Saison 2

Épisodes 20 à 11

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20e épisode - un pestacle à Lugdunum

Nos amis restèrent en Orient jusqu'en l'an 4 de l'ère chrétienne car, comme je le précisais dans l'épisode précédent, nous adoptons maintenant le calendrier actuel. 

Ils avaient été invités à Rome par Quinctilius et Claudia, pour les fêtes organisées lors de l'adoption de Tibérius Claudius Nero, par l'empereur Auguste qui se trouvait sans héritiers après la mort tragique de ses deux derniers descendants  (ses petits-enfants : Lucius et Caius César, les fils de sa fille Julia). Tibère qui était le fils de Livie, troisième épouse de l’empereur, se trouva ainsi à 46 ans investi de l'impérium proconsulaire au rang de principat sous le nom de Tibérius Julius César. Après les cérémonies et les festivités du 26 juin, la famille Lunatix séjourna quelque temps chez leurs amis avant de retourner début août à Lugdunum.

Trois mois plus tard, Jihane mit au monde une petite fille qu'ils prénommèrent Néfertari (la plus aimée de tous) en hommage à Néferet la grand-mère de l'enfant.

Fabulan apprit à lire et à écrire à l'école des druides de l’Île-Barbe ; ils n'avaient certes plus le droit de pratiquer leur culte mais continuaient d'exercer leur rôle d'enseignants auprès des familles gauloises. Il s’initia à la culture égyptienne par sa grand-mère et également à celle des Persans par sa mère. A dix ans il tait devenu un enfant robuste espiègle, curieux et imaginatif.

Ses parents avaient bercé son enfance en lui contant des fables à l'aide des deux poupées à gaine, le lionceau et le jeune garçon, qu'il avait reçu lors des saturnales suivant son premier anniversaire. Son grand-oncle Claudius Tartempio, parrain de son père aimait sculpter le bois et  lui avait fabriqué, d'autres têtes de bois qu'il réalisait en bois de tilleul. Il se trouvait donc avec un cuchon de personnages dont : un vieux druide, un fabriquant de sandales, porté sur le mulsum (vin miellé) ce qui lui conférait une trogne et un gros picou rubicond et un joyeux gone bien artet (dégourdi, rusé), copain du gnafre (savetier en gaulois). Tartempio avait aussi fabriqué une sorte de cache démontable en bois et tissu pour qu’il puisse se dissimuler à la vue des spectateurs. Fabulan aimait inventer des histoires avec ses personnages et les raconter à son entourage

Il adorait sa petite sœur et donc, pour les cinq ans de Néfertari, il avait décidé de lui offrir un spectacle de marionnettes auquel toute la famille fut conviée ainsi que de nombreux petits amis de la fillette invités à l’anniversaire. Chacun prit place devant le castelet improvisé.

L'histoire se passe dans la campagne de Briandas ; le druide Panégyrix est avec le Gnafre :

- Je viens de terminer ma récolte de gui sacré pour la réunion annuelle de notre confrérie et je dois concocter une nouvelle recette pour l’élection du concours récompensant le meilleur cuistot au chaudron.

- Je me souviens, lui rebrique le Gnafre, de ta recette de « joue de porc au carottes, oignons, céleri et vin rouge », c’était à s’en lécher les cinq doigts et le pouce. T’avais d’ailleurs reçu le premier prix, un laurier d’or.

- Ouais, je dirais plutôt que c’est le vin rouge que tu as surtout adoré. Cette année, ça s’annonce plus coton avec des petits nouveaux talentueux comme : Bocusix, Robuchonus, Georgius Blancus, et d’autres pointures. Il y a même des marque–mal qu’y disent qu’on devrait aussi faire concourir les fenottes ; le monde il est vraiment tout tourneboulé. Mais entre nous, dit le druide en se tournant et retournant, j’ai dégusté un jour une poularde aux truffes à l’échoppe de la mère Brazierix, un délice que t’en aurais sucé les os jusqu’à la moelle, « poularde demi-deuil » qu’elle appelle son plat. Mais je m’égare. Je suis venu te demander de me garder mes branches de gui et de surveiller qu’il n’en disparaisse point.

