Saison 3

Épisodes 30 à 21

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30e épisode - De Valérien à Aurélien

La fin de l'Anarchie

En 253 pas moins de quatre prétendants à la pourpre impériale entrent en compétition, chacun ayant reçu l’investiture de ses légions. Mais l’armée est versatile et du jour au lendemain elle défait ce qu’elle a créé. C’est Trébonien Galle qui le premier en fait les frais en se faisant zigouiller par sa propre troupe qui, pour faire bonne mesure envoie Valusien fumer les mauves par la racine.  Quand à Emilien qui s’est acoquiné avec Valérien, il lui prend idée de se la jouer traitre et se prépare à faire un petit dans le dos à l'empereur. Mal lui en prend, puisque lui aussi ferme son parapluie en se faisant trucider par ses soldats qui se rallient à Valérien.

Les Trente Tyrans

Balle au centre, Valérien âgé de soixante ans  inaugure la période des Trente Tyrans en faisant reconnaître son fils Gallien comme Coempereur qu’il charge de veiller aux frontières de l’Occident tandis que lui se charge de l’Orient. Pour regonfler les caisses d l’Etat, Valérien mal conseillé, renoue avec la persécution des chrétiens, de 257 à 259, histoire de piquer leurs picaillons et financer ses campagnes militaires.  Fin 259, il se fait bêtement capturé par Shapur 1er et il périra en captivité puisque son fils refuse de verser la rançon. Gallien en 260 met un terme à la persécution des chrétiens proclamant par un édit de tolérance « La petite paix de l’église ». La situation de Rome n’en est pas moins tragique avec de nombreuses rebellions et usurpations : Postume en gaule et Odénat en Orient que l'empereur tolère pour parer au plus pressé. 
Marius Cassianus Latinius Postumus  dit Postume général et gouverneur de la Gaule Belge remporte de brillantes victoires contre les Francs. Il dirige alors la Bretagne, l’Espagne, la Germanie inférieure et supérieure et repousse les attaques de Gallien en 261 et 266 créant l’Empire des Gaules et se comportant avec le soutien des élites gauloises en véritable empereur. Mais il ne marche pas sur Rome et bien qu'il périt au cours d’une sédition en 269, son empire sera ensuite dirigé par Marius puis Victorin et Tetricus avant que l’Empire des Gaules ne revienne dans le giron de Rome en 274 suite à la victoire d’Aurélien.

Quand à Gallien, il parvient à stabiliser l’Orient en récupérant les provinces prises par les Parthes (Perses) tout en restant en bons termes avec Odenat qui, ayant pris la grosse tête, se fait appeler le Roi des rois. Victime d’un complot ourdi par sa fenotte Zénobie et son fils Vaballath, Odenat rejoint à son tour la grande faucheuse. Zénobie devient alors reine de la province de Palmyre qu'elle proclame autonome, mais sans rompre officiellement avec Rome.

On ne change pas les habitudes et Gallien rejoint lui-aussi la camarde en septembre 268 alors qu’il assiégeait l’usurpateur Aureolus retranché dans Milan. Son successeur Claude II dit le Gothique, fait exécuter les séditieux et laisse Aureolus se faire massacrer par ses propres troupes. Brillant stratège il finit après quelques années de dures campagnes et escarmouches sanglantes à repousser les Goths à l’est du Danube en 270. Voué à un règne long et glorieux, il n’a que 56 ans, il dépote son géranium en août 270 victime de la peste à Sirmium en Serbie.  Son frère Quintillus est nommé par la troupe et le Sénat pour le remplacer, mais vlan ! Passe-moi l’éponge, la puissante armée de Pannonie lui préfère Aurélien. Quintillus qui se trouve en position de faiblesse se rallie à cette décision. Ce qui n’empêche pas qu’il dévisse son billard près d’Aquilée. D’aucuns disent qu’il s’est suicidé, mais de mauvaises langues prétendent qu’il a été estourbi par ses soldats.

Aurélien réhabilite l'Empire

Aurélien se lance dans la réunification de l’Empire. Il fait construire autour de Rome une enceinte solide « le mur d’Aurélien » que renforceront quelques autres empereurs. Il jugule les derniers envahisseurs goths, les Vandales et les Juthunges qu’il vainc à la bataille de Pavie. En 271 et 273 il récupère la province de Palmyre, la Syrie et l’Egypte, capture Zénobie et Vaballath. Puis il fait campagne pour reprendre La Gaule et la Bretagne et obtient la capitulation de Tetricus, sans résistance, près de Châlons-en-Champagne en 274. Il peut alors célébrer son Triomphe à Rome. Il prodigue cependant sa clémence à Zénobie et son fils qui sont assignés à résidence à Tibur où l’ancienne reine épouse un sénateur romain et Tetricus devient même sénateur et administrateur en Italie. En fait, Aurélien avait eu un songe qui lui prédisait la victoire s'il se montrait ensuite clément.

Aurélien montre de véritables qualités d’homme d’état et il a surement ralenti la déliquescence de l’Empire en s’attaquant à la crise monétaire. Il développe les importations de produits précieux des différentes colonies  et l’exploitation de leurs ressources, améliore les rentrées fiscales. De même il rationalise le ravitaillement alimentaire des villes et organise les corporations des bateliers du Tibre, des boulangers, bouchers... attachant chaque métier à ses membres.

La religion d'état

Sa mère prêtresse du Soleil en Pannonie et son épouse Séverine une chenuse colombe, placée sous la protection du Soleil radié le conduisent à institutionnaliser le culte solaire de Sol Invictus, c’est-à-dire la religion zoroastrienne  de Mithra. Le 25 décembre est inscrit au calendrier comme fête de la naissance de Sol invictus.
Nous assistons ici au dernier baroud d’honneur de cette religion qui n’ayant pas d’écrit se verra au cours des siècles à venir, boulottée petit à petit par le christianisme qui utilisera largement ses symboles comme la mitre et la crosse des évêques, l’eucharistie, la fête de noël... Tout ceci a été largement occulté au cours du moyen âge et la répression des Cathares en est un exemple comme celle des alchimistes qui maitrisaient des connaissances avancées en technologie et médecine. Si vous étudiez un tant soit peu les francs-maçons, vous seriez surpris des analogies avec cette religion qui actuellement sort à cha peu de l’ombre bien que ses mystères demeurent sous une chappe de silence. Mais rassurez-vous, je serais amené à vous en dévoiler d’avantage.

De valerien a aurelien

 

En 275, Aurélien part en campagne contre les Perses lorsqu’une conspiration trompe les officiers de son entourage, qui, craignant à tort pour leurs vies assassinent l’empereur.
Décidemment tu as beau chasser le naturel, il revient au galop soit dit en passant et pour reprendre le vers du poète latin Horace, vers qui a d'ailleurs été repris dans la fable de La Fontaine " la Chatte métamorphosée en femme "  qu'il avait d'ailleurs repris de la fable d'Ésope " Le Chat et Vénus ".
Promis je vous écrirai la fable en argot populaire un de ces quatre, si j'en ai le temps, mais sachez que (comme disait Coluche) : c'est l'histoire d'un mec un peu bredin, amoureux de sa chatte que le Destin (Vénus pour Ésope) change en gisquette (pas le bredin, la chatte). Lorsqu'un soir, quelques souris font la foire et désensommeillent le couple, la donzelle redevient minette pour boulotter les mulots.

La Fontaine conclut en disant du naturel :
Qu'on lui ferme la porte au nez
Il reviendra par les fenêtres

Fin de l'épisode, à suivre...

