La carpe et les carpillons

Où Florian prévient les minots qui n’en font qu’à leur tête,
N’esgourdent pas leur Maman, qu’ils courent à leur perte. 

Car avec ta maman, même quand tu seras grand
Tu restes pour elle petit, dans son cœur de géant.

Carpe et carpillons

Version de Florian

Prenez garde, mes fils, côtoyez moins le bord,
suivez le fond de la rivière ;
craignez la ligne meurtrière,

ou l’épervier, plus dangereux encor. 
C’est ainsi que parlait une carpe de Seine
à de jeunes poissons qui l’écoutaient à peine.

C’étoit au mois d’avril ; les neiges, les glaçons,
fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes ;
le fleuve enflé par eux s’éleve à gros bouillons,
et déborde dans les campagnes.

Ah ! Ah ! Crioient les carpillons,
qu’en dis-tu, carpe radoteuse ? 
Crains-tu pour nous les hameçons ?
Nous voilà citoyens de la mer orageuse.

Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel,
les arbres sont cachés sous l’onde,
nous sommes les maîtres du monde,
c’est le déluge universel.

Ne croyez pas cela, répond la vieille mère ;
pour que l’eau se retire il ne faut qu’un instant.
Ne vous éloignez point, et, de peur d’accident,
suivez, suivez toujours le fond de la rivière.

Bah ! Disent les poissons, tu répètes toujours
les mêmes discours. 

Adieu, nous allons voir notre nouveau domaine.
Parlant ainsi, nos étourdis
sortent tous du lit de la Seine,
et s’en vont dans les eaux qui couvrent le pays.

Qu’arriva-t-il ? Les eaux se retirèrent,
et les carpillons demeurèrent ;
bientôt ils furent pris,
et frits.

Pourquoi quittoient-ils la rivière ?
Pourquoi ? Je le sais trop, hélas !
C’est qu’on se croit toujours plus sage que sa mère,
c’est qu’on veut sortir de sa sphère,

C’est que... c’est que... je ne finirais pas.

Version de Fabulgone

Gaffe à vous les loupiots ! Eloignez vous du bord,
C’est truffé de lignes de ces salopiauds de pêcheurs,
Qui rêvent de fritures mais il y a pire encore,
Car l’épervier du ciel ne vous fera pas de fleurs.
C’est ainsi que jactait la carpe aux carpillons
Qui s’en fichaient pas plus que de colin tampon.

C’était le mois d’avril, la neige sur les sommets
Engrossait les torrents et donc par ricochet,
Le fleuve à gros bouillons débordait de son lit,
Offrant un terrain de jeux aux poiscailloux ravis.

Borgnote-nous la mère, rifougnaient les bouts d’zan,
On ne zyeute que la flotte et les cieux, c’est géant.
Pas la queue d’un pêcheur, pas le moindre épervier,
Même le plus grand chêne dans la vase a les pieds.

Nous voilà les seigneurs de l’onde c’est fantastique.
On est les rois du monde ! Comme sur le Titanic.

On n’est pas au cinoche, rétorqua leur maman,
La fin du film fut moche, souvenez-vous, mes gluants !
Ne t’inquiète pas la vieille, on n’est pas le paquebot,
Et puis on peut couler, notre élément c’est l’eau.

En jouant les pirates qui recherchent un trésor,
Ils s’approchèrent encore un peu plus près du bord.

Pour la dernière fois, les mômes je vous en conjure,
Nagez au fond de l’eau, cessez cette désinvolture.
Pour que l’eau se retire il ne faut qu'un instant,
En restant en surface, vous risquez l’accident.

Refusant d’esgourder les conseils de leur mère,
Les merdaillons obtus, leurs bêtises continuèrent.

Ce qui finalement, leur pendouillait au nez,
Rallégea bien plus vite que gagner au tiercé.
Les eaux se retirèrent comme un cheval au galop
Les laissant sur le gazon, comme de pauvres ballots.
Et là tu t’en doutes, ils furent vite ramassés
Jetés dans la friture, le soir même dégustés.

De tout temps en tout lieu on sait que les ados
Prennent leurs ainés pour des bugnes, des rigolos,
À peine sorti de l’œuf, le gnard veut s’envoler
Mais sans plume au croupion, il finit par se viander.
Et c’est en larmichant qu’il retourne chez sa mère
Qui est, je te l’affirme, son seul bonheur sur terre.

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