- Vous faites pas de souci, j’y veillerai, comme le lait sur le feu.

Panégyrix s’en va. Son copain arrive et areluquant le tas de gui questionne : 

- Qu’est-ce que ça que c’est mon Gnafre, tu te recycles dans le commerce des herbes ? 

- Mais non le Gnaule (le Gnafre l’appelait ainsi depuis qu’il avait exercé un temps le métier d’assistant d’un charlatan, bouilleur de cru) c’est Panégyrix qui m’a confié une mission d’importance, surveiller sa  récolte de gui sacré. 

Les deux complices continuent de parler puis Gnafre sort quelques amphores de mulsum car il fait « souaffe » et tous deux boivent de « conserve ». Gnafre prétexte une urgence et laisse Gnaule tout seul. Celui-ci s’allonge contre un arbre et demande aux enfants de l’avertir si quelque chose se produisait pendant qu’il s’offre une petite sieste réparatrice. 

Gnafre avait décidé de faire une blague à son ami et il s’est en réalité dissimulé dans un buisson. Dès que Gnaule s’endort, il arrive par derrière avec une canne à pêche et commence de prendre un brin de gui. Les enfants hurlent : 

Gnaule ! Gnaule ! Gnaule ! Celui-ci se réveille et se lève en sursaut. 

Le gui ! Le gui ! Le gui, crient les enfants. 

Gnaule stupéfait constate qu’il manque un brin.  Il cherche alentour et dit aux enfants : 

- Je vais faire semblant de dormir, prévenez-moi si quelqu’un arrive ! 

Il s’allonge de nouveau après s’être muni d’une grosse trique et fait semblant de ronfler, déclenchant l’hilarité des jeunes spectateurs. 

Gnafre avec sa canne à pêche essaie de nouveau d’attraper un brin de gui. Les enfants hurlent : 

- Le gui ! Le gui ! Le gui ! 

Gnaule se lève et à grands coups de trique frappe Gnafre qui gémit et s’excuse de cette mauvaise blague. Tout est bien qui finit bien. Fabulan, remercie et salue l’assistance. Il reçoit en retour une magnifique ovation de tous les spectateurs, grands et petits. 

Bien sûr ce succès fait qu’il est sollicité pour reproduire sa pièce dans d’autres familles et même à l’oppidum auprès des soldats et officiers romains. 

Petit à petit, le titre de la pièce qui était « Gnafre, Gnaule et le gui », devient  « le Gui de Gnaule » et les hurlements des petits quelques années plus tard conduisent à ce que l’on entende surtout : 

Gui Gnaule ! Vocable qui devient à cha peu, le prénom et le nom d’un jeune homme adroit, plein de finesse et de ruse. 

Gui Gnaule est devenu l’ami incontournable des enfants et la coqueluche du peuple qui voit en lui le symbole de Lugdunum. 

Étonnant non !

Fin de l'épisode, à suivre

19e épisode - la Transition

- Il s'en est passé des choses du depuis la création de Lugdunum, pas vrai les gones ?

- Au regard de l'histoire du monde, c'est un saut de puce ! me rebriquez-vous.  

- Sans doute mais en 43 ans Rome est passé de la République à l'Empire avec la mainmise d'Octave sur tous les leviers de l'Etat. Après une longue période de conflits, de défaites, de victoires de conquêtes, de guerre civile, la Pax Romana s'est installée. Lugdunum est devenue la capitale des trois Gaules. Pour finir, le petit baigneur, l'Enfant-roi annoncé par de nombreuses prophéties a pointé le petit bout de son nez pour influer sur le monde entier. Alors soyez pas niquedandouille, tarabate ou marque-mal et dîtes-z’ y-vous que depuis la création de Lugdunum et en un peu plus de quatre décennies, nous avons vécu :   

         Un saut de puce pour l’homme, mais un grand bond pour l’humanité.  

