épisodes 1 à 5

Comme habituellement, les épisodes sont disposés du plus récent au plus ancien au fur et à mesure de leur mise en ligne.

épisode 4 - la maladresse d'Alice et la réunion des animaux

Alice jabilla : « Sais-tu comment sortir de cette mare ? Je suis fatiguée à force de patauger. »
Méfiante, Souris comme tous les muridés, chicota, poussant un petit cri. Déçue, la gamine dit tout haut :
« 
Où est tu minou, tu me manques ? » Ce qu’esgourdant Souris se mit à frissonner de terreur. « Pardonne-moi, j’avais oublié que tu n’aimes pas les chats ! »  
« 
Les aimerais-tu si tu étais à ma place ? » Quincha la souricette.
« 
Peut-être pas et pourtant, j’aimerai te montrer ma Dinah ; c’est un être si paisible, la douceur même. Elle reste à ronronner près du feu, à se lécher les pattes et faire sa toilette et elle n’a pas son pareil pour attraper les mulots. Oh ! Excuse-moi, n’en parlons plus et si tu préfères, causons des chiens. Aimes-tu les clébards ? Il y en a un près de ma cambuse, un petit fox à la fourrure brune et bouclée. Il rapporte les choses qu’on lui lance, s’assoit pour demander sa pâtée et son maître dit qu’il connaît des tours rigolos et il tue tous les rats. »

Cette fois, Souris tailla la route en pataugeant à vive allure.
La mominette s’excusa à nouveau en jactant : « 
Souris chérie ! Reviens, je ne parlerai plus ni de chats, ni de chiens. »
Souris revint lentement et rebriqua :
« 
Allons sur le bord, je te conterai mon histoire et tu pigeras pourquoi je hais les greffiers et les clebs. »
Ils rejoignirent le rivage, suivis par une kyrielle de bestioles tombées dans l’eau. Il y avait un Canard, un Dodo, un Lori, un Aiglon et un cuchon de créatures bizarres. Une fois à terre, Souris ordonna : 
« 
Asseyez-vous tous et ouvrez vos portugaises. »
Alice et le DodoAvant qu’elle ne commence son histoire, tout le monde s’agitait et se plaignait d’être mouillé et d’avoir froid. Dodo se leva et avec solennité déclara : 
« 
Je propose un ajournement de l’assemblée et je pense que la façon la plus efficace de nous sécher serait une course au choix. » Il traça un parcours de forme vaguement circulaire. Puis toute la troupe se plaça le long de la piste ; chacun partait quand il voulait tournait quand il voulait et s’arrêtait de même.
Au bout d’une demi-heure, Dodo cria : « 
Stop ! ». 

Ils s’installèrent à nouveau en cercle, demandant tous ensemble : « Qui a gagné ? »
Dodo s’agita les boyaux du cerveau et bieurla :
« 
Tout le monde a gagné et mérite un prix ! »
« 
C’est quoi le prix ? »
Alice sortit de sa poche une boite de pralines qui n’avait pas été mouillée et les distribua. Il y en avait une pour chacun sauf pour Alice.
Ce fut alors le brouhaha pour qu’elle reçoive un prix elle-aussi. Questionnée par Dodo, elle trouva un dé de couturière. Dodo le récupéra et le lui redonna en déclarant :
« 
Nous vous prions d’accepter cet élégant dé à coudre. » On pria Souris de raconter son histoire.
« 
Tu as promis de me dire pourquoi tu détestes les Ch et les Ch dit Alice sans prononcer les noms des animaux. »

« C’est une histoire longue et mélancolique, que la mienne dit Souris en soupirant »
Alice étonnée rebriqua : « 
Tu as une belle queue longue, mais pourquoi y mêler l’ancolie ? »

Époustouflée par cette remarque, Souris ne dit plus rien.

Fin de l’épisode, à suivre

17 avril 2021

épisode 3 - la mare de larmes et l'éventail

« De plus en pire bizarre ! s’écria Alice qui en perdait son bon français. Voilà que maintenant je me déplie comme le plus grand télescope qui ait jamais existé ! » Elle se mit à grandir et sa tête heurta le plafond. Elle se saisit de la petite clef d’or et se hâta de gagner la porte. Mais bien évidemment, elle ne pouvait la franchir.
Alors elle se mit à gicler des calots versant des litres de larmes jusqu’à ce qu’il y eût une large mare profonde de bien dix centimètres et qui arrivait jusqu’au milieu de la salle. C’est alors qu’elle esgourda un petit bruit de pas.