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29e épisode - l'Anarchie militaire

Grande braderie - 238 Annus horribilis "l'année noire"

Avec Maximin le Thrace qui est le premier empereur sans aptitude ni carrière politique, la chienlit s'installe. Ses victoires en Germanie en 235 puis sur le Danube et une situation militaire stabilisée en 237, n'empêche pas les révoltes intestines. Le 19 mars 238 Gordien se proclame empereur en associant son fils Gordien II ; le Sénat ratifie. Le 12 avril "Gordien II" est tué à Carthage par une légion restée fidèle à Maximin ; effondré, son père se suicide. Le 22 avril le Sénat élit alors Maxime Pupien et Babin pour leur succéder. Maximin que tout ce cirque gonffle, se fout en pétard et se dirige sur Rome, mais Il se fait assassiner le 24 juin par ses propres soldats devant Aquilée (province d'Udine). Dans la foulée, le 29 juillet, la garde prétorienne qui l'avaient mauvaise de s'être fait courcircuiter par les sénateurs, massacre Pupien et Balbin et proclame Gordien III (agé de 13 ans) empereur. 
En moins de six mois nous avons donc cinq empereurs dans la sciure et un gamin placé sur le trône. 
C'est pas Dieu poss' que d'y croire !

De Gordien III à Trébonnien Galle

Le gamin règne pendant tois ans sous la direction de sa parenté et de sénateurs fidèles. Il est sous la protection de Timésithée préfet du prétoire dont il épouse la fille. Il part en expédition et rétablit l'ordre sur la frontière du Danube avant d'aller mener une expédition contre le souverain sassanide Shapur 1er qui a conquis la Mésopotamie et s'attaque à la Syrie. Manque de pot, Gordien III meurt blessé au combat à Falloujah en Irak en 244.

Philippe l'Arabe qui a remplacé Thimésithée décédé en 243 est désigné empereur par l'armée. Il négocie avec Shapur 1er la libération des soldats romains puis part guerroyer contre les Carpes sur le Danube. En 248 il fait célébrer avec faste les jeux séculaires qui correspondent au millénaire de la fondation de Rome. Profitant de l'occase, Jotapianus en Cappadoce et Pacatianus sur le Danube revendiquent le titre d'empereur. 
Philippe envoi Dèce le préfet de Rome, réprimer les usurpateurs qui se font zigouller manu militari. Les soldats de Dèce l'acclament alors empereur. Belote, rebelote et dix de der, les deux empereurs s'affrontent à Vérone à l'automne 249. Dèce l'emporte et Philippe va rejoindre la Grande faucheuse, précédant son fils Phillipe II qui devait lui succéder et se fait estourbir à son tour par la garde prétorienne. 
Dites-donc ça se bouscule méchant sur la barque du nautonnier des enfers pour la traversée de l'Achéron ! 

Dèce appelé aussi Trajan Dèce associe progressivement ses deux fils, Herennus et Hostilien au pouvoir.Dans sa volonté affirmée de stabiliser l'État mais aussi de le sortir de la spirale de la crise idéologique et militaire, il relance les politiques urbaines : réfection du Colisée, construction de thermes très richement décorées, sur l'Aventin. Mais du fait des impératifs militaires et de la relative brièveté de son règne, l'empereur n'a pas fondamentalement changé les structures de la société.

Persécution des chrétiens

En restaurant le culte de l'empereur, le rendant obligatoire sous peine de mort, il provoque une nouvelle persécution des chrétiens qui refusent toujours d'adhérer au culte de l'empereur ; il en résulte l'exécution du pape Fabien à Rome et l'arrestation d'Origène à Césarée sans compter les émeutes antichrétienne à Carthage et Alexandrie.

Le péril Goth

En 250 les Carpes et les Goths sous le commandement de leur roi Cniva franchissent le Danube et envahissent les trois provinces de Dacie. L'armée goth se scinde aussitôt ; la première partie assiège Philippopolis tandis que la seconde, Cniva à leur tête, marche sur Nicopolis
Le gouverneur Trébonien Galle parvient à repousser les Goths à Philippopolis, tandis que Dèce marche à la rencontre de Cniva. Le début de l'expédition est un succès : Nicopolis est sauvée et les Goths subissent de lourdes pertes. Mais Dèce subit à son tour, un revers à Beroe et Cniva 
marche à nouveau contre Philippopolis, la capitale de la province de Thrace. Le gouverneur de Thrace, Priscus, tente de s'allier avec les Goths. Il se proclame Auguste et rallie Cniva, Mais les Goths ravagent la ville, massacrent la population et exécutent Priscus. 
Au début de l'année 251, Julius Valens Licinianus, un sénateur romain d'ascendance aristocratique jouissant d'une grande popularité auprès de la plèbe de Rome revêt la pourpre impériale à l'intérieur même de la ville éternelle. C'est sans compter sur la fidélité de Valérien, à qui Dèce avait confié la direction de l'administration impériale et qui met très vite fin à l'usurpation de Valens. Celui-ci est exécuté au mois de mars.

La bataille d'Abrittus

Après avoir pillé les villes de Thrace, de Mésie et de Pannonie, les Goths avec leur butin refluent vers leur territoire. En juin 251 Dèce parvient à couper la route à Cniva. L'affrontement a lieu dans la plaine de la Dobroudja. Les Goths effectuent un repli et attirent l'armée romaine dans le marécage d'Abrittus. Au cours du combat, le fils aîné de Dèce, Herennius, est mortellement touché par une flèche. Dèce périt lui-même peu après avec une grande partie de son armée. Le 1er juillet 251 les troupes survivantes proclament Trébonien Galle empereur, décision par la suite avalisée par le Sénat. L'une des premières décisions de Trébonien Galle est d'adopter Hostilien le fils survivant de Dèce. Celui-ci est aussitôt associé au pouvoir, mais meurt au bout d'un mois de règne de la peste.

C'est chaud bouillant comme disent les petits. En cette moitié du 3ème siècle, Rome aurait pu se rendre compte qu'à force de se chicorner à longueur de temps, l'Empire fait rien qu'à se fissurer. On comprend mieux la déliquescence des empires qui s'obstinent à vouloir être les maîtres du monde et finissent toujours par introduire le ver dans le fruit, lequel finit par pourrir en implosant sur lui-même.

Notre bon Lafontaine démontre bien le côté néfaste des excès dans sa fable que j'ai actualisée. Rappellez-vous : 
La Grosse Nouille Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf
.  

Un jour une grenouille au bord de son étang
Arnoucha un gros boeuf, en prit un coup de sang.

- Saperlotte la belle bête, on dirait un sumo !
J'veux comme lui être replète, gras du bide ex aequo
Ronchonna la pauvrette en ouvrant son frigo.
- J'attaque par la blanquette pour prendre quelques kilos !

Et comme aux Amériques où l'art culinaire
Fabrique des obèses au lieu des centenaires
Elle s'empiffre de glaces, s'adonne à la malbouffe
Vénère le hamburger, c'est dire si elle est loufe.

Et quand sur sa balance où elle eut beau grimper,
L'aiguille cette diablesse, refusait d'indiquer, 
Le poids de l'animal qui broutait dans le pré
Et se moquait, normal, de la désespérée.

Elle devenait toute gonfle, ronde comme une barrique,
Sans jamais dépasser le poid d'anorexique,
Des défileuses de mode, tu sais les névrotiques,
Les sacs d'os, gigots fins, ridicules, pathétiques,
Qui remuent l'popotin, minaudent sur l'estrade
Sous le regard acerbe de quelques vieilles pintades.

Résultat la grenouille éclata c'est fatal
D'avoir trop tortoré, d'un mal nombrilical.
Et le mannequin clamsa de n'avoir rien bouffé,
Pour satisfaire l'idiote, aux canons d'la beauté.

Cette fable bien sûr ne manque pas de sel
Mais va voir à Paris le jardin du Carroussel
Tu trouveras là les statues de Maillol
Qui exhibent aux passants de bien belles guiboles
De celles qui font envie au lieu de faire pitié
Et mettent en valeur, la vraie féminité.

Grenouille ou Top modèle bannissez les excès
Si vous avez des formes et juste ce qu'il faut
Auprès de bien des hommes vous aurez du succès
Et vous vivrez c'est sûr très bien dans votre peau.

