Episode 2

La punition

« Ne te moque jamais des misérables en te croyant à l’abri pour la vie »
La Fontaine « Le lièvre et la Perdrix »

Où le Prince se montre odieux. Il va dérouiller et ne se regardera plus dans une glace.

La vieille toupie dégoisa : 
Rose Cocorico 89« Je me les gèle et j’ai la dalle en pente. Offre moi un casse-dalle jambon beurre cornichons et laisse-moi crécher dans ton gourbi pour cette nuit. En remerciement, je te refile cette rose, c’est une authentique Cocorico, ne la refuse pas. »

« Non mais, ça va pas la tête ! Y’a pas écrit la poste !  Bougonna le Prince en se tapotant le front, mon château, ce n’est pas le refuge de l’armée du salut. Tu dégoulines, t’es crottée, tu vas saloper mon estancot. Va falloir que je remue les puces de mes feignasses de larbins pour qu’ils passent la pattemouille. Casses Toi de ma zone !
Ȧ dix bornes de là, avant de te pointer icigo, il y avait un refuge pour mes bêtes à cornes,(
pas les escargots, les vaches). Fallait y poser ta valoche. Elles t’auraient offert une gâche dans leur paille pisseuse et en plus tu refoules comme elles ! » 

« Mon Prince, je n’tiendrais pas dix bornes. Je serais calanchée avant que d’y arriver. Soye pas peau de vache avec une viocarde dans la dèche. Pour ne pas salopioter le carrelage et la moquette, je peux aller me pieuter dans tes écuries. Fends-Toi juste d’un quignon de pain rassis ! » 

« T’auras que dalle ! Fallait phosphorer avant ! Barres Toi ou sinon j’appelle la valetaille afin qu’elle te fasse gicler à grands coups de pompes dans le fondement. Moi, je retourne me glisser dans les torchons ! » 

Ȧ peine avait-il finit sa phrase, que brusquement, sous une pluie d’étoiles, une lumière aveuglante enveloppa la sorcière.
Je ne résiste pas au plaisir d’une petite digression car ce qui va suivre rappelle en effet le film réalisé en 1896 par Georges Méliès, premier film de l’histoire du cinéma à utiliser les effets spéciaux. Dans ‘’Escamotage d’une dame au théâtre Robert Houdin’’ on voit une belle jeune femme traversée par un petit nuage de fumée être transformée en squelette. Reprenons !
Donc, lorsque l’effet flash s’estompa, apparut une belle gisquette, vêtue d’une robe fourreau en lamée bleu, pailletée de diamants. Elle avait, partant de ses omoplates, deux grandes ailes diaphanes et nacrées. C’était à n’en pas douter une Fée de première classe. Le Prince, les quinquets comme des soucoupes, la menteuse sur les godasses en était baba comme Ali. Elle tenait dans sa mimine une zappette dernier cri. Les baguettes magiques à l’ancienne sont devenues introuvables depuis que les fabricants ont été délocalisés en Chine. Et il faut se méfier des contrefaçons. 
Tiens ! L’autre jour, un prince avait été transformé en crapaud et la fée, une débutante bien sûr, avait voulu rompre le charme avec sa baguette ‘’made in China’’. Le prince, un certain Quasimodo, se retrouva tout tartignol, difforme et bossu. Maintenant, il est sonneur de cloche à Notre Dame de Paris.
« Il fait pitié ! » me confiait Esméralda.  

La Fée bleue, programma sur son bidule ‘’monstre repoussant’’. Elle dirigea la cellule photoélectrique vers le naveton qui avait chopé la tremblote, cliqua sur ‘’off ’’. Le résultat fut croquignolet.
Son beau visage glabre et bronzé n’était plus qu’un mufle mi chat mi lion, avec deux quenottes dépassant de la mâchoire du bas. Ses tifs étaient devenus une crinière jaunasse. Son corps d’athlète était pesant et trapu tout couvert de poils, ses guibolles et ses brandillons avec de grosses pattes griffues lui conféraient une démarche lourdaude et empruntée. Sa voix était devenue caverneuse comme sortant d’outre-tombe   

La Fée bleue jabilla :
« Tu t’es comporté comme une fleur de nave. Tu as toujours été méprisant envers les loquedus, les faiblards et les mochetés. Ton cœur est insensible à la compassion. Tu as gagné le coquetier et te voilà maintenant dans la mouscaille. Tu as jusqu’à tes vingt et un balais pour que ton attitude change et que tu sois aimé pour ce que tu es. Sinon la rose perdra son dernier pétale, tu resteras une Bête pour l’éternité. »   

La Bête, eut beau se vautrer aux paluches de la Fée, larmicher, promettre de s’amender et même jurer de refiler à ses larbins un pourliche et le treizième mois rien n’y fit. Elle demeura inflexible et avant que de faire feu des deux fuseaux en disparaissant dans une dernière gerbe d’étincelles multicolores, elle dit en aparté :
« Bon ! C’est pas tout ça, mais faut que je me casse. J’ai un salaupiot de pantin de bois qui fait que des bêtises à corriger. »  

La Bête resta comme deux ronds de frites, pique plante devant la lourde.

Fin de l'épisode, À suivre...

Que va faire la Bête?

Réponse A : Prendre son baluchon et se barrer au monastère de la dame de Haute Savoie pour méditer et faire pénitence.

Réponse B : Piétiner la rose, la réduire en bouillie et interdire, sous peine d’être empalé, la culture de cette fleur.

Réponse C : Se rendre au pays des stroumpfs, retrouver Gargamel et le soudoyer pour qu’il lui rende son apparence de Prince.

Réponse D : Mettre la rose sous une cloche pour la protéger, tacher moyen de modifier son attitude, attendre et espérer.

Je n’sais pas ce que vous en pensez, moi je trouve ce prologue bien chiadé.
Vivement la semaine prochaine !
Je continue d’enrichir le dictionnaire des mots nouveaux, d’argot et de lyonnais populaires.
– voir - Glossaire.
De même si vous n’avez pas déjà lu la présentation du feuilleton, la vie de la romancière
et l’évolution du conte depuis l’antiquité
voir – La Belle et la Bête.

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