La Fable et la Vérité

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)

Neveu de Voltaire, Florian était auteur dramatique, romancier, poète et membre de l’Académie Française à 33 ans. Il était conscient de ne pas pouvoir rivaliser avec La Fontaine. Il s’est malgré tout essayé au genre des fables, car il s'intéressait surtout au jeu de l'allégorie, comme le montre la fable qu'il plaça en tête de son recueil de 1792 : La fable et la Vérité. Au lieu d'oppositions tranchées et irréconciliables entre les personnages, il recherchait les dénouements heureux et les compromis.

Je l’ai découvert comme fabuliste et créateur de pièce de théâtre dans un salon du livre à Lyon en 2006.

Il a comme La Fontaine, été l’inspirateur de mon recueil de fables réactualisées publié en 2009. Chacune de mes fables et récits a bénéficié d’une création d’image. Chaque image a une histoire. Pour des raisons financières, ces illustrations n’ont jamais figuré dans mon livre paru en 2009. De temps en temps je les inclurai dans la rubrique fables nouvelles. Ce sera aussi un petit bonus pour ceux qui possèdent l’ouvrage.

Je vous propose de découvrir pour ce dixième anniversaire, les deux versions de la première fable de Florian que j’ai actualisée au XXIe siècle. Pour l’anecdote, l’image créée avait comme décor un coin du Parc de la Tête d’Or de Lyon.

Florian dessin de FlouestFable et VéritéL'image de gauche est l'original, un dessin de Flouest du recueil de 1792.

L'image de droite est celle que j'ai conçu. Le décor est une photo prise au parc de la Tête d'Or.
J'ai incrusté l'image d'un puit.
Ensuite à partir du collage de plusieurs images j'ai créé et positionné les deux personnages.
Avec photoshop, j'ai tout repositionné et détouré.

Cliquez sur les photos pour les améliorer

Où Florian t'annonce la couleur :
La vérité est bien palichonne et ne fait plus recette.
Il faut que la friponne, soit rendue guillerette.
Seule la baguette magique que tient le fabuliste,
Saura  d'une pirouette nous la remettre en piste.

La version originale de Florian

La vérité, toute nue, 
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étoient un peu détruits ;
Jeune et vieux fuyoient à sa vue.
La pauvre vérité restoit là morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
À ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.

Eh ! Vous voilà ! Bon jour, dit-elle :
Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
La vérité répond : vous le voyez, je gèle ;
Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
Vieille femme n'obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la fable, et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue
Mais aussi, dame vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?

Cela n’est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
Qu’un même intérêt nous rassemble :
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
je ne serai point rebutée ;
À cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma sœur, que partout
Nous passerons de compagnie.

La version XXIe siècle de Fabulgone

La Vérité qui se faisait tartir dans son puits,
En sortit à loilpuche, mais elle avait vieillie. 
Elle qui auparavant, des magazines ornait la une,
Resta sur le carreau, plantée là comme une bugne,
Toute seulabre dans la nuit, chougnant son infortune.

C’est alors qu’elle zyeuta rallégeant tout près d’elle 
Une drôlesse sapée comme une romanichelle.
Parée de ses bijoux en joncaille rutilante,
De fripes bariolées, et toute aussi canante
Qu’Esméralda dansant à la fête des fous
Faisant baver d’envie quelques sombres grigous.

-Salut la gueuse, dit-elle, moi mon blase c’est la Fable.
-Etre à poil par ce froid, t’as du péter un câble ?
-Que glandes-tu icigo ? Qu’as-tu fait de tes fringues ?
-T’as fait un strip-poker ? Parole ! Tu sors de bringue ?

La Vérité répond : -Si je me caille les miches
Et passe dans le coinsto pour une vieille potiche,
C’est parce que de nos jours les gens se font avoir,
Par les belles promesses de leurs politicards.
-La langue de bois fleurit à tous les coins de rues
Et moi qui dis le vrai, plus jamais ne suis crue.
-Je suis bien trop viocarde et retourne dans mon puits.
Le mensonge va aux hommes, leur pourrir la vie.

-Dégoise pas des fadaises ma commère, dit la Fable
-La faiblesse crasse des hommes est certes indécrottable,
Mais commence déjà par mettre l’imperméable,
Qui aux yeux des blaireaux te rendra présentable.
-Rallège dans ma chaumière, je vais te relooker,
T’apprendre tous mes tours pour les mecs attirer.

-Et c’est en se poilant, se doutant de que dalle,
Qu’ils viendront esgourder nos leçons de morale.

C’est donc tel Arlequin que depuis deux mille ans
La Fable avec la Vérité amusent la galerie
Et que par le détour de quelques facéties
Elles transmettent leur morale à des milliers de gens.

 

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