La laitière et le pot au lait

Livre VII fable 10

La Fontaine s'est inspiré d'une fable de Bonaventure Des Périers intitulée
« Comparaison des alquemistes à la bonne femme qui portait une potée de lait au marché » (1558)

Saurait-on mieux comparer les Alquemistes (alchimistes) qu'à une bonne femme qui portait une potée de laict au marché, faisant son compte ainsi: qu'elle la vendrait deux liards: de ces deux liards elle en achèterait une douzaine d'œufs, lesquels elle mettrait couver, et en aurait une douzaine de poussins: ces poussins deviendraient grands, et les ferait chaponner: ces chapons vaudraient cinq sols la piece, ce serait un escu et plus, dont elle achèterait deux cochons, male et femelle: qui deviendraient grands et en feraient une douzaine d'autres, qu'elle vendrait vingt sols la pièce; après les avoir nourris quelque temps, ce seraient douze francs, dont elle achèterait une jument, qui porterait un beau poulain, lequel croistrait et deviendrait tant gentil: il sauterait et ferait Hin. Et en disant Hin, la bonne femme, de l'aise qu'elle avait en son compte, se prit à faire la ruade que ferait son poulain: et en ce faisant sa potée de laict va tomber, et se répandit toute. Et voilà ses œufs, ses poussins, ses chapons, ses cochons, sa jument et son poulain, tous par terre.

On voit bien ici que La Fontaine qui n'a pas repris le terme des alchimistes s'est copieusement inspiré de cette histoire 

Version de La Fontaine 

Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là pour être plus agile
Cotillon simple, et souliers plats.

Notre Laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l’argent,
Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée
La chose allait à bien par son soin diligent
Il m’est, disait-elle, facile
D’élever des poulets autour de ma maison :
Le Renard sera bien habile,
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable ;
J’aurai le revendant de l’argent bel et bon  
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?

Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La Dame de ces biens, quittant d’un œil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s’excuser à son mari
En grand danger d’être battue.

Le récit en farce en fut fait ;
On l’appela le Pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant.

Dessin de Gustave Doré

La laitiere et le pot au lait

Version de Fabulgone

Où Fabulgone prévient : Touche d’abord ton pognon
Avant de faire la liste des courses et te retrouver couyon.

La citrouille affublée d’un pot de frais lolo
Qu’elle comptait bien fourguer au premier des péquenots
Qu’aurait assez d’oseille pour douiller sa camelote,
Perette s’enquilla vers la ville à une trotte.

Habillée ras la touffe, maquillée ripolin,  
Elle traçait rapidos pour rejoindre le patelin
Perette gambergeait, comptait les picaillons
Que lui rapporterait cette transaction :

Une fois le flouze palpé, cent œufs je banquerai
Qui après être couvés par deux trois poules maquées,
Deviendront des poulets et là t’as tout pigé,
J’attriquerai un cochon qui, une fois grassouillet

Finira saucisson. Puis avec le pognon
Une vache et son veau, j’aurai du maquignon. 

Toujours dans son cinoche proche de l’hystéro
Perette dans le pré, fit sauter le p’tit veau.

Elle sauta comme lui, se viandant illico
La berthe répandant le lait sur son paletot.
Adieu veau, vache, cochon, couvée, t’as gagné le gros lot
Ramène-Toi chez ton vioque, et gicle des mirettes
Pour ne pas prendre une raclée, recevoir la grosse tête.

S’il n’est pas en renaud, y s’foutra de ta fiole,
T’appellera pot au lait, te voyant toute mariole.
Et voici la morale de cette comédie
Qui vaut pour les plus grands comme pour les petits :

On roule des mécaniques, on joue les manitous
Mais rapplique le réveil, on n’se bourre plus le mou.
Que l’on soit une tronche ou un vrai branquignol,
On retrouve le bitume, on n’est plus qu’une bricole.
Des châteaux en Espagne bâtis en gambergeant,
On retombe toujours, gros Jean comme devant.

Image de Fabulgone (Le village au fond, c'est Pérouges, j'ai créé tout le reste, chemin, paysage, Perrette, ...)

Laitiere et pot au lait

 

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