Les Frelons et les Abeilles

Phèdre avait intitulé sa fable : Les Abeilles et les Bourdons avec la Guêpe pour juge ; il nous montre un juge plein de sens commun.

Des abeilles avaient déposé leurs rayons sur le haut d'un chêne ; De paresseux Bourdons les réclamaient comme étant à eux. Ce débat fut porté en justice, par-devant la Guêpe pour juge ; Et comme elle connaissait parfaitement chaque partie, elle leur proposa cet arrangement : « Vous vous ressemblez assez, leur dit-elle, de corps et de couleur, Le doute en cette affaire est donc permis. Mais, pour que ma religion ne soit point surprise dans ce jugement, travaillez, remplissez de miel vos alvéoles de cire. Sa saveur et la forme des rayons décideront qui a fait ceux-ci. » Les Bourdons refusent l'épreuve ; les Abeilles l'acceptent avec joie. Alors la Guêpe prononça cette sentence : « On voit assez l'incapacité des uns et le savoir-faire des autres ; je restitue donc aux Abeilles le fruit de leur travail. »

Fable 21 - Livre Premier

La fable 21 du livre I de La Fontaine était : Les Frelons et les Mouches à Miel

La Fontaine remplace les bourdons, insectes paisibles s’il en est, par les frelons, nettement plus agressifs.
La description des insectes est, comme vous le verrez, fantaisiste.
Notons que Nicolas Boileau avait écrit « 
Comme on voit les frelons, troupe lâche et stérile, / Aller piller le miel que l’abeille distille ».
La Fontaine a aussi voulu signaler les abus criants de la lenteur de la justice.

Version de La Fontaine

A l'œuvre on connaît l'artisan.

Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent,
Des Frelons les réclamèrent,
Des Abeilles s'opposant.
Devant certaine Guêpe on traduisit la cause.
Il était malaisé de décider la chose :
Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons
Des animaux ailés, bourdonnants, un peu longs,
De couleur fort tannée et tels que les Abeilles,
Avaient longtemps paru. Mais quoi ! dans les Frelons         
Ces enseignes étaient pareilles.
La Guêpe, ne sachant que dire à ces raisons,
Fit enquête nouvelle, et pour plus de lumière,
Entendit une fourmilière.
Le point n'en put être éclairci.
De grâce, à quoi bon tout ceci ?
Dit une Abeille fort prudente,
Depuis tantôt six mois que la cause est pendante,
Nous voici comme aux premiers jours ;
Pendant cela le miel se gâte.
Il est temps désormais que le Juge se hâte :         
N'a-t-il point assez léché l'ours ?
Sans tant de contredits et d'interlocutoires,
Et de fatras, et de grimoires,
Travaillons, les Frelons et nous :
On verra qui sait faire, avec un suc si doux,
Des cellules si bien bâties.
Le refus des Frelons fit voir
Que cet art passait leur savoir ;
Et la Guêpe adjugea le miel à leurs parties.

Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès !
Que des Turcs en cela l'on suivît la méthode !
Le simple sens commun nous tiendrait lieu de Code :
Il ne faudrait point tant de frais ;
Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge,
On nous mine par des longueurs :
On fait tant, à la fin, que l'huître est pour le juge,
Les écailles pour les plaideurs.

Illustration de A. Vimar

Version de Fabulgone

Où Fabulgone te montre qu’il suffit parfois
D’un peu d’imagination et d’un bon sens commun
Pour ne pas faire s’éterniser de simples doléances.

Si c’est au pied du mur qu’on arnouche le maçon
Et parfois en limant qu’on devient limaçon 
C’est pourtant en peignant qu’Léonard de Vinci.
Mais esgourde cette fable, j’arrête mes facéties.

Chez cousine Maya, une star du cinoche,
Une flopée d’abeilles s’étant tapé la cloche,
Rallégeaient à la ruche reprendre les rayons,
Pour en faire du miel contre des picaillons.

La ruche était squattée par une bande de frelons,
Des d’mi-sels qui voulaient étouffer leur pognon.
Elles portèrent le pet chez la juge, une guêpe,
Vautrée dans son fauteuil molasse comme une crêpe,
Qui convoqua témoins, blaireaux sans consistance,
Pour qui frelons ou guêpes, c’est tout d’la même engeance.  
Auditionnant fourmi et sa copine cigale 
Elle en apprit que t’chi, n’en déduisit que dalle.

C’est alors qu’une abeille  que tout cela gonflait,
Suggéra qu’on les fît turbiner sans délai. 

Qu’on apporte les rayons pour les départager.
Qui saura le mieux faire du miel à tartiner ?

Et bien sur les frelons qui n’savaient pas bosser.
Se caltèrent aussi sec. L’affaire fut terminée.

Plutôt que d’engraisser baveux et gobilleurs,
Dans des procès sans fin avec des pinailleurs,
Il suffirait souvent d’esgourder en confiance,
La sagesse populaire, la véritable jactance.

Baveux : avocat – gobilleur : juge d’instruction

 

Frelons  et Abeilles tribunal

 

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