Réhabilitons le Pou

Texte de Félix Benoit

Extrait de : le petit Buffon du pauvre, par Félix Benoit

Le pou dissimule un noble caractère derrière une allure chétive et une démarche en canard. Mais en dépit de ses qualités de cœur, il est en général méprisé, voire même un sujet d’opprobre et de honte.   
On lui reproche de surcroît sa fierté proverbiale, et d’aucuns, en ont fait un dicton d’une ironie blessante lorsqu’ils s’écrient, en évoquant à l’occasion un vaniteux quidam de leur entourage : « Il est fier comme un pou ! ». 

pouxOr si le pou est fier, c’est qu’il en a le droit. Il ne rougit pas en effet, de sa médiocre condition de ce qu’on lui prête. Dans cet esprit, il importe de souligner ses vertus de tempérance et son amour inné de la famille. C’est ainsi que l’on a vu de jeunes poux à peine pubères aider leur vieille mère à tailler dans le cuir chevelu d’un quelconque imbécile, pour en tirer de la nourriture que sa pauvre mâchoire édentée ne lui permettait plus d’entamer avec fruit.     
Un pareil témoignage de piété filiale souffrait d’être souligné ! Et comme le fit observer le révérend père Lacordaire dans un de ses sermons : « La nature a placé dans de naïfs cœurs bruts un sentiment pieux auquel de trop nombreuses âmes plus élevées sont souvent infidèles ». 

Malheureusement, notre civilisation meurtrière, génératrices de violences, qu’il s’agisse de l’Afghanistan, de l’Ouganda, de la Somalie ou du Zimbabwe, nous a fourni maintes raisons de douter parfois d’une justice immanente ! Le nazisme d’autre part, nous révéla l’horreur des chambres à gaz ! Or, qu’on le veuille ou non, les génocides continuent.
La preuve en est, pour en revenir aux poux, qu’un produit monstrueux, camouflé sous l’appellation anodine de « Marie-Rose », s’intitule cyniquement « la mort parfumée des poux »… Peut-on aller aussi loin dans l’hypocrisie criminelle ? Autrement dit encore jusqu’aux tréfonds des goulags de la perversité ? Je vous le demande ?

Bref, les poux créatures innocentes, sont en voie de disparition, et au train où vont les choses, les statistiques démontrent que, contrairement aux chômeurs, les poux sont en régression manifeste. Pourtant les femelles font leur possible, en marge de toute aide administrative. Seulement voilà, elles portent dix-neuf mois, ce qui est bien long, et la plupart meurent d’inanition au cours de leur interminable marche à la recherche de chevelures dignes d’être prospectée et vierges d’insecticides. Il n’y a même plus de hippies pour les accueillir. Quel désastre écologique.  

Cruel dilemme, pour ces mères infortunées, lorsque naissent leurs poupons, de ne leur tendre qu’un sein flasque, dépourvu de vitamines et d’oligo-éléments. D’où une mortalité infantile considérable, et une dépression nerveuse progressant à pas de géant dans le système poutocratique. La morosité aidant, il n’est pas illusoire d’imaginer que dans un siècle ou deux, il ne restera plus qu’un seul pou sur un crâne chauve ! Un proscrit de légende, comparable à Victor Hugo sur son rocher de Guernesey quand il s’écriait :
«  Et s’il n’en reste qu’un je serai celui-là ».

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