Le Corbeau et le Renard

Livre Premier - fable 2

Cette fable de La Fontaine, la deuxième après la Cigale et la Fourmi a fait l’objet d’une foultitude de versions avec même des morales différentes. Rien qu’en Francoprovencal j’en possède une quinzaine. C’est aussi une version en argot que me récitait papa et quelle ne fut pas ma surprise, de constater à l’école primaire qu’il existait une version française, celle de La Fontaine. La particularité de celle-ci, c’est qu’elle est presque un copier-coller des versions d’Esope et de Phèdre.

Corbeau renardJ’ai donc réalisé une image proche de l’ancienne illustration. Après avoir trouvé une image de clairière, j’ai rajouté l’arbre avec sa branche sur laquelle j’ai incrusté le corbeau et le fromage. Pour le renard, je l’ai rajouté en le transformant un peu plus longiligne ; le plus difficile a été de positionner la tête du renard nous regardant. Sans Photoshop, je ne serais sûrement jamais arrivé à trafiquer toute mes photos des fables. Quelques heures de travail pour chacune, mais je me suis bien amusé.

Cliquez sur les images

Image ancienneLa version d'Ésope

Un corbeau, ayant volé un morceau de viande, s’était perché sur un arbre. Un renard l’aperçut, et, voulant se rendre maître de la viande, se posta devant lui et loua ses proportions élégantes et sa beauté, ajoutant que nul n’était mieux fait que lui pour être le roi des oiseaux, et qu’il le serait devenu sûrement, s’il avait de la voix. Le corbeau, voulant lui montrer que la voix non plus ne lui manquait pas, lâcha la viande et poussa de grands cris. Le renard se précipita et, saisissant le morceau, dit : « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. »

Cette fable est une leçon pour les sots.

Version de Phèdre

Ceux qui aiment les artificieux en sont punis plus tard par un amer repentir.
Un Corbeau avait pris un fromage sur une autre fenêtre, et allait le manger sur le haut d'un arbre, lorsqu'un Renard l'aperçut et lui tint ce discours:
" De quel éclat, ô Corbeau, brille votre plumage ! Que de grâces dans votre air et votre personne ! Si vous chantiez, vous seriez le premier des oiseaux."
Notre sot voulut montrer sa voix, mais il laissa tomber le fromage, et le rusé Renard s'en saisit aussitôt avec avidité.
Le Corbeau honteux gémit alors de sa sottise.

Version de La Fontaine

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie,
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit, et dit : Mon bon Sieur,  
Apprenez que tout flatteur 
Vit aux dépens de celui qui l'écoute.  
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

 

Version de Fabulgone

Où La Fontaine démontre que les écornifleurs,
Si tu les esgourdes, ils te piquent ton quatre-heures.

Un pignouf de corbac sur un touffu planqué
Agrichait dans son bec un coulant baraqué
Qu’il avait en promo acheté au marché.

Il se préparait donc, heureux de faire bombance
Quand renard qui n'avait que des clous pour bectance
Lui tint en quelques mots cette sournoise jactance :

Si t'as la menteuse aussi bien que t'es sapé,
T'es l'mec de redresse des donzelles du quartier
Tu peux poser à plumes dans un calendrier

Ça me changerait des clébards et aussi des greffiers
Que me fourgue chaque année le mec des Pétété.

Sur ces charres le corbac y se sent plus pisser,
Il ouvre un bec comac et laisse filer son coulant baraqué.

Le renard se l’attrape, se l'enfile et jabille :
Pas dégueu ton fromton, j’en frétille des papilles.
Mais si tu ne veux pas jouer les loquedus entubés,
N’esgourde pas les bobards des faisans du quartier.

Le corbac qui venait de se prendre une claque,
Trissa dans la forêt avec ses cliques, ses claques,
Et se sentant péteux, rouscailla mais trop tard,
Qu'il se ferait plus blouser par cette vache de renard.

Ajouter un commentaire