Le Lièvre et la Tortue

Livre VI Fable 10

Esope (VIIe-VIe siècle av. J.-C)

Un Lièvre se moquait des jambes d’une tortue. Celle-ci se mit à rire et lui dit : « Moi je te surpasserai de vitesse à la course. » Le lièvre affirma que c’était impossible. « Cependant, dit-il rivalise avec moi et tu sauras ce que valent mes pieds. Mais qui nous fixera le but, siffla la tortue, et nous attribuera le prix de la victoire ». Alors le plus sensé des animaux, le renard, marqua le point de départ et le point d’arrivée, en même temps qu’il indiqua la longueur de la course. La tortue sans tarder, se mit en route aussitôt et arriva au terme. Le lièvre confiant dans sa vitesse, s’endormit. Puis s’étant relevé il arriva d’un trait à la borne, mais il trouva la tortue endormie.

 

Je trouve cette fable très bien tournée et je rejoins La Fontaine qui disait alors : " Cette fable montre que beaucoup d'hommes, heureusement pourvus par la nature, se perdent par la mollesse et la négligence tandis que beaucoup d'autres, par leur application et leur effort triomphent de leurs défauts naturels.

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Version de La Fontaine

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.

Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Si tôt que moi ce but. Si tôt ? Êtes-vous sage ?
Repartit l'Animal léger.
Ma Commère, il vous faut purger 
Avec quatre grains d'ellébore.
Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait : et de tous deux.
On mit près du but les enjeux.
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire ;
Ni de quel juge l'on convint.

Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
De ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des Chiens, les renvoie aux calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.

Elle part, elle s'évertue .
Elle se hâte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire ;
Tient la gageure à peu de gloire ;
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure.

À la fin, quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.

Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Version de Fabulyon

Ne te casse pas le chou à jouer les galocheurs.

Joue plutôt des compas et décarre pile à l’heure.

Si tu veux sans probloc atteindre ton objectif

Et n’être pas le dindon d’un regrettable suif.

 

"Je te la joue milles balles, parole de lambineuse,
Que je toucherai le pieu, la prem’zire en gagneuse
Jacta tortoche au lièvre en se poilant, la gueuse.
"
Avant moi dit lapin, t’as vu comme t’es chiadée,
Ma viocarde tu bobardes, la moquette t’as fumée." 
"Je ne suis pas bredine et moi je n’ai pas les foies
Si t’en as dans l’calbute, flambe l’oseille avec moi."

Aussi sec ils s’alignent, prêts à se la jouer réglo.
Un renard trimbalant, sa viande dans le coinsto,
Fut banco pour larguer la décarre rapidos.

Le lièvre pouvait gagner en quelques enjambées
De celles qu’il fait fissa quand prêt d’être gaulé
Il paume les clébards qui retournent au panier
La langue sur le bitume, complètement cannés.

Il gamberge se disant telle une fleur de nave :
"Son pari à la noix elle va le trouver grave.
J’ai le temps de gicler, laissons faire la vieillasse,
Qu’elle se casse le baigneur et se crève la paillasse.

Il laissa donc tortue, jouer les pue-la-sueur
Débouler en loucedé son train de sénateur.
Pédalant dans l’yaourt, elle se fait suer le burnous,
Sans jamais rouscailler, elle bagotte sans secousses.

Le lièvre continue sans se casser le chou
À jouer les affranchis, rouler des mécaniques.
Il se tape un casse-dalle, s’endort sur le mastic
Et quand il pige enfin qu’il s’est bourré le mou
Les carottes sont cuites, car tortue se pointa
Au poteau la prem’zire, où là elle jabilla :

Tu me croyais gourdasse et tu n’es qu’un micheton.
Fends-toi de tes milles balles, aboule les picaillons !
Mais dis-moi mon lapin aurais tu donc parié
S’il fallait sur ton dos, ta baraque trimbaler ?

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