Alice et l'éventailSéchant ses larmes elle zieuta le Lapin Blanc qui rallégea fringué comme un prince avec une paire de gants en chevreau blanc d’une main et un vaste éventail dans l’autre. Il marmottait à part soi tout en marchant.
« 
Oh ! la Duchesse, la Duchesse ! Oh si jamais je l’ai fait attendre, ce que je vais recevoir ! »

Alice, dès que Lapinous passa près d’elle commença à jabiller d’une petite voie timide
« 
S’il vous plaît, monsieur… »
Le Lapin sursauta vivement, laissa tomber ses gants et son éventail et détala dans le noir à toute allure. Alice ramassa les gants et l’éventail et comme il faisait très chaud, se mit à s’éventer en jactant toute seule. 
« 
Voyons, réfléchissons, suis-je quelqu’un d’autre ? » Elle se mit à passer en revue tous les enfants de son âge.
« 
Je ne suis pas Ada qui a de longues boucles et moi pas du tout ; Je ne suis pas Mabel car je sais beaucoup de choses et qu’elle ne sait presque rien. Voyons si je sais encore tout ce que je sais. Quatre fois cinq –douze, quatre fois six - douze, quatre fois sept – treize. Oh la la je n’arriverai jamais jusqu’à vingt. Essayons la géographie. Londres est la capitale de Paris et Paris est la capitale de Rome. Non, tout est faux. J’en suis sûre, j’ai été changé en Mabel. Je vais devoir rester ici-bas avec peu de jouets, dans une petite maison, et un cuchon de leçons à apprendre. Oh ! la la ! s’écria Alice qui éclate de nouveau en sanglots, j’en ai vraiment ras-les-couettes d’être toute seule ici ! »

À ces mots, regardant ses mimines, elle constata qu’elle avait enfilé un gant de chevreau blanc. Elle se leva et constata qu’elle mesurait soixante centimètres et rapetissait toujours ; s’apercevant que la cause en était l’éventail elle le lâcha en toute hâte pour ne pas disparaître complètement.
Elle trissa vers la petite porte qui s’était refermée et la clef était à nouveau sur la table.

"Tout va de mal en pis" pensa-t-elle avant de glisser et de s’abouser dans la flotte salée. Comprenant très vite qu’elle était dans la mare de larmes, elle se mit à nager pour sortir de l’eau.
Elle entendit quelque chose tomber dans l’eau un peu plus loin. S’en approchant, elle pensa d’abord que ce pouvait être un Phoque ou un Hippopotame, mais vu la petite taille elle comprit que ce n’était qu’une Souris qui avait glissé comme elle. 

« Bon, est-ce que ce serait utile de tailler la bavette avec cette bestiole ? » dit-elle tout haut.
« 
Tout est si bizarre dans ce coinsto que ça se pourrait bien qu’elle cause et en tous cas ça ne coûte rien d’essayer ».
Elle commença donc…

Fin de l’épisode, à suivre

09 avril 2021   

épisode 2 - la clef d'or

Alice pendant sa dégringolade au ralenti somnolait en pensant à Dinah la minette de sa famille, se demandant si, l’ayant accompagnée dans les airs, elle aurait pu boulotter une chauve-souris quand soudain, elle fit patacul en atterrissant sur un lit de branches et feuilles mortes sans se faire mal. Tout était noir au-dessus d’elle et devant c’était un passage à l’horizontal qui formait un coude où elle zieuta le lapin filant comme le vent et qui s’écria en tournant au coin :
« 
Par mes oreilles et mes moustaches, comme il se fait tard ! »

Passant le tournant elle ne le vit plus et se retrouva dans un hall très bas éclairé par une rangée de lampes suspendues au plafond. Il y avait plusieurs portes, mais toutes verrouillées. Au milieu sur une petite table en verre, à trois pieds il y avait une petite clef d’or. Aucune n’ouvrait les lourdes, soit les serrures étaient trop grande, soit trop petites.
La clef d orElle zieuta alors un petit rideau qui cachait une petite porte d’une quarantaine de centimètres et à sa grande joie, la clef l’ouvrit. S’agenouillant elle bigla un petit corridor qui menait sur un vaste jardin avec de superbes fleurs et des fontaines, mais fifrelette pour y accéder car elle ne pouvait même pas y passer son caberlot.

