Colette de 1896 à 1923 - 2

Deux mariages, deux échecs

Où la chenille va devenir un sublime papillon.

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Colette écrivainSans arrière-pensée, Colette, pendant dix ans, va se consacrer à l’écriture pour répondre au souhait de Willy ; elle fit le constat : 
- Je savais grimper ; siffler, courir, mais personne n’est venu me proposer une carrière d’écureuil, d’oiseau ou de biche. Le jour où la nécessité me mit une plume en main, et qu’en échange des pages que j’avais écrites, on me donna un peu d’argent, je compris qu’il me faudrait, chaque jour, lentement, docilement écrire, patiemment concilier le son et le nombre, me lever tôt par préférence, me coucher tard par devoir.

Le succès de Claudine à l’école fut rapide, suivi de Claudine à ParisClaudine en ménageClaudine s'en va. Puis ce sera Minne, Les égarements de Minne et Sept dialogues de bêtes.

Elle finit par se rendre compte qu’elle était exploitée sans contrepartie, la gloire restant à Willy qui multipliait les infidélités et les excès ; c’est pourquoi, lassée des frasques de son mari, elle s’en sépara en 1906.

Dans un premier temps, elle vécut plusieurs relations avec la marquise Mathilde de Morny (Missy) ou avec Natalie Clifford Barney dite « l'Amazone » une femme de lettres américaine, une des dernières salonnières qui a su donner dans le Paris de la Belle époque et de l’Entre-deux-guerres un retentissement international à la cause féministe.

Le petit fauneCommençait alors pour elle une carrière artistique dans la danse, la pantomime ou le théâtre. Colette venait de trouver dans le music-hall un refuge, une famille dispersée qui la séduisait par son étroite solidarité.

Après son premier rôle dans La Romanichelle, elle connut le succès en interprétant ‘’Le petit faune’’ dans le mimodrame Le Désir, L’Amour et la Chimère.

Elle écrivit : - Il n’y a de réel que la danse, la lumière, la liberté, la musique... Il n’y a de réel que rythmer sa pensée, la traduire en beaux gestes...

Un an plus tard, il y eut un revirement de l’opinion journalistique, suite au scandale de sa prestation au Moulin Rouge lorsque le 3 janvier 1907 elle embrassa sur scène sa partenaire Missy dans la pantomime écrite par la marquise et intitulée Rêve d’Egypte.
Pendant cette représentation, les insultes fusèrent et les spectateurs jetèrent même sur scène divers objets.

Rêve d EgypteLe lendemain, le critique Gaston Calmette déclara dans les colonnes du Figaro :
- Suppose-t-on que la moralité de Paris soit tombée si bas qu’il puisse indéfiniment supporter des spectacles comme ceux que l’on impose depuis trop longtemps à sa tolérance ? Il a pu accueillir la complaisante chronique d’aventures scandaleuses : mais la curiosité n’a qu’un temps et le scandale n’est pittoresque qu’à la condition d’être éphémère.

Le spectacle sera interdit, dès la seconde représentation, par le préfet Lépine.

La chairQu’importe la vindicte  des critiques, qui s’estompera ; elle réagit :
- Les artistes de café-concert… ils sont mal connus, décriés et peu compris ! Chimériques, orgueilleux, plein d’une foi absurde et surannée dans l’Art…  

Elle se produisit la même année à Paris dans La Chair suivi d’une tournée en province qui dura toute une année avec d’autres spectacles de danse, des pièces de théâtre et des pantomimes. Parallèlement, elle rédigea sous le nom de Colette Willy en 1907 : La Retraite sentimentale qui clôtura la série des Claudine.

Le 21 novembre 1909, les journaux titrèrent :

Colette et Willy divorcent

– « Encore un divorce littéraire, ce sont maintenant deux époux, Willy et Colette Willy qui nous affirment leur dessein d’écrire chacun de son côté. La séparation a donné lieu à l’échange de quelques observations sans douceur dont il me paraît inutile de vous entretenir… Désormais, nos fameuses Claudine auront deux parents légitimes et seront signés Willy et Colette Willy. Quant aux deux volumes publiés jadis sous le titre Minne et les Egarements de Minne, ils sont refondus en un seul roman intitulé l’Ingénue libertine que la librairie Ollendorff vient de publier sous la signature Colette Willy. »

Fin décembre 1909, ce sera la reconnaissance de son talent d’écrivain, premier succès personnel avec l’édition de La Vagabonde, qui retrace ses quatre années d’errance.

Elle préfaça ainsi son livre :
- … La solitude … La liberté … mon travail plaisant et pénible de mime et de danseuse… les muscles heureux et las, le souci nouveau, et qui délasse de l’autre, de gagner moi-même mon repas, ma robe, mon loyer, voilà quel fut de suite, mon lot, mais aussi la défiance sauvage, le dégoût du milieu où j’avais vécu et souffert, une stupide peur de l’homme, des hommes et des femmes aussi… et cette bizarrerie qui me vint très vite, de ne me sentir isolée, défendue de mes semblables, que sur la scène, la barrière de feu me gardant contre tous.

Ce fut aussi sa rupture avec Missy. Elle venait de faire la connaissance d’Henri de Jouvenel politicien et journaliste qu’elle épousa en 1912. Elle aura une fille en juillet 1913, Colette Renée de Jouvenel, dite « Bel-Gazou », Beau-Gazouillis en provençal.

Femme au volant 1Son mari rédacteur en chef au journal Le Matin lui fit faire quelques billets et reportages, ce fut son entrée dans la presse où elle devint directrice littéraire du journal. Elle avait une plume très incisive comme lorsqu’elle répondit aux hommes qui ne supportait pas de voir les femmes conduire, prétendant grossièrement qu’elles étaient à l'origine d'accidents que leur étourderie provoquait.  

Son mari la trompant, elle divorca en 1923 non sans avoir pris, elle-aussi, un amant.

Entre temps elle avait publié plusieurs ouvrages dont Chéri en 1920 et Le Blé en Herbe en 1923.

Henri de Régnier, critique littéraire lui rendit hommage le 7 août :
- Jamais peut-être elle ne s’est montrée plus nuancée, plus sensible, plus frémissante que dans cette sensuelle et sentimentale idylle du Blé en Herbe. Elle y atteint des finesses de touches et des précisions de rendu qui lui permettent d’indiquer de presque insaisissables variations dans ce juvénile duo d’amour où les voix conservent leur timbre et leur accent naturels. Ajoutons que ces virtuosités n’ont rien fait perdre au style de Mme Colette de ses fortes qualités, de même que, son attention aux transes psychologiques et physiologiques des sympathiques petits héros de ce beau et troublant livre, ne lui a pas enlevé le goût des notations de nature.

Ayant contacté en 1919, Léopold Marchand, figure marquante du théâtre, celui-ci adapta pour le théâtre, les romans Chéri et La vagabonde. Colette dans La Jumelle Noire publia l’ensemble des critiques littéraires qu’elle avait écrites sur les pièces de Léopold Marchand.

Renvoi d’ascenseur dirions-nous aujourd’hui.

À suivre…

 

Commentaires (1)

P'tite ruine
  • 1. P'tite ruine | 21/03/2019
Vivement la suite!!!
Un vrai plaisir un lire et une belle découverte pour ma part :)

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