Le cheval et le loup

Cette fable a pour origine l’Âne et le loup d’Ésope

Cheval et loupUn âne ayant mis le pied sur un éclat de bois restait boiteux et ne pouvait marcher. Il vit un loup et lui dit : «  je meurs tant je souffre, ô loup, et je suis condamné à être la pâture et celle des vautours ou des corbeaux. Aussi je te demande  une seule grâce, que tu me retires du pied cette épine, pour que je n’expire pas dans les tortures. » Aussitôt le loup, saisissant l’épine avec les dents l’arracha, et l’âne fut délivré de son mal. Mais tandis que le loup avait encore la gueule ouverte, l’âne lui lâcha une ruade et s’enfuit en lui broyant le nez, le front et les dents. Et le loup dit : « Hélas ! C’est bien fait. Pourquoi ai-je voulu exercer l’art vétérinaire ?  Beaucoup exposés à un double danger, ont perfidement fait du mal à leurs ennemis qui essayaient de leur être utile. "Ȧ chacun son métier" ».

La Fontaine (livre V fable 8)modifia le texte et remplaça l’âne par le cheval, animal plus noble car n’oublions pas que nous sommes sous le règne de Louis XIV

Le Cheval et le Loup selon La Fontaine

Un certain loup, dans la saison
Que les tièdes Zéphyrs ont l'herbe rajeunie,
Et que les Animaux quittent tous la maison,
            Pour s'en aller chercher leur vie,
Un Loup, dis-je, au sortir des rigueurs de l'hiver,
Aperçut un Cheval qu'on avait mis au vert.
            Je laisse à penser quelle joie !
Bonne chasse, dit-il, qui (pour qui)  l'aurait à son croc (crochet auquel on suspendait la viande).
Eh! Que n'es-tu Mouton ? Car tu me serais hoc (tu serais à moi - allusion à un jeu de cartes où  l'on dit "hoc" en jetant sur le tapis les cartes qui font gagner) :
Au lieu qu'il faut ruser pour avoir cette proie.
Rusons donc. Ainsi dit, il vient à pas comptés,
            Se dit écolier d’Hippocrate ;
Qu'il connaît les vertus et les propriétés
            De tous les simples de ces prés,
            Qu'il sait guérir, sans qu'il se flatte,
Toutes sortes de maux.
Si Dom Coursier (titre d'honneur "seigneur cheval") voulait
            Ne point celer (cacher) sa maladie,
            Lui Loup gratis le guérirait ;
            Car le voir en cette prairie
            Paître ainsi, sans être lié,
Témoignait quelque mal, selon la Médecine.
            J'ai, dit la bête chevaline,
            Une apostume (un abcès) sous le pied.
 Mon fils, dit le Docteur, il n'est point de partie
            Susceptible de tant de maux.
J'ai l'honneur de servir Nos seigneurs les Chevaux,
            Et fais aussi la Chirurgie.
Mon Galant ne songeait qu'à bien prendre son temps,
            Afin de happer son malade.
L'autre qui s'en doutait lui lâche une ruade,
            Qui vous lui met en marmelade
            Les mandibules et les dents.
C'est bien fait dit le loup en soi-même fort triste
Chacun à son métier doit toujours s'attacher.
            Tu veux faire ici l'Arboriste (l'herboriste),
            Et ne fus jamais que Boucher.

Le Cheval et le Loup selon Fabulgone

En cette fin d’hiver, sur le calendrier,
Quand le loup se leva, sortant de son pucier.
Trouva son frigo vide, ça manquait de chair fraîche.
C’est vraiment le moment d’être enfin sur la brèche,
Se dit-il en sortant. Allons voir si l’agneau 
Ne se désaltère pas comme d’hab’ dans le ruisseau.

Mais en guise de mouton, ce fut un canasson,
Qui broutait dans le pré et le loup énervé.
Comprit qu’il lui fallait vraiment devoir ruser.
S’approchant du cheval, il tint  conversation.

Je suis lui dit le loup, disciple d’Hippocrate
Et je me suis lancé dans le créneau du bio,
Je connais les vertus des herbes et je me flatte
D’en énoncer le nom latin avec brio.
Oui, les antibiotiques c’n’est pas automatique
Mes soins sont conformes à la nature, ma pratique

Docteur Knock, m’enseigna ce que je crois encore
Que tout homme bien portant est malade qui s’ignore
Crache-moi donc  le morcif, dis-moi quel est ton mal
Pas besoin de sécu, oublie ta carte vitale.

J’ai rebriqua l’équidé, un abcès sous le pied.
Fort bien messire cheval, je vais vous opérer.

Quand le loup à l’arrière, retroussa ses babines,
Une ruade soudaine, fit sauter ses canines.
Ce fut pire qu’un bourre-pif, que tout ensanglanté,
Ysengrin s’enfuya... Il s’était bien planté !

Moralité (dite par Ysengrin).

Plutôt que de vouloir, jouer les charlatans
Et risquer de finir tout meurtri et sans dents,
À chacun son métier il vaut mieux s’attacher.
Un cachet d’aspirine, je vais céans chercher.

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