Si seulement je pouvais me replier comme un télescope, gambergeait-elle. Vu ce que j’ai vécu, rien n’est impossible !
Retournant vers la petite table, un flacon y était posé, comme par magie, avec une étiquette indiquant : Bois-moi.
Elle se gratta le ciboulot puis tourna la petite bouteille en tous sens pour être sûre que la mention poison n’y figurait pas.
Elle s’aventura alors à y goûter. Le breuvage avait les saveurs mélangées de la tarte aux cerises, de la crème anglaise, de l’ananas et du caramel et donc elle en siffla tout le contenu.
Elle se mit à se replier comme un télescope et mesurait juste vingt-cinq centimètres Toute ravigotée (elle avait attendu quelques broquilles pour être certaine de ne pas se retrouver de la taille d’une fourmi), elle se pointa vers la porte qui s’était refermée, s’apercevant qu’elle avait remis la clef sur le plateau de la table qu’elle ne pouvait plus, ni atteindre, ni escalader car les pieds en verre étaient trop glissants.

Elle se mit à chouigner, avant de se reprendre et d’arrêter de gicler des calots. Elle aperçut alors sous la table un petit gâteau qui venait d’apparaître avec une petite étiquette : Mange-moi. Elle en grignota un petit morceau et se toucha le sommet du crâne pour vérifier si elle grandissait ou rapetissait. Rien ne se passait mais comme elle s’était faite à l’idée que tout ce qui lui arrivait était censé être insensé, il lui semblait ennuyeux et stupide que sa vie suive le sens commun.
Elle se mit donc en devoir de finir le gâteau.

À suivre

04 avril 2021

1er épisode - Suivre le lapin

Alice en avait ras les couettes d’être assise près de la flotte, un petit étang bordé d’arbres, où sa frangine lisait son bouquin. De temps en temps elle lorgnait sur l’ouvrage qui ne comportait ni images, ni dialogues dans des bulles et elle se disait : « À quoi bon avoir un livre sans images ni dialogues. »

Alice Liddell photo de Lewis CarrollElle renaudait et ses boyaux du cerveau s’agitaient ; comme il faisait chaud elle était somnolente et se demandait si, avoir le plaisir de cueillir une guirlande de pâquerettes valait la peine de se lever.
Soudain, un lapin blanc, tout dodu, avec des quinquets roses passa très vite en la frôlant et marmonnant : 
« 
Oh ! la la ! Oh la la ! Je vais être en retard. »
Elle s’étonna de trouver cela naturel, mais quand lapinous sortit une tocante de son gousset, qu’il la lorgna avant de repartir en couratant, elle gicla d’un bond attisée par la curiosité et le suivit à travers champs. Elle eut juste le temps de le voir s’engouffrer dans un vaste terrier sous une haie.
Sans réfléchir si c’était une bonne idée et si elle pourrait en sortir, elle s’enquilla dans le terrier qui descendait à pic puis forma un coude si brusquement qu’elle ne put opérer un rétropédalage et poursuivit sa dégringolade presqu’au ralenti. Zieutant vers le bas elle ne vit rien ; il faisait trop sombre. Par contre pour les parois elle remarqua qu’elles étaient tapissées de placards, d’étagères, de cartes de géographie et d’images pendues à des clous.

Ci-dessus, Photo de 1860 d'Alice Liddel prise par Lewis Carroll ; elle fut l'inspiratrice de son livre. 

Au passage, sur une étagère, elle agricha un pot avec une étiquette « Confiture d’orange » qui hélas était vide et qu’elle reposa dans l’un des placards. Et toujours une chute sans fin.
« 
Je me demande de combien de kilomètres je viens de tomber ? » Jacta-t-elle tout haut. « Je dois approcher du centre de la terre qui se trouve à six mille cinq cent kilomètres. » Elle avait appris cela à l’école et ça ne fait pas de mal de réviser.
« 
Ce serait bonnard si je savais à quelle Latitude et quelle Longitude je me trouve ! »
Elle ignorait ce que représentent ces deux mots, mais elle les trouvait jolis. Elle rajouta : 
« 
Vais-je traverser la Terre ? Ce serait drôle de sortir chez des gusses qui crapahutent le ciboulot en bas. Ils sont je crois aux Antipathies, mais je ne suis pas sûr de ce mot. Je questionnerai les habitants. »

Chute, chute, toujours la chute l’accompagnait. Il n’y avait rien d’autre à faire que bajafler et donc elle reprit son soliloque.

À suivre

29 mars 2021

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