Episode 31 à 35

épisode 32 - Pinocchio fait la manche

Conseils de Savoir-Dire selon Fabulgone
Un carriériste au bureau  obtient une promotion qui vous était destinée ; il vous interpelle :
Je ne t’ai pas vu à mon arrosage ?
Répondez-lui : - Désolé ! Je n’aime pas les fêtes tristes.

Où Pinocchio affamé et assoiffé refuse de travailler.

Pinocchio arnoucha un gus arrivant à sa hauteur. Pour sûr c’était un vrai pue-la-sueur qui haletait en tirant à grand peine deux charrettes de charbon. Il avait toutefois la mine avenante et le pantin l’interpella d’une voix mielleuse en baissant ses quinquets.
Si ce serait un effet de votre bonté, pourriez-vous me faire la charité d’un petit sou, j’ai les crocs.
C’est quatre sous que je te donnerai, rebriqua le charbonnier, s’essuyant le front avec un tire-jus quelque peu maculé de suie. Mais avant, il te faudra me prêter la main pour tirer les charrettes jusque chez moi

Prenant un air offensé, la marionnette répliqua :
Sachez mon brave que je ne suis pas une bête de somme et que je n’ai jamais été attelé à une charrette !
C’est bonnard pour tézigue de jouer les bras-neufs, dit en riant le charbonnier, si tu as vraiment la dalle, commence donc par briffer deux belles tranches de ton orgueil et fais gaffe à ne pas choper une indigestion !

Deux broquilles plus tard, c’est un maçon qui se pointa, portant sur son épaule un sac de chaux.
Mon bon monsieur, feriez-vous l’aumône d’un sou à un galapiat bien propre sur lui et qui baille à s’en décrocher le clapoir tellement il a la fringale ! couina le pantin.
Bien volontiers, jacta le maçon, je te donnerai même cinq sous si tu m’aides à porter ce sac.
Mais la chaux, c’est plutôt lourdingue, fit remarquer Pinocchio, et je ne veux pas me fatiguer.
Si tu veux ne pas te fatiguer, gamin, alors continue de jouer à bailler, grand bien te fasse.

Et c’est ainsi qu’au bout d’une demi-plombe, une bonne vingtaine de mectons à qui la marionnette faisait la manche lui répondirent.
Tu devrais avoir honte ! Au lieu de traînasser dans la rue, cherche donc un turbin et apprends à gagner ta vie !

Pinocchio le repasFinalement déboula une gisquette sympa qui portait deux cruches pleines d’eau.
Bonne Dame, accepteriez-vous que je me rince le corgnolon avec une gorgée d’eau de l’une de vos cruches ? Quémanda Pinocchio que son gosier était plus sec et brulant qu’une dune en plein désert.
Bois, mon gone ! dit la minette en posant son fardeau à terre.

Pinocchio s’enquilla la flotte comme une éponge, claqua de la menteuse et marmonna.
Maintenant je n’ai plus soif, mais comment faire pour ne plus avoir le bide qui gargouille.

La gentille fenotte, esgourdant ces paroles s’empressa de dire.
Si tu m’aides et portes une de ses cruches, je te donnerai un bon morceau de pain quand nous serons arrivés à ma cambuse.
– Pinocchio zieuta la grande cruche, sans répondre.
Et avec le brifton, je te servirai un plat de chou-fleur à la vinaigrette, ajouta le prix de Diane.
– Pinocchio lorgna à nouveau la cruche sans se décider.
Et après le chou-fleur, tu auras droit à une dragée au rosolio
(le rosolio est de la liqueur de rose, une spécialité italienne). La perspective d’une telle friandise fit flancher la détermination du pantin de ne pas suer le burnous. Il se fit violence et jacta.
D’accord je porterai l’une de ces cruches jusque chez vous. 

