Episode 9

La Belle au château

« Si on portait ses chaussures à la main plutôt qu'aux pieds, elles s'useraient moins vite. »
Pierre Dac

Où la Belle remplace son paternel malade et arrive au château. Pas la queue d’une bestiole si je peux m’exprimer ainsi sans malentendu. Je dis ça pour les malotrus qu'auraient l'esprit mal tourné

Maître Panille arnoucha au pied de son pucier, le coffre rempli de ducats d’or que lui avait promis la Bête. Il débaroula rejoindre la Belle qui s’était tapé la vaisselle et passait la pate mouille sur le carrelage.
« Toujours au turbin du soir au matin, ma petite fillotte ! » Lui dit affectueusement le marchand.
« J’avais oublié de te dire que La Bête m’a fait livrer avec son code, un coffiot plein de picaillons. Demain je ferai le partage. »

« Esgourde, mon Papounet répondit-elle. Il n’y a pas le feu au lac comme ils disent à Neuchâtel. Planquouille l’oseille et moufte rien aux deux gueuses sinon elles vont étouffer la braise en moins de deux et il ne leur restera rien pour leur dot. Nous mettront au parfum seulement les trois frangins. »

Panille acquiesça. Le secret fut bien gardé et les trois frelots, discrètement utilisèrent leurs parts pour moderniser l’affaire, attriquant du matos et agrandissant le cheptel. Les deux punaises trop occupées à se borgnoter le nombril, ne s’aperçurent de que dalle. L’échéance du départ aprochait, lorsque Maître Panille chopa une forte fièvre qui lui colla la tremblote et l’obligea à garder le pieu.
Le toubib diagnostiqua une chute de ses défenses immunitaires liée à une angoissothérapie foudroyante et s’il n’veut pas dépoter le géranium, Panille devra rester pieuté une quinzaine. Il remit l’ordonnance à Belle et avant qu’il ne se casse, elle lui allongea trente sacs pour la consulte.

L'arrivée au châteauLe lendemain matin, laissant une bafouille sur la table de la cuisine, demandant aux frangins d’aller chercher les médocs chez l’apothicaire, elle décarra avec sa jument préférée ‘’Tornade blanche’’ pour honorer la promesse de son vieux.
Elle avait emmené, bien rangé dans son sac Chanel, sa boite à bijoux, ses trousses de toilette, de maquillage et de démaquillage, sept coordonnés, sous-tifs et culottes, de chez ‘’Dessous Chéri’’, sept robes et corsages, sept paires de godasses et une petite laine pour les soirées fraîches. C’est pas parce qu’on crèche à la cambrousse qu’on ne soigne pas ses apparences.

S’agit pas que le monstre se berlure en croyant avoir affaire à une souillon mal fagotée, pensa-t-elle.

Le canasson trottina toute la journée jusqu’au grand portail de fer forgé qui s’ouvrit automatiquement, comme de bien s’accorde. Pansée et bouchonnée, la jument fut installée dans l’écurie, dans une stalle mitoyenne à celle, ousse qu’un superbe destrier noir fut tout heureux d’avoir quelqu’un avec qui taper la converse (et plus si affinité).

Arrivée sur le parvis, la porte s’ouvrit avant même qu’elle n’utilise le claque-porte. Elle s’enquilla dans la rotonde toute éclairée de chandeliers sans personne pour l’accueillir. Traversant le couloir elle éprouva comme son père, le même sentiment d’être espinchée par les bustes d’albâtre.

Dans la salle à manger un seul couvert était dressé sur le chemin de table. La Belle gambergeait que le monstre voulait surement l’engrossir avant que de la bequeter, mais tant qu’à faire, autant avoir l’estogome bien calé avant de se faire trucider.
Pendant qu’elle tortorait, une petite musique se fit entendre diffusée par des haut-parleurs dissimulés de chaque coté du tableau accroché au dessus de l’enfilade. Elle reconnut ‘’Les Petits Plaisirs’’ de Haendel : sonate en ré pour flûte à bec et basse continue, superbement interprété par Jean Marc Andrieu à la flûte à bec, Yasuko Uyama-Bouvard au clavecin et Etienne Mangot à la viole de gambe.

Je dis à toutes les fleurs de nave qui me prendrait pour une enclume, que c’n’est pas parce que je jaspine l’argomuche que j’n’ai pas un brin de culture.

Le champagne et la musique aidant, elle se sentait un peu pompette. Elle sortit de table en esquissant une petite révérence comme pour remercier son hôte de ce moment agréable, et se dirigea vers la chambre qui avait été relookée. Le mobilier était en bois de rose avec le charme désuet du style 1900. Sur un valet de nuit en forme de mannequin, un bel ensemble chemise de nuit et déshabillé en soie naturelle couleur de la rose Romy l’attendait.
Comment le monstre avait-il su qu’elle avait oublié ses vêtements de nuit, s’interloqua-t-elle ???
Après s’être rafraichie et changée, elle se glissa voluptueusement sous les toiles et rejoignit Morphée très vite avant même que la dernière bougie ne s’éteigne. C’est alors…

Fin de l'épisode, à suivre...

Que se passa-t-il ?

Réponse A : Marcel Béliveau et toute son équipe de surprise-surprise rallègèrent avec les caméras, la réveillant en sursaut.
Réponse B : Nosfératu le vampire qui passait par là se prépara à se payer une pinte de bon sang.
Réponse C : L’alarme incendie se déclencha et elle n’eut que le temps de sauter par la fenêtre avant de voir le château bruler entièrement.
Réponse D : Elle rêva de la fée bleue qui vint lui offrir sa protection pour son geste envers son paternel.

Si on n’peut plus dormir tranquille, c’est la fin des haricots !

Je mets à jour les nouveaux mots de parler populaire qui complètent le dictionnaire déjà bien enrichi et donc aujourd’hui nous avons coffiot, faffiot (faf, fafs, faffe, faffiots) étouffer la braise, espincher – voir - Glossaire

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