L'histoire continue !

Fin de l'épisode, à suivre...

28e épisode - Sévère Alexandre un cogne-mou

Alexander severus marbreAlexanius élevé par sa mère Mamamea et sa grand-mère Maesa n’a que quatorze ans lorsqu’il est nommé Auguste par le Sénat. Il devient empereur le onze mars 222 et comme ses prédécesseurs, il est crédité d’un cuchon de dénominations ce qui lui confère le nom à rallonge suivant : Imperator Caesar Marcus Aurelius Severus Alexander Plus Felix Augustus Percicius Maximus.  Pas étonnant que les scribes en charge de graver l’histoire sur le marbre avec les noms des empereurs, finissent tous en maladie professionnelle pour dépression et surmenage des boyaux du cerveau.

Severus alexanderPour son entourage et officiellement, il est appelé Sévère Alexandre. Comme de bien s’accorde pour compenser les turpitudes de Caracalla il est paré de toutes les qualités et considéré comme un homme bon et aimable, ce que les historiens et notamment Hérodias, plus réservé, qualifie de faiblesse et de manque d’autorité.

Sa première mesure consiste à remettre en application le culte impérial, renvoyant à Emèse la pierre noire du culte solaire que les romains réprouvaient ; il s’agissait en fait de calmer le jeu. Il redonne au Sénat ses prérogatives et un rôle plus important en instaurant un conseil de régence de douze membres et nomme Ulpien le favori de Maesa commandant de la Garde impériale. Vous avez bien compris car vous n’êtes pas des marque-mal que la mémé d’Alexanius détient ainsi tous les leviers du pouvoir, un peu comme la Marie de Médicis la veuve d’Henri IV qui régna à la place de Louis XIII. Mais elle n’a pas eu le temps d’en profiter, car la sorcière aux dents vertes et la grande faucheuse envoyèrent Maesa chiquer les pissenlits par la racine en 223. Résultat des courses, les prétoriens se révoltent et trucident Ulpien sous les quinquets horrifiés de l’empereur qu’ils laissent en vie le jugeant inoffensif. L’Armée reprend le dessus et Sévère Alexandre entreprend une grande politique d’urbanisation ; on lui doit notamment les thermes du Champs de mars.

Et voilà t’y pas que les bruits de bottes s’amplifient  en Orient. Les Perses sassanides qui ont refait leur unité sous la conduite du roi Ardachir 1er pillent la Mésopotamie en 227 et la Cappadoce en 231. L’empereur à la tête d’une armée considérable fait campagne pour remettre de l’ordre dans le chantier, mais son irrésolution conduit à des succès mitigés et à quelques révoltes sporadiques de ses troupes. Il rentre à Rome et organise des Jeux persiques qui ne parviennent pas à restaurer sa popularité en effaçant l’ardoise de sa couardise. Si les sondages d’opinion avaient existé, il aurait été dans le rouge d’autant qu’après avoir été sous la coupe de sa grand-mère, il tombe sous celle de sa maternelle qui le suit de partout.

En 234, il se rend cette fois à Mogontiacum, nom latin d’origine celtique de Mayence, fondée par Nero Claudius Drusus en 13 av. J.C. et capitale de la Germanie. Il s’agissait de repousser les Alamans, mais toujours aussi timoré, il hésite et au lieu d’aller à la castagne, envisage d’acheter la paix. C’en est trop, c’est la goutte d’eau qui met le feu aux poudres, l’étincelle qui fait déborder le vase et le 18 mars 235, les légionnaires le zigouille sous sa tente ; pour faire bonne mesure ils ferment le parapluie de Mamamea l’envoyant rejoindre son fiston au royaume des sacs d’os.

C’en est fini de la dynastie des Sévère qui s’achève comme elle a débuté, par un coup d’Etat. En proclamant Maximin, l’un des siens, l’Armée prend conscience de sa force et va jouer un rôle de premier plan dans la période qui s’ouvre devant elle.

Mais ceci est une autre histoire…

Voici tout de même une anecdote qui redore un peu le blason de l'empereur

Au début de son règne, Sévère Alexandre eut à arbitrer un conflit qui opposait les Chrétiens de Rome à la puissante corporation des popinarii (tenanciers de bistrots-tavernes-bordels). Voilà de quoi il s'agissait : Lors des troubles qui avaient suivi la mort d'Élagabal, la foule déchaînée s'était emparée du pape Calixte et l'avait martyrisé en le jetant, du haut d'une fenêtre, pile au fond du puits d'une taverne. Or, les Chrétiens auraient bien voulu exproprier le cabaretier pour édifier un petit oratoire à cet endroit. Mais la corporation des bistrotiers, elle, défendait bec et ongle son camarade syndiqué, s'opposait fermement au projet immobilier chrétien et refusait de céder le terrain.
Il revint à l'empereur Sévère Alexandre, de trancher le litige et son jugement fut, paraît-il, favorable aux Chrétiens : "Le culte de n'importe quel dieu vaut mieux qu'un bordel", aurait-il dit en substance.(Histoire Auguste, Sévère Alexandre,XLIX)

Fin de l'épisode, à suivre...

27e épisode - Carré de Dames - Julia

Où quatre Julia vont interférer dans la marche de l'Empire.

Macrin préfet du Prétoire, né en Maurétanie Césarienne (l'actuelle Algérie) est maure et il devient le premier empereur issu de l'ordre équestre. Pas porté sur la bigorne, il s'empresse de signer la paix avec les Parthes et offre au sénat de collaborer avec lui ce qui irrite un chouia les faucons de l'armée. Hélas, il n'aura pas le temps de se rendre à Rome. Il crèche à Antioche où il s'attire les foudres non pas de Jupiter mais de trois fenottes : Julia Maesa la soeur de Julia Domna (mère de Caracalla) qui s'est laissée mourir de faim et de chagrin après l'assassinat de son fils, et les deux filles de Maesa, Julia Soaemias et Julia Mamamea. Les trois princesses syriennes suspectent Macrin d'être le commanditaire du meurtre de Caracalla et donc lui font porter le chapeau de la triste fin de Domna. Elles sont respectées du peuple et surtout friquées comme Crésus. Elles n'hésitent donc pas à cracher au bassinet pour soulever les légions de Syrie qui suivent comme au poker et proclament Varius (petit-cousin de Caracalla et fils de Soaemias) empereur. Macrin se fout en rogne et rebelote pour la foire d'empoigne, les deux armées s'affrontent. Macrin est battu et il se fait assassiner en Bithynie. J'ai pas dit bikini mais bien Bithynie province romaine (une partie de la Turquie actuelle) limitée par la Paphlagonie à l'est, la Galatie et la Phrygie au sud, la Propontide et la Mysie à l'ouest et avec Nicée pour capitale. 

Nous sommes en juin 218 et Varius âgé de quinze ans est intronisé sous l'appellation César Marc Aurèle Antonin. Il laisse les rênes du gouvernement à sa grand-mère Maesa et instaure le titre de clarissime à sa mère Soaemias, ce qui lui donne l'accès au sénat et le droit de prendre place à côté des consuls (elle fut la seule femme dans tout l'empire à accéder à ce poste). Les vieux Romains misogynes en sont horripilés et commencent à ruminer leur rebiffe. Pendant ce temps, l'empereur dispendieux et extravagant, un vrai marque-mal, s'adonne à ses turpitudes.

On raconte qu'en été 219, il prit la route de Rome avec une procession qui transporte une pierre noire tombée du ciel sur un char tiré par des chevaux blancs qu'il conduit à reculons. Il arrive au Palatin où il fait construire un temple dédié à Héliogabale, le dieu du Soleil invincible dont il avait été nommé grand-prêtre à treize ans. Il y fait acheminer : la statue de Junon, le feu de Vesta, le Palladium (pas les godasses, la statue sacrée de Pallas Athéna en armes) et les douze boucliers sacrés d'airain dédiés au dieu Mars. il prend alors le surnom d'Elagabal.

