Le Corbeau voulant imiter l'Aigle

Livre II - Fable 16 de La Fontaine

Esope est à la base de cette fable intitulée « L’Aigle, le Choucas et le Berger ».

aigle choucas bergerUn aigle, fondant d’une roche élevée, enleva un agneau. À cette vue, un choucas, pris d’émulation, voulut l’imiter. Alors, se précipitant à grand bruit, il s’abattit sur un bélier ; mais ses griffes s’étant enfoncées dans les boucles de laine, il battait des ailes sans pouvoir s’en dépêtrer.
Enfin le berger, s’avisant de la chose, accourut et le prit ; puis il lui rogna le bout des ailes, et, quand vint le soir, il l’apporta à ses enfants.
Ceux-ci lui demandant quelle espèce d’oiseau c’était, il répondit : « Autant que je sache, moi, c’est un choucas ; mais, à ce qu’il prétend, lui, c’est un aigle. »
C’est ainsi qu’à rivaliser avec les puissants non seulement vous perdez votre peine, mais encore vous faites rire de vos malheurs.

image de 2008Pour mon illustration à droite, après avoir créé le fond avec le ciel bleu, les arbres, le manoir et la prairie. J'ai ensuite incruster les deux volatiles et les deux moutons. celui en bas à droite est une figurine schleicht que j'avais pris en photo.

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Gilles Corrozet (1510-1568) écrivain, fabuliste et imprimeur reprendra cet apologue dans un recueil de fables. C’est chez lui que La Fontaine trouvera le thème du corbeau encagé et donné comme jouet aux enfants.

Le choucas est un petit corvidé sociable qui vit volontiers dans les lieux élevés comme les tours ou les clochers.  

Où Esope, Corrozet, La Fontaine et Fabulgone se moquent des blaireaux convaincus,
Qu’ils peuvent sans vergogne péter plus haut que leur cul.

Version de La Fontaine

L’Oiseau de Jupiter enlevant un mouton,
Un Corbeau témoin de l’affaire,
Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,
En voulut sur l’heure autant faire.

Il tourne à l’entour du troupeau,
Marque entre cent Moutons le plus gras, le plus beau,
Un vrai Mouton de sacrifice.
On l’avait réservé pour la bouche des Dieux.
Gaillard Corbeau disait, en le couvant des yeux
Je ne sais qui fut ta nourrice ;
Mais ton corps me paraît en merveilleux état
Tu me serviras de pâture. 
Sur l’animal bêlant à ces mots il s’abat.
La Moutonnière créature.
Pesait plus qu’un fromage, outre que sa toison
Etait d’une épaisseur extrême, 
Et mêlée à peu près de la même façon 
Que la barbe de Polyphème. 
Elle empêtra si bien les serres du Corbeau 
Que le pauvre animal ne put faire retraite. 
Le Berger vient, le prend, l’encage bien et beau, 

Le donne à ses enfants pour servir d’amusette. 
Il faut se mesurer, la conséquence est nette : 
Mal prend aux Volereaux de faire les Voleurs. 
L’exemple est un dangereux leurre : 
Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands Seigneurs ; 
Où la Guêpe a passé, le Moucheron demeure.

Version de Fabulgone

Un aigle dans un champ agricha un mouton,   
Sous le pif d’un corbac qui voulut, le naveton   
Imiter le rapace et s’offrir un gueuleton.   

Il choisit du troupeau la brebis la plus grasse.   
Et tel un kamikaze, fonça sur la bestiasse,   
Atterrit sur son dos, crocheta sa tignasse.   

Mais l’ovin pesait plus qu’une simple belette     
Et il ne parvint pas à soulever la bête.    
Conscient somme toute d’avoir fait une boulette   
Il voulut s’en aller, cesser cette prise de tête.   

Il ne put décoller, se trouva tout couyon     
Avec les serres coincées sur le dos du mouton.  
L’animal était pourvu d’une épaisse toison,  
Encore plus emmêlée que celle d’une souillon   
Qu’a jamais vu un peigne, piégeant le fanfaron.   

Le mouton en renaud, se mit à bêler de rage.   
Le berger se pointa. Il mit l’oiseau en cage.   
L’offrant à ses minots qui eux étaient bien sages.     

Ne te prends pas pour un mac si tu n’es qu’un mariole.     
Et si tu ne veux pas qu’on se paie ta fiole.   
Prends garde à ne jamais jouer les branquignols.

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