Le Rat des villes et le Rat des champs

La Fontaine - Livre 1 fable 9

La version d’Esope ne fut pas copiée par La Fontaine. il s’agissait pour lui de démontrer l’interprétation d’Horace (satires, II,6)  sur le fait que la vie rustique est préférable à la vie citadine. C’est pourquoi à l’inverse de la fable d’Esope qui commence par un diner chez le rat des champs, celui-ci est occulté par La Fontaine qui prend parti pour la vie campagnarde, en critiquant d’emblée la vie citadine. 

Esope - Un rat des champs avait pour ami un rat de maison. Le rat de maison invité par son ami s’empressa d’aller dîner à la campagne. Mais comme il n’avait à manger que de l’herbe et du blé, il dit : « Sais-tu bien, mon ami, que tu mènes une vie de fourmi ? Moi, au contraire, j’ai des biens en abondance. Viens avec moi, je les mets tous à ta disposition. » Ils partirent aussitôt tous les deux. Le rat de maison fit voir à son camarade des légumes et du blé, et avec cela des figues, un fromage, du miel, des fruits. Et celui-ci émerveillé le bénissait de tout son cœur, et maudissait sa propre fortune. Comme ils s’apprêtaient à commencer le festin, soudain un homme ouvrit la porte. Effrayés du bruit, nos rats se précipitèrent peureusement dans les fentes. Puis comme ils revenaient pour prendre des figues sèches, une autre personne vint chercher quelque chose à l’intérieur de la chambre. À sa vue, ils se précipitèrent encore une fois dans un trou pour s’y cacher. Et alors le rat des champs, oubliant la faim, soupira et dit à l’autre : « Adieu, mon ami, tu manges à satiété et tu t’en donnes à cœur joie, mais au prix du danger et de mille craintes. Moi, pauvret, je vais vivre en grignotant de l’orge et du blé, mais sans craindre ni suspecter personne. »

Cette fable montre qu’il vaut mieux mener une existence simple et paisible que de nager dans les délices en souffrant de la peur.

Pour mon illustration à droite , j’ai mis en scène deux petits sujets de verre que j’ai photographiés et reportés sur un décors de maison moderne où les plats comme le décor sont composés de plusieurs morceaux de photographies prise dans  Art et Décoration. Un travail de fourmi sur plusieurs journées.

Que ne ferai-je pas pour plaire à mes lecteurs ? Cliquez sur les images pour les améliorer

Rat ville et Rat champsVersion fabulgone

Version de La Fontaine

Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,

D'une façon fort civile,
À des reliefs d'ortolans.

Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis :
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête,
Pendant qu'ils étaient en train.

À la porte de la salle
Ils entendirent du bruit ;

Le Rat de ville détale, 
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le Citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.

C'est assez, dit le Rustique ;
Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de roi ;

Mais rien ne vient m'interrompre ;
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !

Version de Fabulgone

Où La Fontaine prévient : - Si tu veux te taper la cloche et prendre ton panard, Sans te brouiller l’estome, choisis un coin peinard !

Un jour le rat de ville passa un coup d’turlu
À son pote qui perchait dans un coinsteau perdu.
Rallège dans ta bagnole, viens goutter mon frichti,
Je t’attends mon poteau sur le coup de midi.

À douze plombes pétantes, le péquenot se pointa,
Loqué tout en dimanche, une roteuse sous le bras.

Ils ne s’mouchent pas du coude, à la ville, les rats !
Gambergeait le rustique en découvrant les plats

Servis dans la vaisselle la plus chic ici-bas:
Porcelaine de Limoges, godets de Baccarat.  
Mais alors qu’ils briffaient du caviar Béluga,
En sifflant la roteuse, un bruit les dérangea.

Ils coururent se planquer derrière le radiateur.
Ce n’était qu’un larbin et son aspirateur
Qui traversa la pièce pour se rendre à l’office
Sans avoir reluqué nos deux pauvres jocrisses.

Tandis qu’ils dégustaient des reliefs d’ortolan,
La lourde tout à coup s’ouvrit en coup de vent,
Les chassant de nouveau et quand le calme revint

Le rongeur de cambrousse s’écria : - Quel bousin !

Je n’en ai rien à cirer de ton royal festin !
Je te le dis tout net, rapplique chez moi demain !
Calter à chaque bouchée, c’est pire qu’un coupe-faim !
Si tu veux sans trembler te remplir une dent creuse,
Déguster ton pinard en claquant de la menteuse
Garanti sur facture pointe toi chez ma pomme
Tu n’crains pas d’y choper un ulcère d’estogome.

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