Elle était lourde et ne pouvant la tenir à bout de bras, il la mit sur son cabochon. Une fois arrivés, la gentille gosseline fit asseoir Pinocchio à une petite table qui était déjà mise et elle disposa devant lui le brignolet, le chou-fleur, et la dragée à la liqueur de rose. Pinocchio ne boulotta pas, il bâfra comme un goinfre. Il faut dire qu’il avait l’estogome plus vide que l’escarcelle d’un michton qui venait de payer ses impôts.

Il releva alors son cabochon pour remercier sa bienfaitrice, mais...

Fin de l’épisode, à suivre...

Qu’est-ce que zieuta-t-il ?

Réponse A – Pinocchio vient de reconnaître la sorcière qui a accueilli Hansel et Gretel ; il tremble à l’idée de passer à la casserole.
Réponse B – Il vient de reconnaître la marâtre, mère de Blanche Neige, et se demande si elle n’a pas empoisonné la dragée fourrée à la liqueur de rose.
Réponse C – Il se croît victime d’hallucination car c’est la Fée Bleue qui se trouve en face de lui.
Réponse D – Il en est sûr, sa bienfaitrice n’est autre que Maléfique et il va à son tour tomber en léthargie pour cent ans.

Glossaire des mots nouveaux :
Pue-la-sueur – ouvrier, tâcheron, un mot composé qui reflète le travail et ses conséquences physiologiques que les affranchis du milieu exècrent.
Tire-jus – mouchoir, une métaphore implicite utilisée depuis 1805 et au temps de Vidocq en 1836 on employait aussi le verbe tirjuter pour se moucher.
Bras-neuf – En lyonnais c’est un fainéant, une image bien parlante pour celui qui rechigne à travailler.  
Brifton
– on dit aussi bricheton ou brignolet – c’est le pain et aussi un casse-croûte et briffer a donné manger, casser la croûte.

Et toujours si vous bloquez sur un mot populaire, vous pouvez consulter le dictionnaire du parler populaire argotique et lyonnais, de plus en plus enrichi qui vous permet de retrouver les mots déjà explicités. Il vous suffit de cliquer sur - Glossaire

épisode 31 - L'île des Abeilles Industrieuses

Conseils de Savoir-Dire selon Fabulgone

Un copain vous interpelle : - Je te trouve bien empressé auprès de ma fiancée 
Répondez-lui : - Ah non ! Il n’y a jamais rien eu entre nous, pas même un vêtement.

Où Pinocchio questionne un dauphin avant de rejoindre un curieux village.

Pinocchio nagea toute la nuit dans l’espoir de sauver son paternel, il affronta le tonnerre, les trombes d’eau et même la grêle, sans compter les éclairs, jusqu’à tant que Jupiter aille se faire entendre ailleurs. Il entrevit au loin une longue bande de terre et redoubla d’efforts en remuant ses agotiaux, mais rien à chiquer, le flux et le reflux le ballotaient comme une brindille, lorsqu’une vague tsunamesque, le catapulta sans ménagement sur la plage de sable.

Il numérota ses abattis et constatant qu’il ne lui manquait ni brandillon ni fumeron, il soupira.
Ouf ! Cette fois encore, je l’ai échappé belle !

À cha peu le ciel redevint serein, le soleil brilla de nouveau et la mer se calma comme quand elle danse le long des golfes clairs. Le pantin se déloqua pour faire sécher ses fringues puis il écarquilla ses quinquets, zieutant au loin les flots dans l’espoir d’y repérer la coque de noix, en vain. Un peu inquiet, il songeait :
Si au moins je savais comment se nomme cette ile ! Est-ce que crèchent ici des gus sympas qui n’ont pas pour habitude de pendouiller des momignards aux branches des arbres ? Est-ce une ile déserte ? Qui peut m’affranchir ?