Un tantinet mystique, il veut promouvoir un culte unique inspiré de Mithra "le Sol Invictus", et fiche la paix aux chrétiens. Il scandalise à nouveau en enlevant la grande vestale Aquilia Severa pour que naissent de son union des enfants divins. Seulement voilà ! il était porté sur la gent masculine et ne la touche pas. Il s'en sépare et "épouse" Hieroclès puis Zoticos deux colosses grecs. Il se livre à des orgies homosexuelles offrant à ses invités des raffinements de table digne de Cléopâtre. Toujours aussi fol dingo, il leur offrait aussi des surprises redoutables. Il fallait voir la tronche de ceux qui se réveillaient de l'orgie en se retrouvant nez à museaux avec des lions ou des ours (apprivoisés donc inoffensifs) !

Sa grand-mère le convainc de nommer césar le fils de sa tante, (la vraie, la soeur de sa mère : Julia Mamamea) sous l'appellation Septime Sévère. Flairant l'arnaque, Elagabal cherche à zigouiller son cousin. L'armée murmure ; il veut arrêter les meneurs lorsqu'une foule furieuse envahit le palais et le massacre. Son corps est trainé à travers les rues de Rome puis le populace tente de jeter le cadavre dans les égouts mais les conduits sont trop étroits alors il le jette dans le Tibre depuis le pont Aemilius. Nous sommes le 11 mars 222, Elagabal venait d'avoir dix-neuf ans.

Comme de bien s'accorde, le sénat promulgua le damnatio memoriae c'est à dire la destruction de tout ce qui pourrait rappeler le souvenir d'Elagabal (statues, dédicaces...) Pourtant, il est une dédicace qui a échappé à la destruction. Elle a été retrouvée lors de la démolition du pont de la Guillotière à Lyon, un bloc de pierre de 57cm X 180cm X 55cm qui stipule : A l'empereur César Marc Aurèle Antonin, fils d'Antonin le Grand, petit-fils du divin Sévère, pieux, heureux, auguste, grand pontife, revêtu de la troisième puissance tribunitienne, consul pour la troisième fois, proconsul, père de la patrie, les citoyens romains résidant dans les trois provinces de Gaule, ont élevé cette statue officiellement, par les soins des alletis et à la fois summi curatores, Julius Saturnies de la province de Lyonnaise, Ilius Sabinus de la province de Belgique, Aventinius Verissimus de la province d'Aquitaine.

Elagabal avait donc sa statue à Lugdunum et faisait l'objet du culte impérial au sanctuaire fédéral des Trois Gaules. Etonnant non !

Fin de l’épisode, à suivre …

26e épisode – Caracalla un bien vilain gone

Pôvre Lugdunum qui voit en cette triste année 197, son atelier monétaire à nouveau fermé (il avait été rouvert par Albinus en 196) et sa population se décaniller progressivement de la colline de Fourvière, pour se rendre soit en rive droite de la Saône, soit dans le quartier de Vaise et Gorge de Loup ou dans l’île de Canabae siège du commerce et de l’artisanat. La ville restera encore pour une petite centaine d’année, capitale des Gaules mais n’a plus le soutien impérial. La cohorte urbaine est remplacée par un détachement de la légion du Rhin. Lugdunum va alors « s’endormir » pour quelques temps jusqu’à tant qu’elle finisse par perdre son titre de capitale. Il est des choix lourds de conséquences pas vrai !

Pendant ce temps, Septime Sévère durant son principat va considérablement améliorer le statut militaire tout d’abord en doublant la solde des légionnaires et bien sûr cela va se traduire par une considérable augmentation de l’anone, l’impôt pour l’armée. Il affaiblit les pouvoirs du sénat en remplaçant le commandement des légions par des chevaliers au lieu des sénateurs, fonde des collèges militaires pour permettre la promotion des soldats du rang auxquels il permet de se marier car jusqu’à présent, s’ils pouvaient fonder une famille elle restait illégitime jusqu’à leur démobilisation,…

Sur le plan civil, il s’entoure d’une cour importante en plaçant aux postes clés des juristes et juristes-consultes parmi lesquels un cuchon d’Africains comme lui et d’Orientaux originaires de Syrie le pays de sa femme qu’il divise d’ailleurs en deux provinces. Il donne plus de pouvoir à l’institution judiciaire. Il déclare l’Egypte province libre, embellit Rome et sa ville natale Leptis Magna de monuments remarquables. Aux distributions habituelles de blé à la plèbe, il rajoute celles d’huile d’olive…

En 208, il embarque ses fils Caracalla et Géta vers la province de Bretagne pour aller combattre les Calédoniens ; sans victoire décisive il fait consolider le mur d’Adrien de 130km. Il meurt à 65 ans en février 211 affaibli par la goutte non sans avoir désigné ses deux fils pour le succéder. C’est là que ça se gâte !

CaracallaLucius Septimius Bassianus était surnommé Caracalla, sobriquet qui vient d’un type de vêtement Gaulois à capuchon et manches longues qu’il avait coutume de porter dès l’âge de douze ans. Vous y voyez qu’il avait quand même gardé un souvenir de son éducation à Lugdunum. Seulement voilà, c’était un fourachaux et un salopiaud de première, au glaive massacreur à la moindre contrariété.

Détestant son frelot et prétextant un complot, il trucide le 26 décembre 211 le pauvre Géta d’un coup de glaive dans la gorge alors qu'il était quasi dans les bras de sa mère puis pour faire bonne mesure et se prémunir d’un retour de bâton, il se livre à des meurtres systématiques (plusieurs milliers) dans l’entourage et les partisans de son frangin. Comme cadeau de noël, je vous y dis : «  ça fait peine ! », même si à cette époque c’était la fête des saturnales et pas encore noël.

Dès qu’ils en furent informés, les habitants d’Alexandrie, s’étaient gaussés du prétendu complot et ils s'en moquèrent avec une satire de l’empereur qu’ils considéraient comme un assassin. Caracalla offensé par l’insulte ruminait sa vengeance. Quatre ans plus tard en 215, lors d’un voyage officiel en Egypte, il fit massacrer la délégation de citoyens venus l’acclamer à son arrivée à Alexandrie puis il lâcha ses troupes sur la ville la mettant à sac et massacrant les habitants. Les flots de sang coulèrent dit-on jusqu’à l’embouchure du Nil.

En 216, en guerre contre les Parthes et désirant conclure un armistice, il demande en mariage la fille d’Artaban, roi des Parthes. Bonne pomme celui-ci accepte et Caracalla se rend avec son armée en Mésopotamie pour célébrer les noces impériales à Ctésiphon la capitale. Même scénario, Caracalla donne un signal et aussi sec, les soldats romains se ruent sur les Parthes, les égorgeant en masse, Artaban s’échappe de justesse et jure de se venger de la duplicité romaine.

Le 8 avril 217, Caracalla (il venait de fêter ses 29 ans) s’en va de nouveau faire la guerre en Mésopotamie ; Il se dirige vers Edesse, et s’approche du temple du dieu Lune lorsqu’il ressent des maux de ventre comme s’il avait la courante. Il fait arrêter le convoi et part pour se soulager, à l’écart de ses gardes, accompagné d’un seul serviteur, Martialis. Celui-ci profitant de l’occasion se rue sur l’empereur qui se trouvait sans défense et lui tournait le dos, d'autant que, parlant par respect, il était cul nu. En moins de temps qu'il n'en faut à un pickpocket pour te tirer ta tocante, il estourbit son patron d’un coup de glaive mortel au niveau de la clavicule gauche avant de se carapater illico presto. Mais il est rapidement rattrapé par des cavaliers germains fidèles à l’empereur qui s’empressent de le zigouiller sans autre forme de procès l’envoyant rejoindre son maître qui était parti fumer les dents de lion par la racine. La rencontre des deux malfaisants auprès de la grande faucheuse et son sourire de citrouille devait être croustillante. L'enfer connaît parfois de savoureuses retrouvailles.