- Je sais pas vous, mais j’aime bien cette formule : elle a de l’avenir non !  

Poursuivons : en ces temps-là, le tout un chacun du monde, calculait le temps, de façon aléatoire même si la règle était que l’an 1 soye au début de la fondation de Rome. 

D’abord parce que les gens, pour le plus grand nombre, ne savait ni lire ni écrire et de toute façon ils n’avaient pas le calendrier des pétété avec chats, chiens, animaux, fleurs, paysages et mêmement parfois des illustrations originales : calendrier que le monde entier nous envie. Ensuite ils n’avaient pas la téloche, pas internénette et encore moins fessebouc ni touiteur. Exceptés les marchands et les guerriers, la population était plutôt du genre sédentaire et le temps s’écoulait en général à compter de l’avènement du monarque dirigeant, roi ou empereur. Cette pratique se généralisa après la chute de l’Empire romain et cela jusqu’au règne de Charlemagne, empereur imberbe à la barbe fleurie (paradoxe des livres d’histoire car d'après les historiens, il était imberbe et sa représentation avec une barbe ne servait qu'à témoigner de son autorité virile. De plus il fallait lire barbe flori qui signifie blanc en vieux français et non fleurie, ce qui est une coquille typographique). 

Bien sûr, je ne disserte ici que sur notre microcosme occidental afin de ne pas vous embrouiller les neurones. Si je vous contais l'histoire de la chronologie dans son contexte mondial, nous ne serions pas sortis de l'auberge.  

Sous le règne de Justinien en 532 de notre ère, un moine scythe réfugié à Rome, Denys le Petit, avait calculé la date de naissance du Christ qu'il fixa en 753 de la création de Rome (vous en avez eu la confirmation dans l'épisode 18). A cette époque, il s'agissait en fait d'enquiquiner les ceusses de la tradition juive qui fixaient la date de Pâques selon le calendrier lunaire. L'Eglise chrétienne désireuse de prendre son autonomie par rapport au judaïsme adopta alors le calendrier solaire des romains.  

Il fallut attendre encore deux siècle pour que Bède le Vénérable un moine anglo-saxon envisage de généraliser cette pratique et à la manière des Romains, il fit prendre l'habitude, avec le soutien de Charlemagne, de dater l'année en cours à partir de l'année de naissance présumée du Christ, histoire de christianiser le temps. Cette pratique se développa en occident dès 1582 en relation avec le calendrier grégorien. 

Pour être complet, l'an zéro ne pouvant exister, 753 fut décrétée an 1 et l'an 752 (une année bissextile) l'an -1 ou première année avant Jésus Christ. 

La notion, avant JC et après JC est très souvent remplacé par AEC (avant l'ère chrétienne) et EC (de l'ère chrétienne) et mêmement pour dénoncer le recours au Christ et à une religion particulière les sigle AEC et EC sont appelés : avant l'ère commune et à compter de l'ère commune. On va pas chipoter, ça fait plaisir à tout le monde comme quand, pour être politiquement correct, on dit "personne à mobilité réduite" pour un handicapé et je rajouterai parlant par respect, "non comprenant" pour un imbécile.

Depuis le début du XXe siècle une convention internationale a ratifiée ce mode de calcul, même si certains pays conservent la tradition de leur nouvel an. Tout ceci pour vous dire que le prochain épisode comportera les dates conventionnelles "après JC" ou "depuis EC", c'est chacun qui voit selon sa sensibilité.

Fin de l'épisode, à suivre

18e épisode - les Rois Mages

Au milieu de la nuit, Jihane et Lunatix retournèrent chez leur hôte sans se dire un mot, perdus dans leurs pensées. Josué les reçut. Il les questionna intrigué:

- Je vous trouve bien songeurs, l'accouchement ne s'est pas bien passé ?

- Au contraire, l'enfant est né parfaitement viable, mais nous avons ressenti une curieuse impression. Comme si nous avions assisté à Sol Invictus, la naissance de l'incarnation du jeune dieu solaire, fils d'Ahura Mazda le Dieu-sagesse.