Pinocchio et le dauphinIl arnoucha alors un gros poisson assez proche de la rive, qui vaquait tranquillos à ses occupations. Il le héla.
Ohé ! Monsieur le poisson, puis-je vous dire un mot ?
Même deux, répondit le dauphin, car c’était un dauphin fort aimable comme on en trouve peu dans ce coin du globe.
Si ce serait un effet de votre bonté, pouvez-vous me dire si, dans ce coinsto, il y a des patelins où l’on puisse becqueter sans courir le risque de passer à la casserole ?
Mais c’est bien sûr, l’informa le mammifère marin du genre cétacé, tu en trouveras un à proximité.
Comment on y va ?
Fastoche, tu prends le ruban, là sur ta gauche, et tu crapahute tout droit ; Tu ne peux pas te berlurer.
Merci, mais dites-moi, vous qui passez vos journées à sillonner l’océan, vous n’auriez pas croisé une chaloupe avec mon papa dedans.
Qui donc est ton dabuche ?
C’est le meilleur paternel du monde alors que je ne suis qu’un artoupan et que je ne le mérite pas.
Sans vouloir plomber l’ambiance, avec la tempête de cette nuit la chaloupe a dû sombrer.
Et mon papa ?
À c’t’heure, il a sans doute été gobé par le redoutable requin, pire que le kraken qui sème la terreur dans les eaux autour de l’ile.
Il est si maous-costaud que ça ? S’enquit la marionnette terrorisée, qui serrait les miches et claquait des mandibules.
Pour sûr, rebriqua le dauphin. Il est plus grand que King-Kong et dans sa gueule, il peut engloutir une locomotive, le tender et deux wagons.
Mamma mia ! Gémit Pinocchio en version originale (puisqu’il est italien).

Il se reloqua à toute berzingue, remercia le cétacé, et trissa en se retournant à chaque bruit, de crainte d’être poursuivi par le monstre. Il déboula dans un petit bled où le panneau précisait : « Village des Abeilles Industrieuses. »  

Les rues étaient sillonnées de gens qui courataient en tous sens et qui avaient tous une occupation. T’avais beau arregarder de partout, tu ne voyais ni oisif, ni vagabond.

J’ai tout pigé, se dit aussi sec ce feignassou de Pinocchio, ce patelin n’est pas pour moi, je n’suis pas venu icigo pour me faire suer le burnous ! Mais en même temps, il avait la fringale car depuis vingt-quatre heures, il n’avait rien tortoré. Dilemme !

Soit il lui fallait trouver du boulot, soit il devait mendier quelques espinchaux ou un croûton de pain. Seulement mendier lui faisait honte car son papa lui avait enseigné que seuls les vieillards et les infirmes, ceux qui étaient trop âgés ou malades pour  travailler de leurs mains pouvaient demander l’aumône. Les autres, s’ils avaient la fringale devaient bosser ou alors tant pis pour eux.
Il en était là de ses réflexions quand il vit passer dans la rue... 
 

Fin de l’épisode, à suivre...

Qu’est-ce que zieuta-t-il ?

Réponse A – Un homme sandwich (un comble) qui portait un panneau, proposant une activité d’essayeur de matelas chez Mérinos, contre un bon repas chaud.
Réponse B – Deux représentants de la maréchaussée qui traquaient les inactifs pour leur faire repaver les rues.
Réponse C – Un charbonnier poussant une charrette pleine de sacs de boulets d’anthracite.
Réponse D – Une jeune femme distribuant des prospectus, offrant un double cheeseburger frites et un coca au McDo du coin.

Glossaire des mots nouveaux :
Fumerons – ce sont les jambes généralement d’un homme. Pour une femme on dira fuseaux ou gambettes.
Débouler – arriver subitement, c’est aussi dans cet esprit que déboulement c’est un accouchement.
Arregarder – En lyonnais c’est regarder fixement et attentivement avec une connotation d’étonnement, le rajout du préfixe ar est un classique pour accentuer une action.  
Espinchaux
– En parler lyonnais il s’agit, d’argent, mais de menue monnaie ; c’est un détournement comique du vieux français espinchau qui signifiait épingle et une épingle c’est de peu de valeur.

Et toujours vous pouvez consulter le dictionnaire du parler populaire argotique et lyonnais, de plus en plus enrichi qui vous permet de retrouver les mots déjà explicités. Il vous suffit de cliquer sur - Glossaire

Ajouter un commentaire