Je sais pas vous, mais ça sent l’arnaque car en trucidant Martialis au lieu de le faire prisonnier on ne peut plus connaître son commanditaire ; pas vrai mes mamis ! Bien sûr, ceci est une autre histoire…

Fin de l’épisode, à suivre …

25e épisode - Lucius Septimius Severus

Quelle abomination ! Par sainte Marie des Terreaux et dire que ce massacre des chrétiens a été perpétré sous le règne de l’empereur Marc Aurèle qui était pourtant très attaché à la tolérance religieuse. Philosophe et stoïcien, il avait restreint les combats de Gladiateurs mais comme la populace versatile réclamait du pain et des jeux, il avait accepté que soient exécutés dans les arènes, les criminels et condamnés de droit commun au cours de mises en scène sanglantes retraçant les faits d’armes des légions ; les chrétiens n’étaient que des dommages collatéraux comme on dit pudiquement lors des bavures soldatesques.

Lorsqu’il mourut en 180, son gone Commode lui succéda. Un nom peu approprié car le salopiaud n’était pas commode du tout, voire plus foldingue que Néron. Il avait restauré les combats de gladiateurs tout en conservant pendant les entractes quelques massacres de condamnés par les fauves ou les soldats armés de glaives, de javelots, d’arc et de chars munis de lames tranchantes dépassant des essieux tandis que les malheureux ne disposaient en simulacre de défense, que d’épées de bois. Il a tout de même sévi douze ans avant de se faire estourbir le 31 décembre 192. L’histoire ne dit pas si c’était au cours du réveillon de la fête des saturnales. 

Dans la foulée, en remportant le donativum (promesse de don exceptionnelle d’un empereur) la garde prétorienne nomma Pertinax le 1er janvier 193 pour le remplacer mais comme il n’avait versé que la moitié de la somme en constatant que les caisses de l'état étaient vides, ceux qui l’avaient élu le zigouillèrent. Ils intronisèrent Didius Julianusqu’était un fourachaux et un marque-mal, qui n’eût pas plus de chance. Il avait pris la grosse tête et s’était déclaré roi du monde ce qui déplut aux sénateurs, alors il fut évincé et remplacé à son tour le 1er juin par Septime Sévère général des légions de Pannonie (et ami de Pertinax)  qui le fit exécuter sur ordre du sénat vengeant ainsi celui qui avait été son mentor. Deux empereurs dans la sciure en moins de six mois, ça rigole pas ; on ne badinait pas avec la mort en ce temps-là ! Ça débaroulait de tous les côtés et la grande faucheuse émargeait pas au chom’du … 

Mais voilà t’y pas que Pescennius Niger général des légions de Syrie s’était de son côté déclaré empereur dès le mois d’avril 193. Considéré comme usurpateur, il devint l’ennemi de Sévère et rebelote dans cette guerre civile avec une nouvelle victoire de Sévère qui fit exécuter Pescennius en avril 194. La série « Games of Throne » c’est du pipi d’chat, une bluette pour midinette à côté de cette période trouble car la légitimité de l’empereur était aussi menacée par Clodius Albinus, légat de Britannia qu’aurait bien voulu une part du gâteau. 

C'est pas pour critiquer (si, un peu quand même !) mais la soif de pouvoir traverse les siècles et offre aujourd'hui encore un spectacle peu glorieux. Pour être calife à la place du calife c'est toujours la foire d'empoigne à coups d'invectives, de procès et ça tombe même en dessous de la ceinture. Mais où qu'il est passé l’intérêt du pays et de son peuple ?

Fin renard, Septime avait accordé à Niger le titre de César et le consulat pour l’année 194. Ce n’était en fait qu’une magouille pour qu'il puisse mener une campagne victorieuse contre les Parthes en 195. Avec une sardine de plus sur ses épaulettes et une fois son pouvoir renforcé, il déclara Albinus ennemi public. Comme de bien s’accorde, celui-ci péta un câble devant l’entourloupe et traversa la Manche en 196 avec ses légions (40 000 hommes). 

Et c’est ici une fois de plus que ça se gâte et que ça va chauffer pour les miches de nos Ségusiaves lugdunumiens. Tous justes échaudés d’avoir frisé le massacre et la mise à sac en 69 en soutenant Néron, les gones de Lyon misèrent encore sur le mauvais canasson en s’acoquinant avec Albinus. Quand t’as la scoumoune, t’as la scoumoune et la sorcière aux dents vertes en rajouta en jetant un sort pour que la grande castagne décisive se produise à proximité de leur ville. 

Septimius et ses légions  (le vrai nom de l’empereur était Lucius Septimius Severus) sont victorieux ; Clodius s’enfuit et se donne la mort. Il avait bien fait de se faire hara-kiri car Septimius Severus, fait déshabiller la dépouille qu’il fait piétiner par son cheval. Il lui avait au préalable fait trancher la tête pour l’envoyer à Rome. Ensuite, pour éviter tout risque de vengeance, il fera assassiner sa veuve et ses fils et exécuter les 29 sénateurs qui avaient soutenus Albinus. 

Mais pour l’heure, la ville de Lyon est prise et en représailles laissée au pillage des troupes qui vont sans vergogne massacrer les habitants, confisquer leurs biens et opérer de nombreuses destructions. 

Pourquoi tant de haine ? Me direz-vous. 

Je vous rebriquerai : mais pourquoi les lyonnais ont-ils choisi Albinus ? 

Je vais pas vous raconter la vie de Severus, mais alors qu’il était proconsul, il avait épousé en seconde noce en 187 Julia Domna, fille du grand-prêtre d’Emèse (Syrie) Julius Bassianus, dont il eut deux fils Caracalla et Geta. Il résidait à Lugdunum lorsque Caracalla naquit en 188 et Septimius affectionnait la capitale des Gaules. Alors quand celle-ci prit le parti d’Albinus, il s’était senti trahi et vu ce qui précède, vous y voyez bien que quand le Septimius est en colère, fait pas bon se trouver sur la trajectoire. Et puis Fabulyon qu’aurait pu nous dire s’il y avait eu des embrouilles entre Lugdunum et Severus, n’était pas en Gaule puisqu’il jouait les Ambassadeurs en Germanie et aussi en Britannia. 

C’est aussi de ce malheur que quelques siècles plus tard, naîtra la légende du martyre de Saint Irénée et de dix-huit mille chrétiens dont le sang aurait coulé à flots le long de l’actuelle Montée du Gourguillon dont ce serait l’origine du nom. Ce serait aussi la conséquence de l’abandon de la colline de Fourvière qui marque le début du déclin de la cité qui perdra de son importance et son statut de capitale des Gaules. 

Mais ceci est une autre histoire. 

Fin de l’épisode, à suivre …

24e épisode - Le martyrologe romain

Le martyrologe est une liste de martyrs établit par une religion. Par le sacrifice de leur personne, ils accroissent le prestige de la dite religion et en accréditent l'existence. Béatifiés ou sanctifiés et inscrits dans les livres sacrés, certains deviennent des prénoms courants et sont répertoriés dans des calendriers. Les kamikazes en sont la résurgence moderne. Tous ces martyrs sont hélas bien souvent instrumentalisés et utilisés à des fins politique et de propagande ; de nosjours nous en mesurons l'impact négatif. La révolution de 1789 avait essayé de remplacer les saints par des outils, des animaux ou des végétaux, mais ce fut un fiasco ; pas facile d'appeler son enfant : faucille ou marteau, limace ou chèvrefeuille... Mais revenons à notre histoire 

Le second siècle, marque l’apogée de Lugdunum : la ville s’étale largement sur les rives de la Saône au pied de la colline (de Fourvière). Les bateaux accostent sur la rive droite et la presqu’île des Canabae qui devient centre commercial où s’édifient les bureaux des grandes corporations, négociants en blé, en vin, revendeurs d’huile espagnole… et  l’un des principaux quartiers résidentiels s’implante vers le sud. (Souvenez-vous que la confluence était alors située entre la place des Terreaux et les Cordeliers et que le centre ville actuel était composé d’îlots qui s’étendaient jusqu’au quartier d’Ainay).