- La période que nous traversons est sans doute la cause de votre trouble. Je vous laisse vous reposer, nous en reparlerons plus tard. Il faut que vous soyez en forme pour Fabulan car lorsqu'il va se réveiller, il sera tout excité de revoir ses parents. En votre absence, toute la maisonnée a participé  à la décoration de l'atrium et nous avons déposé les cadeaux au pied d'un oranger dont les fruits à maturité forment un décor lumineux que nous pourrons consommer.

Quelques heures de sommeil leur suffirent pour récupérer et la journée se passa très agréablement. Parmi ses jouets Fabulan avait reçu deux poupées à gaine représentant un jeune garçon et un lionceau qui se manipulaient à la main. Selon la coutume perse, le lionceau représente le précepteur de l'enfant et les jouets servent aux parents pour conter des histoires fabuleuses aux petits et aussi plus tard, pour inculquer aux jeunes enfants sur le ton de la parodie, les valeurs morales de leur éducation.

 Lunatix comptait bien importer cette coutume à son retour en Gaule : 

- Ce serait bien de créer d'autres personnages sous cette forme et de raconter de petites saynètes, mais au lieu d'être assis à côté des jeunes spectateurs, il faudrait que les manipulateurs ne soient pas visibles et se placent derrière un panneau. Cela rajouterait un côté féerique à l'histoire, un peu comme si les poupées étaient vivantes...

Dans le courant de l'après-midi, une troupe de comédiens se présenta à la domus.

Ils venaient pour interpréter « la cavalcade de l’Imberbe » qui se joue pendant les saturnales, le jour des fous; il s’agissait d’un rite d’intronisation d’un roi parodique dont le règne comique durait une journée. Cette fête semble s’être perpétuée en Iran jusqu’au début du XIXe siècle.

La parade des comédiens, accompagnée de musique, s’arrêtait devant chaque maison. Alors, ils ajustaient leurs masques et exécutaient des danses et pantomimes qui représentaient la mort et la résurrection de ce prince factice. Les membres de la maisonnée leur offraient quelques pièces de monnaie ainsi que des portions de plats cuisinés, de la pâtisserie et du vin. 

Quelques jours plus tard, nos amis se mirent en route pour retourner à Antioche. Nous étions aux nones de januarius, c'est à dire le cinq janvier. Ils avaient à peine parcouru quelques centaines de mètres, qu'ils croisèrent une caravane qu'ils supposèrent appartenir à de riches marchands. Les trois hommes de tête, s'écartèrent du groupe pour se diriger vers eux.

- Je suis Balthazar, roi mage d'Arabie, en charge des peuples africains du sud de la Mauritanie au Yémen, déclara le premier vêtu de rouge et d'or. Mes compagnons sont : Melchior l'européen, roi de Perse qui officie sur l'ensemble du pourtour méditerranéen, de la Péninsule ibérique en Syrie, et de la Jordanie au Maroc (il portait un ample manteau et un pantalon de teinte vert émeraude) et voici Gaspard l'asiatique, qui règne sur les Indes (celui-ci était habillé avec une chasuble et un pantalon bleu outremer). Notre quatrième condisciple, Siméon qui règne sur les tribus Sarmates d'Europe Centrale, les Iazyges, les Roxolans, les Urges et les Sythes Royaux est encore bien loin et n'a pu nous rejoindre. La nuit du 24 décembre, nous avons vu l'étoile, dans la constellation de la Vierge, annonciatrice de la naissance de l'Enfant-Roi, et venons lui rendre hommage. Sommes-nous bien en direction de Bethléem ?

- Je suis Lunatix de Lugdunum et voici Jihane mon épouse qui est d'origine perse et pratique le culte de Mithra. Je vous connais donc et vous présente mes respects, Saints-Hommes. Jihane a aidé à la naissance de celui que vous cherchez. Vous êtes sur le bon chemin. Je crois que vous reconnaîtrez sans peine, le lieu où la famille séjourne.

