Duel en Montgolfière

Le duel le plus fou de l'histoire de France

Au XIXe siècle, les duels sont monnaies courantes en France. Quand les esprits s'échauffent et que vient le temps de laver son honneur, les notables du pays aiment à prendre les armes. L'objectif n'est pas forcément de tuer son adversaire mais de régler un différend avec panache. La pratique fait évidemment un certain nombre de morts mais reste tolérée par les autorités.
Ȧ l'époque, on ne plaisante jamais avec l'honneur. La pression sociale est immense et un homme ne peut se défiler sans risquer de passer publiquement pour un lâche. Alors quand le gant est jeté, il faut le relever. C'est ainsi que la plupart des grands noms du XIXe se retrouveront, un jour ou l'autre, avec une épée ou un pistolet entre les mains et certains y laisseront malheureusement la vie.
En règle générale, le duel est un affrontement très codifié. Les deux opposants s'accordent sur le lieu, la date et l'heure, conviennent ensemble des armes et des modalités et se font accompagnés de témoins le jour J.

Duel en montgolfiereAttention, l'image (cliquez dessus) est en fait parue dans Illustrated Police News, March 16, 1878, illustrant un autre duel en ballon.

Depuis quelque temps déjà, messieurs De Grandpré et Le Pique se querellaient au sujet de Mademoiselle Tirevit, une jeune et séduisante  danseuse de l’Opéra de Paris. Pour les deux hommes, la situation n'est plus tenable : l'un d'eux est de trop et doit disparaitre.
Mais pas n'importe comment. Les deux hommes voient les choses en grand. Ils vont s'affronter dans les airs, à bord de leur montgolfière respective.

Le duel se déroula le 3 mai 1808, comme suit :
Les deux adversaires se rejoignirent dans un pré, près des Tuileries, où les attendaient leurs ballons.
Escortés par leurs témoins, De Grandpré et Le Pique montèrent chacun avec un co-pilote, dans leur aéronef et préparèrent leur arme. Dans cette situation, le pistolet, l’arme de duel par excellence, fut remplacé par le tromblon, certes peu subtil, mais permettant de maximiser les chances pour nos duellistes de toucher le ballon de l’adversaire.

Une foule compacte, croyant assister à une course de montgolfière et ignorant tout du contexte, se pressait autour des ballons prêts au départ. À neuf heures, le coup d’envoi fut donné et les aérostats montèrent majestueusement vers les cieux, gardant entre eux une distance de quatre-vingts mètres. Ayant atteint huit cents mètres d’altitude, Monsieur Le Pique entama les hostilités, mais rata le ballon de son adversaire.
De Grandpré répliqua aussitôt et fit mouche. Le ballon de Le Pique, crevé se ratatina et perdit rapidement de l’altitude ; la nacelle du pauvre homme plongea vers le sol à une vitesse vertigineuse. Quelques secondes plus tard, elle s'y écrasa avec fracas contre un toit en contrebas, tuant instantanément ses deux occupants, sous le regard effaré des parisiens.

Très satisfait par l'issue de cette rencontre au sommet, monsieur De Grandpré, quant à lui, dériva et finit par poser son ballon à une vingtaine de kilomètres de la capitale. La suite de cette hallucinante histoire est malheureusement tombée dans l'oubli. Nul ne sait ce qu'il advint de l'intrépide pilote et de sa charmante bien-aimée. Quant à monsieur Le Pique, il y a fort à parier qu'il ne devait plus en rester grand-chose.

Ce duel parisien n’est pas mentionné dans la presse française de l’époque, mais seulement dans les journaux britanniques et notamment le 23 juillet 1808 par un article du Northampton Mercury. Etonnant non !
Heureusement l’article fut récupéré par hasard par un journaliste au XXe siècle.

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