La Grenouille et le Boeuf

La Fontaine - Livre 1 fable 3

La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf

Les sources de la fable se trouvent dans Horace poète latin auteur des satires en 35 et 25 av. J.C.
(Satires 2-3, 316-320) qui institue un dialogue entre une grenouille ambitieuse et son petit.  

Les petits d’une grenouille absente ayant été écrasés sous le pied d’un veau, un d’entre eux s’échappa et raconta à sa mère comment un animal énorme avait écrasé ses frères. Celle-ci dit : « De quelle taille était-il ? Aussi gros que cela ? » Et elle se gonflait. « Plus gros de moitié. » « Autant donc que ceci ? » Et elle se gonflait de plus en plus. « Même si tu crevais, dit le petit, tu ne l’égalerais pas. »

Mais aussi dans Phèdre : 14 av. J.C.  – 50 apr.J.C.  (D’après une traduction de Sacy de 1647).
La Grenouille éclatée et le Boeuf

Le petit se perd à vouloir imiter les grands. Une grenouille vit un Bœuf dans une prairie. Jalouse d'une taille si belle, elle gonfle sa peau ridée ; puis demande à ses petits si elle n'est pas plus grosse que le Bœuf. Ils lui disent que non. De nouveau elle s'enfle, fait plus d'efforts, et demande encore qui est le plus gros. Ils répondent : « C'est le Bœuf. » Enfin, de dépit, elle veut se gonfler encore, mais son corps crève, et elle périt.

Version de La Fontaine

On peut carrément dire que Phèdre a bien pompé sur Horace et de son côté La Fontaine ne fait pas dialoguer la grenouille mère et ses petits, mais une grenouille et sa sœur. Phèdre fait crever la grenouille alors qu’Horace faisait juste se moquer, par son petit survivant,  la mère qui veut ressembler au veau. La morale reste toujours, pour les trois fabulistes, sur le fait que chacun se doit de rester dans sa condition

Une Grenouille vit un Boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n'était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse s'étend, et s'enfle, et se travaille
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant : Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez ?
Dites-moi ; n'y suis-je point encore ?
Nenni. M'y voici donc ? Point du tout.
M'y voilà ? Vous n'en approchez point.

La chétive Pécore S'enfla si bien qu'elle creva.

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages:
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, 
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

Version de Fabulgone.

En ce qui me concerne, c'est bien la première fois où je ne suis pas le fil conducteur de la fable qui reposait sur l'ambition.
J'ai choisi la féminité et les risques liés à vouloir suivre les canons de la beauté ou tomber dans la boulimie. Restez naturelles mesdames, ne sacrifiez pas à la tyrannie de la balance.

Coluche disait que la bonne taille pour les jambes, c'est quand les pieds touchent bien par terre. Et donc, le poids idéal et c'est valable aussi pour vous messieurs, c'est celui où on se sent bien dans sa peau.

Gardons-nous des excès de toutes sortes.

Où Fabulgone affirme que si tu bouffes trop
Ou te serres la ceinture, tu t’retrouves au caveau.

Un jour une grenouille, au bord de son étang,
Arnoucha un gros bœuf, en prit un coup de sang.
Saperlotte, la belle bête, on dirait un sumo !
J’veux comme lui être replète, gras du bide ex aequo
Ronchonna la pauvrette en ouvrant son frigo.
J’attaque par la blanquette pour prendre quelques kilos !

Et comme aux Amériques où l’art culinaire
Fabrique des obèses au lieu des centenaires
Elle s’empiffre de glaces, s’adonne à la malbouffe
Vénère le hamburger, c’est dire si elle est loufe.

Et quand sur sa balance où elle eut beau grimper,
L’aiguille cette diablesse, refusait d’indiquer,
Le poids de l’animal qui broutait dans le pré,
Et se moquait, normal, de la désespérée.

Elle devenait toute gonfle, ronde comme une barrique,
Sans jamais dépasser le poids d’anorexique,
Des défileuses de mode, tu sais les névrotiques,
Les sacs d’os, gigots fins, ridicules pathétiques
Qui remuent l’popotin, minaudent sur l’estrade
Sous le regard acerbe de quelques vieilles pintades

Qui passent du statut de riches héritières
En mémères perlouzées adipeuses rombières.
Résultat, la grenouille éclata c’est fatal,
D’avoir trop tortoré, d’un mal nombrilical.
Le mannequin clamsa de n’avoir rien bouffé,
Pour satisfaire, idiote, aux canons d’la beauté.

Cette fable bien sûr ne manque pas de sel
Mais va voir à Paris le jardin du Carrousel
Tu trouveras là les statues de Maillol
Qui exhibent aux passants de bien belles guiboles
De celles qui font envie au lieu de faire pitié
Et mettent en avant la vraie féminité.

Grenouille ou top-modèle bannissez les excès
Si vous avez des formes, enfin juste ce qu’il faut  
Auprès de tous les hommes vous aurez du succès
Et vous vivrez c’est sûr très bien dans votre peau.

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