Entendant ceci, les trois rois mages descendirent de leurs montures ils s'inclinèrent devant Jihane, et lui embrassèrent respectueusement la main.

- Soit bénie et protégée de l'Eternel, déclara Melchior avant de remonter en selle. Puis les trois mages rejoignirent leur troupe et reprirent leur route.

- Je vais transcrire ce que nous venons de vivre, déclara Lunatix, cette histoire nous dépasse et devra traverser les siècles. L'humanité doit savoir que  Le Dieu-sagesse nous a envoyé l'incarnation de son fils Mithra pour séparer le bien du mal.

- Nous sommes à la croisée de plusieurs religions, lui dit doucement Jihane, le regard un peu triste. Les hommes sont-ils prêts à unifier leurs croyances ? Il se pourrait qu'une seule religion s'accapare cette naissance et qu'il faille encore vivre bien des turbulences, avant que la sagesse n'éclaire le chemin de l'humanité !

Fin de l'épisode, à suivre

17e épisode - l'Enfant Roi

Arrivés en fin d'après-midi, à Jérusalem, Jihane, Lunatix et Fabulan furent chaleureusement accueillis par Kimia et Paulus à son cantonnement installé en banlieue sud de la ville. Il leur dit:

- Toutes les auberges et les appartements en location sont saturés. Avec le recensement et l'affluence de cette fin d'année parce que les gens ont attendu la date limite pour se faire inscrire, impossible de trouver à se loger. Heureusement un ami de mon père possède non loin d'ici une domus et il m'a proposé de vous héberger, le temps de votre séjour en Judée. Il nous a d'ailleurs invités ce soir à partager son repas.

- Il est vrai, répondit Lunatix, que j'avais rarement vu une telle affluence et nous avons eu du mal avec notre chariot à nous frayer un chemin parmi la foule. Comment se passe le recensement ?

- Nous ne sommes intervenus que pour quelques légers incidents. Il règne depuis quelques temps un climat curieusement paisible comme si chacun était en attente d'un évènement. Même le temps est calme avec des températures douces qui avoisinent les 20, 24° en journée. Par contre, les nuits étant claires, elles restent froides  de 5 à 8°.

- Jihane connaît le climat de la région et a prévu nos tenues en conséquence.

- Je vais donner des ordres pour faire transférer vos bagages chez votre hôte, Josué Elkaim. Profites-en pour te rafraîchir et te préparer pour la soirée.

Lunatix alla rejoindre Jihane et sa belle-soeur qui venaient de donner le bain à Fabulan et jouaient avec l'enfant. Il se prépara à son tour.

La domus de Josué était effectivement proche du cantonnement. L'homme, de taille moyenne était affable et reçut ses invités comme s'ils étaient amis de longue date.

- J'ai connu le père de Paulus alors que j'exerçais à Smyrne en qualité de médecin. De passage à Antioche, j'ai été appelé à son chevet suite à une mauvaise chute de cheval. Je l'ai remis sur pied et il s'est rapidement requinqué. De son côté, il était intervenu pour nous aider lors d'une période de troubles contre la communauté juive et nous sommes devenus de bons amis.

- Le bien appelle le bien! déclara Lunatix, connais-tu la raison de l'étrange comportement presque serein de la population et que l'on observe dans toute la province?

- Il semble que des signes avant-coureurs de la prophétie de Michée aient été décelés aussi les gens attendent avec un mélange de crainte et d'espoir sa réalisation. Sauf Hérode qui craint que cela conduise à la perte de son autorité et sa déchéance. Et  vous-même qu'en est-il?

- Pour l'heure, nous sommes surtout en pleine saturnales. Depuis cinq jours se déroule notre fête religieuse, la célébration du règne  de Saturne, dieu des semailles et de l'agriculture. C'est aussi à Rome la libertas decembris (fête de la liberté et du monde à l'envers). Dans deux jours les esclaves de Rome vont toute la journée devenir les maîtres et les maîtres obéiront aux esclaves.