Comme de bien s’accorde, l’importance de la cité administrative et sociale attire de nombreux étrangers : personnel politique venant de Rome, commerçants venus de toute la Gaule, d’Italie et d’Orient avec le « nerf de la guerre » représenté par les financiers et les usuriers. Ceux-ci, tel des vautours octroient des prêts aux commerces en difficultés, les rachètent à bas prix et comme le veut la loi, le prêteur endetté qui ne peut rembourser devient esclave ou dans le meilleur des cas, gladiateur.

La spéculation existe depuis que l’homme a commencé de battre monnaie et son prochain.

En 160, sur les pentes (de la Croix-Rousse actuelle) de Condate, bourg mitoyen de Lugdunum, un nouveau temple de Cybèle est inauguré avec son taurobole et ses sacrifices dédiés au culte impérial et à la sauvegarde de l’empereur. Les nombreux temples et tauroboles font de la ville, la capitale du culte métroaque (maison de la mère) et impérial qui cohabite avec les autres cultes dont le mithraïsme bien développé dans les armées et chez les nobles romains (oppidum de l’esplanade de Fourvière, XIIIe cohorte urbaine de la rue des Farges), le culte d’Isis (qui n’était plus qu’un vestige lié à la période des amours tumultueuses de Cléopâtre avec César et Pompée), et aussi avec la première église chrétienne fondée en Gaule par Irénée.

Tout baigne me direz-vous ! Que nenni car depuis les années 150, l’absence de guerres avec ses annexions qui enrichissaient les caisses de l’état (comme toujours, c’est malheur aux vaincus car les vainqueurs ne se privent pas de ponctionner les territoires annexés et de les soumettre à un lourd tribut), et surtout les besoins financiers croissants pour assurer la défense des nouvelles frontières avaient engendré une crise (genre premier choc pétrolier du XXe siècle) qui frappait le monde romain et s’étendait dans toutes les provinces.

Ces charippes d’humains décidément ne changent pas : les nantis étaient envahis par la crainte de perdre leurs richesses et les autres cherchaient à rejeter la faute sur les ceusses que sont pas comme eux. Commença alors un processus qui allait conduire au drame. Tout d’abord, la bourgeoisie proposa que les combats de gladiateurs qui coûtaient cher, soient remplacés par des scènes de massacres des condamnés de droit commun, parodies de batailles, fauves lâchés dans l’arène et autres délicieusetés. En 177 ils avaient obtenu l’aval de l’empereur mais il y avait pénurie de condamnés ; ainsi, face au mécontentement populaire, les milieux commerçants appuyés par la puissance des corporations, utilisèrent l’opinion publique (partagée par le sénat et l’empereur) qui considérait les chrétiens comme une secte orientaliste, dangereuse et surtout coupable de crime de lèse-majesté puisqu'elle refusait de se plier au culte impérial.


Dès le printemps, ils déclenchent un pogrom. Les chrétiens sont interpellés dans les rues et leurs habitations, hués, dépouillés, lapidés, ils sont traînés jusqu’en haut du forum où, interrogés par le tribun de la XIIIe cohorte urbaine et les duumvirs, ils confessent leur foi et  sont de ce fait accusés de faction illicita et jetés en prison, jusqu’à l’arrivé du légat. Certains, dont l’évêque Pothin âgé de plus de 90 ans, moururent dans leurs cellules suite aux sévices subits. Le légat qui avait sollicité l’empereur reçu de celui-ci les instructions suivantes : remettre en liberté ceux qui abjurent leur foi, exécuter les autres, soit par décapitation s’ils ont la citoyenneté romaine, soit en les jetant aux bêtes dans l’arène.

L’amphithéâtre des trois Gaules est comble lorsque Blandine, la dernière suppliciée, est jetée aux lions mais les fauves l’épargnent, la frôlent, lui lèchent les mains, se couchent à ses côtés. La foule gronde, frustrée. Elle est alors mise dans un filet et sigrolée par un taureau qui la projette dans les airs. Quelques barbares venus d’Hispanie se permettent de crier quelques ‘olé!’ avant de se taire désapprouvés par le public. On reconduit l’animal dans son box et en sortant la jeune martyre du filet le bourreau signale qu’elle est toujours vivante. Les spectateurs se mettent alors à murmurer prêts à lever le pouce pour demander sa grâce. Le légat craint que si elle survit elle soit déifiée, légitimant ainsi la secte chrétienne, alors il ne laisse pas au peuple le temps de se retourner. Il envoie rapidement un légionnaire qui achève Blandine en l’égorgeant avec son glaive. Les corps furent ensuite exposés pendant six jours avant d’être brûlés, réduits en cendres et jetés dans le Rhône pour qu’il n’en reste aucune trace !

C’est ainsi que parmi plus de quarante victimes mortes en prison, décapitées ou livrées aux fauves, le martyrologe romain de la chrétienté consacra outre Blandine, l’évêque Pothin, le médecin Alexandre Attale, le jeune Pontique, le diacre de Vienne Sanctus...

Irénée qui succéda à Pothin et mourut en 202 avait échappé au massacre, car il était à cette période en mission de négociation à Rome. La persécution de 177 ne s’inscrivait donc pas dans la seule volonté impériale ; elle fut strictement lyonnaise pour servir d’exutoire au mécontentement du peuple en désignant les chrétiens comme responsable de la crise dont ils n’étaient que les boucs émissaires.

Fin de l'épisode, à suivre...

23e épisode - La valse des empereurs

Heureusement pour les gones, Galba ne resta empereur que quelques mois avant d’être renversé par Othon qui fut à son tour éliminé par Vitellius en janvier 69 lequel reçut un accueil triomphal à son arrivée à Lugdunum en février. Cette fois ce fut au tour des Viennois d’avoir à payer un tribut pour que la ville ne soit pas pillée. Pour fêter Vitellius, de grandes réjouissances furent organisées à l’amphithéâtre des trois Gaules. Les spectateurs assistèrent entre autres (un siècle avant que Blandine ne s’y colle) au sacrifice d’un dénommé Maricc qui devait servir de casse-croûte aux lions. Faut dire qu’il s’agissait d’un marque-mal un peu secoué de la cafetière et qui se prenait pour un envoyé des dieux, genre gourou si vous voyez ce que je veux dire ; il avait tout de même réussi à entraîner 8000 hommes à se révolter contre Rome avant de prendre la pâtée. Mais les lions sans doute allergiques aux illuminés, l’épargnèrent. Alors, pour pas casser l’ambiance, l’empereur le fit servir de cible à quelques légionnaires qui s’entraînaient justement au tir à l'arc, et le spectacle put reprendre.

Cette même année Vitellius fut assassiné sur ordre de Vespasien, chef des armées d’Orient et plébiscité par ses troupes pour prendre la toge impériale qu’il conservera dix ans. De mauvaises langues disent que s’il a instauré les édicules publiques c’est pas tant pour l’hygiène publique que pour rester en odeur de sainteté. 

Soucieux de sa succession, dès 70, il avait fait installer Domitien son rejeton matru à Lugdunum en qualité de légat ce qui le plaçait en bonne position pour lui succéder. Ce fut toutefois son frère aîné Titus que l’on intronisa en 79. Ce dernier, comme Néron, commença en gérant correctement l'Empire, mais très vite tout partit en cacahuète car il vira bredin, les boyaux du cerveau tout détrancanés. Heureusement, en 81 il eût le bon goût d’aller fumer les pissenlits par la racine en fermant son parapluie.

