Le Lion et le Rat

Livre II fable 11

La source est Ésope, traduite du grec en latin dans le recueil de Nevelet (1610).
Marot avait déjà auparavant utilisé cet apologue lorsqu’il écrivit  cette fable dans son recueil  "Épître à Lion Jamet" ;
Prisonnier au châtelet pour avoir « mangé le lard en carême » (1520), Marot en grand danger d'être torturé risque même d'être brûlé. Il appella au secours de son ami, le poitevin Léon Jamet. Comme en Poitou, Léon se prononçait Lion, notre poète adapta spirituellement à son propre cas la fable du Lion et le Rat écrite par Esope.

La Fontaine qui admirait beaucoup Marot a utilisé cet écrit pour écrire sa fable, en le "resserrant" beaucoup. Il annonça également dans cette fable la suivante.

Version d’Esope 
le Lion et le Rat reconnaissant.
Un lion dormait ; un rat s’en vint trottiner sur son corps. Le lion, se réveillant, le saisit, et il allait le manger, quand le rat le pria de le relâcher, promettant, s’il lui laissait la vie, de le payer de retour. Le lion se mit à rire et le laissa aller. Or il arriva que peu de temps après il dut son salut à la reconnaissance du rat. Des chasseurs en effet le prirent et l’attachèrent à un arbre avec une corde. Alors le rat l’entendant gémir accourut, rongea la corde et le délivra. « Naguère, dit-il, tu t’es moqué de moi, parce que tu n’attendais pas de retour de ma part ; sache maintenant que chez les rats aussi on trouve de la reconnaissance. »

Cette fable montre que dans les changements de fortune les gens les plus puissants ont besoin des faibles.

Version de Marot
Sous forme d'une fable de 53 vers ! Impressionnant ! Chaque majuscule en gras est un vers.

Ce lion, plus fort qu'un vieux verrat, Vit une fois que le rat ne savait Sortir d'un lieu, pour autant qu'il avait Mangé le lard et la chair toute crue ; Mais ce lion Trouva moyen et manière et matière, D'ongles et dents, de rompre la ratière, Dont maître rat échappe vitement, Puis met à terre un genou gentement, Et en ôtant son bonnet de la tête, A remercié mille fois la grand ‘bête, Jurant le Dieu des souris et des rats Qu'il lui rendrait. Maintenant tu verras Le bon du compte. Il advint d'aventure Que le lion, pour chercher sa pâture, Saillit dehors sa caverne et son siège, Dont (par malheur) se trouva pris au piège, Et fut lié contre un ferme poteau. Adonc le rat, sans serpe ni couteau, Y arriva joyeux et esbaudi, Et du lion (pour vrai) ne s'est gaudi, Mais dépita chats, chattes, et chatons Et prisa fort rats, rates et ratons, Dont il avait trouvé temps favorable Pour secourir le lion secourable, Auquel a dit : "Tais-toi, lion lié, Par moi seras maintenant délié : Tu le vaux bien, car le coeur joli as ; Bien y parut quand tu me délias. Secouru m'as fort lionneusement ; Or secouru seras rateusement."  Lors le lion ses deux grands yeux vertit, Et vers le rat les tourna un petit En lui disant : "Ô pauvre verminière Tu n'as sur toi instrument ni manière, Tu n'as couteau, serpe ni serpillon, Qui sût couper corde ni cordillon, Pour me jeter de cette étroite voie. Va te cacher, que le chat ne te voie. - Sire lion, dit le fils de souris, De ton propos, certes, je me souris : J'ai des couteaux assez, ne te soucie, De bel os blanc, plus tranchants qu'une scie ; Leur gaine, c'est ma gencive et ma bouche ; Bien couperont la corde qui te touche. De si très près, car j'y mettrai bon ordre." Lors sire rat va commencer à mordre Ce gros lien : vrai est qu'il y songea  Assez longtemps ; mais il le vous rongea Souvent, et tant, qu'à la fin tout rompt, Et le lion de s'en aller fut prompt, Disant en soi : "Nul plaisir, en effet, Ne se perd point quelque part où soit fait."

Version de La Fontaine

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d'un Lion,
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru 
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.  

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

Illustration Alexandre Chicot le lion et le rat
 

Version de Fabulgone

Où Fabulgone confirme qu’un bienfait n’est jamais perdu
et que l’on a souvent besoin d’un plus petit que soi.

Un lion super costaud devant son estanco
Roupillait bien au chaud, non loin d’un marigot,
Quand un rat tout petiot, sans souci la griotte,
Gicla devant son mufle tétanisé de tremblote.

Le roi des animaux soulevant ses mirettes,
Aurait pu mornifler cette pauvre lavette.
Bon zigue il lui offrit la vie sauve et le rat,
Calta en promettant, de n’être pas ingrat.

Le lion au marigot partant licher la baille,
Tomba dans une fosse, s’emmêla dans les mailles
D’un filet qui allait l’étouffer, quand le rat
Rallégea dans l’coinsteau et les mailles il rongea.
Le roi pigea alors qu’un aminche vaut bien plus
Que tous ses courtisans qui sont rien qu’des gugusses.

J'aime beaucoup l'illustration d'Alexandre Chicot et pour la mienne voyez les yeux exorbité du Lion arnouchant le rat en porcelaine ; une image que j'ai bien travaillée.
Cliquez sur les deux pour les améliorer.

 

Le Lion et le rat de Fabulgone

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