C'est aussi ce même jour du 25 décembre que les croyants du culte de Mithra fêteront, par le sacrifice d'un taureau, le Sol invictus (Soleil invaincu) correspondant à la naissance de ce jeune dieu solaire, qui surgissait d'un rocher ou d'une grotte sous la forme d'un enfant nouveau-né.

En ce qui nous concerne, avec Jihane, nous allons appliquer la fête des sigillaires (sceaux ou cachets de terre) c'est à dire offrir des cadeaux à Fabulan notre fils. Nous serions honorés si tu acceptais que nous prenions à notre charge les frais du festin et la décoration de ta salle de banquet, avec des plantes vertes.  

- J'accepte avec plaisir car ceci me semble bien sympathique et ne remet pas en cause ma propre croyance. Vous avez toute latitude pour le faire. je vous ferai accompagner par un serviteur.

Le lendemain, ayant laissé Fabulan sous la surveillance de Kimia, Lunatix et son épouse firent leurs emplettes en ville. Sur le chemin de la domus de Josué, ils croisèrent un couple, dont la femme était assise sur un banc de pierre comme victime d'un malaise.

Jihane était aussitôt venue au-devant de la femme et s'enquit:

- Pouvons-nous vous aider, je suis infirmière et aussi accoucheuse. Vu votre état, il semble que le terme soit proche !

- Merci, ça va aller répondit la femme, je me repose quelques instant car nous devons rejoindre Bethléem où nous avons loué une grotte aménagée. Nous sommes venus pour le recensement. La file d'attente était longue et je me suis sentie un peu lasse.

- Il n'est pas question que je vous laisse seule, nous allons vous accompagner. Et avant que le couple ne proteste, Jihane donna ses instructions au serviteur en disant de ne pas s'inquiéter s'ils rentrent tard.

Bethléem était à seulement dix kilomètres au sud de la ville et même à vitesse réduite, l'homme avait enfourché leur âne, Jihane avait pris la femme sur son cheval et Lunatix fermait la marche avec le sien, il ne leur fallut que deux heures pour attendre les faubourgs de la petite ville où effectivement de nombreuses grottes avaient été aménagées en logements.              

Ils prirent un frugal repas de galettes de pain, de poissons séchés et d'eau conservée fraiche dans une gargoulette, puis les deux hommes, une couverture sur les épaules s'installèrent sur le perron. Le travail de la parturiente venait de commencer et Jihane qui avait demandé à ce que l'on fasse bouiller de l'eau était restée avec elle dans leur petite chambre.

- Très joli ce petit berceau en bois, dit Lunatix !

- Je suis charpentier, répondit en souriant l'homme ! 

La nuit était claire et outre la lune qui diffusait une lumière douce, Lunatix observa une étoile qui brillait d'une forte intensité. Il frissonna en repensant à toutes les prophéties; celles des druides, des prêtres égyptiens, de Mithra et de Michée...

Nous étions la nuit du 24 décembre...

Fin de l'épisode, à suivre

16e épisode - Jihane

Lorsque Lunatix rendait visite à son ami Paulus en garnison à Palmyre, zone franche où il assurait le maintien de l'ordre et la protection des caravaniers et surtout du marché qui constituait la plaque tournante du commerce entre l'Asie, l'Afrique et l'Occident, il aimait se bambaner et chiner en circulant à travers les étals de nourriture, d'épices, de produits manufacturés comme la vaisselle, la poterie, les bijoux, le petit mobilier. Il admirait les couleurs chatoyantes des tissus et vêtements exotiques venus de Maurétanie, de Perse ou de Chine. 

Mais par-dessus tout il se régalait d'entendre une foultitude d'accents et de langages aux accents musicaux qui allaient du grave et chantant des méditerranéens et africains  à l'aigu et nasillard du parler asiatique. Alors qu’il flânait à proximité d’un stand de tissus et de  vêtements de soie, il aperçut le manège suspect d’un chaland qui manifestement observait d’avantage les acheteurs que les articles exposés. Il s’approcha discrètement de l’individu et le vit sortir de sa ceinture un coutelas avec lequel d’un geste rapide il coupa les lanières d’un sac de toile que portait en bandoulière une femme en train de choisir des étoffes. Avant même qu’elle ne réagisse, l’homme détala, le sac à la main. Il se heurta à Lunatix qui l’immobilisa en interpellant deux légionnaires qui patrouillaient non loin de là.

