Les Dames de la poste en 1900

Postières, factrices, cartes postales

Je dédie cet article à une grande amie : ‘’Zouzou’’ qui allie, le talent, la facétie, la sensibilité, le tout avec un franc parler jamais démenti. Elle livre (entre autres) des cartes postales et en crée de magnifiques. Elle est vraiment unique...

Article paru dans le Figaro en 1903 :
Factrice en 1900« Avec l’enseignement primaire, la poste est la seule carrière salariée ouverte aux femmes. Les candidates étant plus nombreuses que les postes, l’administration leur verse un salaire inférieur aux hommes.
Entrées à 16 ans comme apprenties non payées, elles subissent un concours à 25 ans avant de connaître le déracinement dans une autre province et de recevoir à 60 ans une maigre retraite. 
Le Figaro approuve la pétition du Parlement en faveur des hausses de salaires de 15%.
Ces femmes flétries avant l’âge par la faim, l’amertume et la désillusion profonde, ces êtres faibles que la société ne protège pas et que les privations vouent à l’anémie, à la chlorose, à la tuberculose, ce sont pourtant des employées de l’Etat chargées de l’exécution d’un grand service public ».

Marcel Prevost dessin de Paul Charles DelarocheMarcel Prévost

Nous voici de plein pied dans "les Misérables" de Victor Hugo.

Il y a surement encore beaucoup à faire pour l’égalité homme/femme, mais quand tu lis ce genre d’article, ça donne des frissons.

Marcel Prévost, romancier, journaliste, était un féministe engagé (il en existait peu, mais ils étaient actifs) et nul doute qu’il a peut-être un peu noirci le tableau pour que les dames de la poste obtiennent gain de cause.

Voici encore une anecdote qui parle d’une de ces ‘’dames’’.
Le 6 février 1873, soit six semaines après l’officialisation de la carte postale en France, une postière normande se permit de lire à haute voix, en présence de ses collègues, une carte postale adressée par un curé à l’une de ses paroissiennes. La guichetière poussa même l’indiscrétion jusqu’à recopier le texte de la carte qui, probablement, ne manquait pas de saveur. Certains témoins n’apprécièrent pas la plaisanterie et portèrent plainte. Il y eut un procès. Un premier jugement du tribunal correctionnel de Caen, rendu le 6 mai 1874, relaxa la jeune postière, les juges estimant qu’il n’y avait pas eu violation du secret puisque secret il n’y avait pas. Mais l’affaire n’en resta pas là. Les plaignants firent appel, et le 21 novembre de la même année, la postière fut condamnée. (L’histoire ne dit pas à quelle peine...).

Il s’en passe des choses à la poste, n’est-il pas !

Factrice en carte postalePoursuivons les aventures croquignolesques de la carte postale avec un autre domaine où elle eut à défendre sa réputation (la carte, pas la postière).
Pour éviter les ‘’audaces artistiques’’, un décret du 11 juin 1887 reprit les dispositions de la loi de 1881 sur la presse et l’affichage en interdisant que la carte-postale allât à l’encontre des bonnes mœurs et des institutions ; on poursuivit l’injure et la ‘’pornographie’’.

Un arrêté du 18 novembre 1903 autorise pour la carte postale l’adresse sur la partie droite et la correspondance à gauche. L’illustration deviendra pleine page sur le verso, car peu de cartes étaient illustrées sauf sur une infime partie.

En 1904, le sénateur Béranger, qui veillait au respect de la morale, fit prendre un décret proscrivant toute pilosité sur les reproductions anatomiques figurant sur les cartes postales. Le collectionneur d’aujourd’hui s’apercevra vite qu’elle ne fut pas toujours appliquée. Le fougueux sénateur, qui compta parmi ses victimes plusieurs illustrateurs dont Poulbot, avait fondé la ‘’Société générale contre la licence’’.

En juin 1910, quatorze illustrateurs eurent à répondre en justice d’outrages aux bonnes mœurs, mais aucun ne fut jamais poursuivi pour outrage au bon goût...

Terminons cet article sur nos charmantes préposées de la poste, par une petite chanson de notre humoriste et roi de la gaudriole que nous ne pouvons pas accusé de misogynie, n’en déplaise aux rouscailleurs tristes.

Elle est pour toi cette chanson 
Toi ma Zouzou qui sans façon
À toujours su faire preuve d’humour
Sans critiquer les calembours
Que sur nos blogs les frapadingues
Diffusaient à toute berzingue.

Ça partait dans toutes les directions, mais qu’est-ce qu’on rigolait dans notre cercle des frapadingues !

Cliquez sur le lien pour écouter la chanson : Les Postières 

Commentaires (1)

zouzounette40
  • 1. zouzounette40 (site web) | 20/07/2017
Ah mon petit Fab quel plaisir de te lire surtout sur un sujet qui me "parle " aussi bien...très intéressant !
Merci pour ces éloges mais ... non je ne prendrais pas "la grosse tête"
Ca n'a pas dû être facile pour ces factrices en ce temps là !
Heureusement que les choses ont évoluées. hommes ou femmes à la poste
nos salaires sont identiques puisque une grille d'indices nous suit du début à la fin de nos carrières.
Bon, je suis plutôt à la fin et c'est tant mieux... 38 ans et demi de service à mon actif ...
Les choses évoluent trop vite aujourd'hui et je n'ai plus envie de suivre...
Je vais terminer sur une tournée campagne comme j'aime ...avec des gens très sympathiques,
des échanges de bonnes paroles, des gentillesses et des gâteries : oeufs, salades, tomates, confiture...des pâtés et du foie gras....des chocolats...bref les gens me gâtent...
Je suis très cartes postales et une arrivera chez toi depuis la Bretagne...j'y tiens !!!
Bisous Fab...et même si nos échanges ne sont pas réguliers saches que je pense à Toi et à ta belle ville de Lyon...
Bel été Fab...vacances jusqu'au 15 août....youpiiiii

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