuxième article tout aussi convaincant. Georges Madden l’embauche et lui propose de signer ses papiers sous le sobriquet « Nellie Bly », héroïne d’une chanson très populaire de l’époque. En 1885, les femmes journalistes sont très rares et doivent, par convenance, écrire sous pseudonyme et s’occuper de sujets féminins : cuisine, jardinage, couture...

Mais elle couvre l’actualité sociale décrit crument les conditions de travail des ouvrières et ouvriers, défend les plus démunis, les exclus les marginaux et expose ses convictions féministes. Les lecteurs adorent, les ventes et abonnements prospèrent, les articles font la une, Madden jubile. Mais les industriels et les puissants menacent de couper les robinets de la publicité et des petites annonces payantes. Georges Madden doit se séparer de Nellie.

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Blackells, l'asileElle réapparaît au Mexique en 1886 où ses carnets de voyage sont un réquisitoire contre le despotisme du président Porfirio Diaz et la corruption de son gouvernement qui maintient ses concitoyens dans la misère. Pour éviter l’incarcération, elle rentre précipitamment aux Etats-Unis et s’installe à New York au printemps 1887.

On la retrouve quelques mois plus tard devant un tribunal où face au juge Duffy, elle ne se souvient ni de son nom, de son âge, de sa profession, de l’endroit où elle a grandi et jette des regards traqués aux médecins qui la considère démente ; le juge prononce son placement dans l’asile de fous de Blackwell’s Island (aujourd’hui l’île Roosevelt) sur l’Est River au cœur de Manhattan.
En fait, c’était un leurre orchestré par John Cockerill directeur du New York World, le quotidien fondé par le journaliste Joseph Pulitzer. Elle sort dix jours plus tard avec l’avocat du journal et publie une série de reportage dénonçant la cruauté des traitements, la violence du personnel soignant, le sadisme des infirmières, ce qui entraîne une enquête, condamnant le personnel de l’asile où les conditions des patients seront alors considérablement améliorées.

Nellie Bly venait d’inventer le journalisme d’investigation.
Après avoir infiltré un cabinet de lobbyistes véreux, fait démanteler une filière de placement de bébés abandonnés et enquêté sur l’exploitation des travailleurs pauvres, elle devient une star des médias. 
Tour du monde de NellieElle propose alors au responsable du journal le plus fou des paris : réaliser un tour du monde plus rapide que celui de Phileas Fogg, le héros du roman de Jules Verne publié en 1872.
Le jeudi 14 novembre 1889, un petit sac de voyage à la main et une bourse, contenant des dollars, des livres sterlings et de l’or, attachée autour du cou elle embarque à bord de l’Augusta Victoria un paquebot rapide  à vapeur. Direction l’Angleterre, puis la France ou elle passe quatre heures chez Jules Verne, puis l’Italie, le Canal de Suez, Ceylan, la Malaisie, Singapour, Hongkong et le Japon.
Ȧ chaque escale elle envoie un article qui passionne le public féru de cette odyssée, d’une femme seule, autour du monde. Le 21 janvier 1890, elle débarque à San-Francisco où John Pulitzer affrête un train privé pour qu’elle rejoigne New York au plus vite.
Le 25 janvier elle arrive au terme de son périple  en 72 jours 6 heures, 11minutes et 14 secondes, presque huit jours de moins que Phileas Fogg.

D’Amiens, Jules Verne envoie un télégramme de félicitations.

Elle publie encore quelques enquête retentissantes jusqu’à sa rencontre avec Robert Seaman, un riche industriel de quarante-deux ans son ainé. Elle a 31 ans lui 73. En 1904 à la mort de son mari elle se retrouve à la tête d’un empire métallurgique et d’une immense fortune.
Nellie Bly plus tardFidèle à ses convictions, elle consacre une part importante des capitaux aux investissements sociaux : centre de loisirs, bibliothèques, clubs sportifs. L’empire financier périclite et elle s’installe en Autriche.

Pendant la première guerre mondiale, elle reprend la plume, couvre le conflit et devient la première femme correspondante de guerre.

Lorsqu’elle meurt le 27 janvier 1922 d’une pneumonie, le New York Evenning Journal la consacre « meilleure journaliste des Etats-Unis » Pionnière du journalisme d’investigation, immergée dans la réalité sociale souvent crue, féministe militante, Nellie Bly, armée d’un stylo, n’a mené qu’un seul combat tout au long de sa vie : celui de la justice et de l’égalité.

Bravo Madame ! Vous êtes l’une des grandes et belles personnes qui ont fait progresser l’humanité et l’égalité des femmes et des hommes. Vous êtes un exemple pour les générations actuelles !

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