Domitien qu'était pas le mauvais bougre s’efforça de tenir la route. Au cours de son règne, il séjourna à Lugdunum à deux reprises. Tout d'abord en 83 avant d’aller se bigorner avec les Chattes (pas les minettes des greffiers mais les redoutables guerriers germains qui se laissaient pousser les cheveux et la barbe, avec un anneau dans l’oreille, jusqu’à tant qu’ils trucident leur premier ennemi) qui venaient incursioner en Gaule car ils étaient un peu pillards, paillards et ripailleurs. Il y revint en 89 pour mâter cette fois la rébellion d’Antonius Saturninus, gouverneur de Germanie Supérieure et qu’aurait bien voulu être calife à la place du calife. Domitien lui fit couper la tête ainsi que celles de ses copains qu’il exposa sur le forum à Rome ; il aurait alors déclaré " capita secare ! pedibus facerum est ! ", " coupez-lui la tête ! ça lui fera les pieds ! " mais c'est sous réserve. Ce qui est sûr, c'est que Bourvil a repris l'expression dans sa chanson " les rois fainéants ". Hélas lui aussi devint parano... pas Bourvil... Domitien qui se la joua despote genre tyran et de surcroît persécuteur de patriciens, de sénateurs et de prétoriens, officiers de sa garde. Il se fit donc zigouiller à son tour comme de bien s’accorde.

Nerva âgé de 65 ans qu’était bien propre sur lui et dans sa tête, assura la transition de 96 à 98, préparant la place de Trajan qui régna dix-neuf ans en renforçant la romanisation des provinces et avant de rejoindre la grande faucheuse, il laissa l’Empire à son apogée territoriale. Hadrien de 117 à 138 consolida de son côté les frontières, notamment en Britannia où le mur de protection est resté aussi célèbre que l’est aujourd'hui la muraille de chine.

Antonin le pieux qui lui succéda fut le seul empereur à régner en paix de 138 à 161, sans se chicorner urbi et orbi, consolidant lui aussi les frontières existantes. De ses quatre enfants, qu’il eût avec Faustina dite Faustine l’Ancienne, seule lui survécut Annia Galeria Faustina Minor, dite Faustine la jeune laquelle deviendra impératrice puisqu’elle avait épousé Marc-Aurèle.

A l'incontraire des autres, Marc-Aurèle était philosophe stoîcien et il n'accepta la succession de son père adoptif que si Lucius Verus, lui aussi adopté par Antonin, partage la gestion de l'Empire. Il y avait eu des précédents et le sénat donna son feu vert pour que cohabitent deux empereurs.

Pourtant malgré sa sagesse, c'est sous le règne de Marc-Aurèle que se produisit en 177 le drame... Mais c'est une autre histoire.

Fin de l'épisode, à suivre...

22e épisode - Un empereur chasse l'autre

Après avoir promulgué à Lugdunum, la loi offrant la citoyenneté romaine aux peuples gaulois, Claude de retour à Rome était lassé des turpitudes de Messaline son épouse qui se comportait en véritable poutrône. Sans autre forme de procès, il la fit mettre à mort. Faut dire qu’en ce temps-là, le glaive vengeur frappait plus souvent que la racine d’Amérique (tavelle, trique) de Guignol. Mais le Glaude qu’était un chouia benoni, une vraie moitié de bugne, s’enticha de sa nièce qu’il épousa en 49, venant par chez nous pour pas défriser les prudes sénateurs romains. Comme il se doit, tout le monde se sont mis en dimanche aussi tant pour la noce que les festivités qui s’ensuivirent : Courses de char à Trion, pestacle de thiâtre à l’Odéon, combat de gladiateurs à l’amphithéâtre des trois Gaules… Hélas, l’Agrippine valait pas mieux que sa tantine, une vraie gourgandine, plus teigneuse qu’une bardane de pucier (puce de lit). Le pauvre gone était tombé de charipe en margaude. Je voulais mettre de Charybe en Scylla qui sont deux monstres marins, mais charipe et margaude c'est mieux des fillasses mauvaises.

Elle le fit si tant tourner en bourrique avec son fils Néron né d’un premier mariage, un marque-mal qui lui causait bien du tracas, si bien qu’il songeait à prendre des mesures et mettre leurs valises sur le paillasson. En 54, Il envisagea même de désigner Britannicus, le nouveau frère de Néron comme successeur. Les deux mauvais en avaient pris la pétoche et Agrippine circonvint Halotus, le goutteur de Claude, un eunuque qu’avait plus ses choses de la vie et qui lui servit avec un saucisson chaud truffé pistaché et des pom’terres rissolées, un plat de cèpes empoisonnés ; c’est-à-dire qu’il lui fit le coup de la marâtre de Blanche-neige en lui présentant le côté qui craint et dégustant au préalable le côté sain. Ça ne fit pas un pli, comme une Fanny à la belote ; Claude défunta et partit fumer les mauves par la racine aux Champs Elyséens (pas à Lutèce mais dans les enfers où vont les héros pour gouter un repos bien mérité : le petit coin de paradis des enfers si vous préférez !). 

Dites-donc les mamis, ça vous fait pas penser à une série ??? Mais si voyons ! Game of Thrones, quand la reine Cercei Lannister organise le meurtre de son mari le roi Eddard Stark pour pouvoir faire couronner, avant qu’il ne soit évincé, son fils Geoffrey, un salaupiot cruel.

Les époques changent, mais c’est toujours le même bazar. La soif du pouvoir rend fou. Tandis que la souaffe de Gnafron (maladie héréditaire et congénitable qui pousse à consommer quelques pots de beaujolais) le rend sympathique.

Alors je vous y dis :

- Mieux vaut une cenpote de beaujolais que cent potes beaux mais jaloux…

Le nouvel empereur se conduisit potablement les premières années de son règne ; il adoucit le sort des esclaves et introduisit plus de justice en promulguant des lois sur les affranchis et les débiteurs Mêmement qu’il fut beaucoup regretté du peuple et des provinces et que sa tombe fut fleurie pendant de nombreuses années. Il avait quand même les boyaux du cervelet un peu détrancané vusse que s’étant chipoté avec sa miman qui le menaçait de lui préférer Britannicus, il fit à ce dernier le coup du champignon pas frais, l’empoisonnant en 55 ; et comme ça s’arrangeait pas avec sa maternelle, il la fit zigouiller aussi en 59. Par contre, rien ne prouve que ce fût lui qui fut à l’origine de l’incendie de Rome en 64. Mais comme des manges-crottes dégoisèrent qu’il avait mis le feu à l’esqueprès, il prit le foutrau et refila la patate chaude aux chrétiens qui furent un peu plus massacrés qu’à l’habitude.

Loin de cette agitation, à Lugdunum, le Tres provinciare Galliae (Conseil des trois Gaules) vota une subvention de quatre millions de sesterces pour la reconstruction de Rome. C’est bien la preuve que c’est de la médisance de dire que le Lyonnais il est rapiamus, près de ses sous et qu’il a un oursin dans sa cache-maille (tirelire). Un bienfait n’est jamais perdu et l’histoire le confirme. Peu de temps après, en 65, Lugdunum fut presque entièrement détruit par un incendie. « Tant de superbes monuments, dont chacun aurait suffi à la gloire d’une ville, il n’a fallu qu’une nuit pour les mettre à bas. » écrivit Sénèque (le Stéphane Bern de l’époque), dans sa Lettre à Lucilius. Néron renvoya le monte-charge (l’ascenseur n’existait pas) en octroyant aux gones,  un don identique à celui qu’il avait reçu.

Parmi les drames occasionnés par cet incendie, il en est un qui me touche particulièrement. Fabulan était seul dans sa domus proche de la cohorte urbaine chargée de protéger l’atelier monétaire, c’est-à-dire à la hauteur des thermes de Fourvière (rue des Farges actuelle) car sa fenotte Fabianne et ses mômes étaient en visite à Briandas chez Alanis la sœur de Fabianne. Il fut réveillé par les lueurs des flammes qui se propageaient, alimentées par un vent d’ouest soutenu, et avaient atteint sa propre maison. Aidé de soldats, il parvint à circonscrire l’incendie qui avait noircit quelques pièces, et à son tour, il se joignit aux sauveteurs avec lesquels, ils parvinrent à extraire un grand nombre de personnes de leurs domiciles. A la petite aube, le spectacle qui se présentait à eux était affligeant. Une grande partie de la ville était détruite et couverte de suie. Mais heureusement les victimes étaient peu nombreuses. En retournant chez lui, Fabulan s’aperçut que sa bibliothèque avait complètement brûlée avec tous les rouleaux sur lesquels il avait écrit les pièces du répertoire de sa marionnette fétiche, laquelle était elle-aussi, transformée en un petit tas de cendre. Il était triste de ne pouvoir transmettre tout ceci à ses descendants, mais se dit que d’autres prendraient le relais. La marionnette sera toujours l’amie des enfants, la mienne n’était qu’éphémère, ainsi en ont voulu les dieux ! pensa-t-il.

Un malheur n'arrivant jamais seul, en 68 le légat de la Lyonnaise Caîus Iulius Vindex d'origine gauloise se souleva contre le pouvoir de Néron mais les gones restèrent fidèles à l'empereur. Alors les Allobroges de Vienne ralliés à Vindex, se coltinèrent aux Ségusiaves de Lugdunum qu'ils assiégèrent. Vindex fut vaincu par les légions de Germanie et se suicida, mais Néron du s'enfuir de Rome et fut remplacé par le princeps Galba nouvel empereur. Néron se fit donner la mort par un affranchi en déclarant : " Qualis artifex pereo ! " Quel artiste le monde va perdre !

Les Viennois s'en retournèrent chez eux obtenant les faveurs de Galba qui, pour punir Lugdunum de son attachement à Néron, se livra à une politique de confiscations.

Fin de l'épisode, à suivre...

21e épisode - Les Tables claudiennes

A la mort de l'empereur Auguste, Tibère régna de 14 à 37. En ces périodes troublées, celui-ci avait vécu jusqu'à septante neuf ans ce qui était vraiment un exploit. Caligula lui succéda mais seulement pendant trois ans, dix mois et huit jours avant d'être assassiné le 24 janvier 41 dans sa vingt-huitième année par les soldats de sa garde prétorienne. Despote et fou, il avait beaucoup éliminé dans son entourage en faisant exécuter ou bannir ses proches et par provocation, il avait sublimé son cheval invictus qu'il avait installé dans une écurie de marbre avec une mangeoire en ivoire ; on lui prêtait le projet d'avoir voulu élever son animal favori au grade de consul. Ce fut dit-on la goutte d'eau qui mit le feu aux poudres, ou l'étincelle qui fit déborder le vase et réciproquement et surtout la cause de son assassinat. C'est ainsi que l'improbable se produisit avec la nomination de Claude fils de Drussus et d'Antonia la Jeune, fille de Marc-Antoine et d'Octavie. 

Claude était né à Lugdunum en 10 av. J.C.. Il fut le premier empereur né hors de Rome. Bègue, son infirmité le sauva des purges qui eurent lieu pendant les règnes de ses deux prédécesseurs car il était considéré comme inoffensif. Il se montra pourtant un administrateur capable et un grand bâtisseur agrandissant l'empire de cinq nouvelles provinces, la Bretagne (Britannia), la Lycie, la Maurétanie, le Norique et la Thrace. Mais surtout, et cela nous concerne, il étendit le droit de citoyenneté romaine à de nombreuses cités de nos provinces gauloises. 

Fabulan n'avait pas choisi d'évoluer dans le milieu militaire. Administrateur, il aimait l'écriture, les spectacles et de temps à autre produisait et mettait en scène des parodies avec ses marionnettes pour le plus grand plaisir des enfants. Il avait adopté le personnage fétiche de ses débuts, qu'il avait finalement baptisé Guignaule lequel était toujours accompagné de son amis buvanvin, Legnaffre. Les histoires se terminaient toujours avec une sévère correction du méchant qui recevait force coups de tavelle sur le coqueluchon sous les rires et les applaudissements des petits mamis. Fabulan figurait parmi les érudits de son époque et les notables de la cité ; il était écouté et respecté par les représentants de Rome comme par exemple le duumvir (magistrat supérieur des colonies ou des municipes remplissant les fonctions équivalentes à celle des consuls de Rome et qui en a le rang) dont il était le principal conseiller en sa qualité de décurion. L'administration était dévolu aux romains et donc à certains patriciens gaulois qui en avaient acquis la citoyenneté en exerçant les fonctions de questeurs (finances, impôts...), d'édile (ravitaillement, marchés, thermes, entretien des voiries, des bâtiments public...), décurions (magistrature, religion, législature, nominations honorifiques ou d'ambassadeurs...). Pour fonctionner, ils employaient bien sûr des Ségusiaves qui pouvaient selon leur rang accéder à des fonctions d'encadrement ou de conseillers. 

Fabulan avait également été désigné comme légati (délégué) représentant les Ségusiaves de Lugdunum au Tres provinciare Galliae le Conseil des Trois Gaules composé des soixante représentants des peuples gaulois qui se réunissaient au Sanctuaire fédéral construit en 19 av. J.-C. à la confluence, c'est à dire dans le district de Condate au bas des pentes du côté méridionale de la Croix-Rousse. Cette institution présentait un double avantage : permettre d'avoir l'écoute de Rome et de l'Empereur et forger un sentiment d'identité nationale par sa représentativité des intérêts provinciaux auprès de l'administration centrale. 

L'empereur, séjourna plusieurs fois à Lugdunum entre 43 et 47 au cours de sa conquête de la province de Britannia. En 47, à l'issue de la réunion annuelle du Conseil des trois Gaules, il rencontra Fabulan dont la fidélité à l'empire était reconnue. Ils eurent un entretien privé qui contribua à encourager Claude dans sa volonté d'étendre la citoyenneté romaine à de nombreuses autres cités provinciales de la Gaule chevelue. Lyon avait déjà ce privilège et les collègues de Fabulan, légatis du Conseil lui avaient demandé d'en parler à Claude. 

" Fais-moi envoyer à Rome une requête que je soumettrai au sénat en ma qualité de censeur." déclara Claude  

Ce fut fait et l'empereur gallophile, dans un vibrant plaidoyer, obtint un sénatus-consulteaccordant la ius honorum (éligibilité au rang de sénateur) à certains dignitaires de la Gaule chevelue ce qui revenait à étendre la citoyenneté romaine aux soixante peuples gaulois. C'est grâce à la reconnaissance des délégués des nations gauloises que ce discours fut retranscrit et gravé sur une table de bronze et placée dans le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules. Les deux fragments des Tables claudiennes qui furent retrouvés en 1528 sont aujourd'hui conservés au Musée gallo-romain de Fourvière et une copie moulée est également visible dans la cour d'honneur du Musée de l'imprimerie, rue de la Poulaillerie à Lyon. 

Fin de l'épisode, à suivre...

 

Commentaires (2)

Marie-Claire
  • 1. Marie-Claire | 28/03/2015
"il dépote son géranium" image très fleurie!!!que je ne connaissais pas.
je pense que celà signifie "passer l'arme à gauche"
Le gouvernants d'aujourd'hui se font "de vieux os" par rapport aux 1ers siècles.... MC
caucheteur marie thérèse
  • 2. caucheteur marie thérèse | 20/02/2015
j'aime beaucoup la fable. Hélas l'histoire est pire que la fiction.... c'est pour cela qu'il faut s'y appuyer et ne rien oublier

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