Sans que l’incident ne monopolise l’attention de la foule, les soldats se saisirent du voleur qu’ils garrottèrent en remerciant Lunatix de son intervention et lui remettant le sac. En se retournant, Lunatix se retrouva presque nez à nez avec la victime.                                                                                     

C’était une jeune femme de type persan, vêtue d’une longue robe sans manche plissée à partir de la taille et de couleur bleue boutonnée sur le devant. Des épaules aux hanches elle portait une tunique à longues manches, fermée à la taille par une ceinture. Des bracelets d’argent enserraient ses poignets et des boucles d’oreilles créoles ornaient ses oreilles. Un collier assorti mettait en valeur son cou délicat. Elle était légèrement maquillée avec juste ce qu’il faut d’ombre à paupières bleutée pour accentuer la luminosité de ses yeux en amandes, noirs métalliques. De longs cheveux couleur jais légèrement ondulés encadraient son visage à l’ovale parfait. Elle lui souriait gentiment, presque humblement. Lunatix était comme paralysé lorsqu’elle s’adressa à lui.

- Merci pour votre aide, j’avais dans mon sac des bijoux de valeur appartenant à ma mère et qui venaient d’être réparés par le joailler. Elle aurait été triste de les avoir perdus et je me serai sentie coupable de ma négligence !

Fabulix une boule à la gorge ne parvenait pas à répondre quand un homme d’allure noble arriva à leur hauteur et embrassa la jeune femme, lui demandant ce qui venait de se passer. Elle raconta sa mésaventure à celui qui était son père, lequel se retournant vers Lunatix le remercia chaleureusement d’une ferme poignée de main.

- Venez ce soir dîner à la maison, nous ferons plus ample connaissance…

C’est ainsi que Lunatix connut Jihane qui allait devenir sa femme. Le mariage eut lieu en juin 751. Ce fut une belle noce. Fabulix, Néferet, Magdelo et Tartempio étaient venus de Lugdunum. Paulus l’ami de Lunatix et Kimia la sœur de  Jihane, furent leurs témoins.

Jihane exerçait comme sa mère la profession d'« accoucheuse » et infirmière. Elle connaissait les plantes médicinales car. comme son père, pratiquait le culte de Mithra, il connaissait des initiés de niveau quatre surnommés les « léos ou lions» et de niveaux cinq les « perses ». Il avait ainsi pu permettre à sa fille de suivre comme candidate libre les cours de médecine de l’école réputée de Smyrne et que suivaient les initiés à vocation de mage.

Voir à gauche les attributs du culte de Mithra

En septembre 752, ce fut bien sûr sa mère et aussi Néferet venue pour la circonstance qui l’aidèrent à mettre au monde leur premier fils qu’ils nommèrent Fabulan. Et comme de bien s'accorde, Paulus et sa fenotte, Kimia la soeur de Jihane qu'il avait épousée quelques mois plus tôt, acceptèrent d’être le parrain de l’enfant.

C'est au cours de cette période, que l'empereur Auguste qui voulait connaître ses administrés (mais aussi en avoir la mainmise fiscale), avait décidé de mettre en œuvre le recensement des populations résidant dans les provinces de l’empire ou d’obédience romaine. La Palestine en faisait partie, et Paulus, fut chargé d’assurer la protection et le contrôle de la bonne tenue des bureaux en charge de cette action. Il installa son cantonnement à Jérusalem où Kimia le rejoignit.

C’est ainsi, qu’en cette fin d’année 753, à l’approche des saturnales, Lunatix et Jihane vinrent leur rendre visite.

Fin de l'épisode, à suivre

15e épisode - la province impériale de Syrie

- Ave Lunatix ! dit Caius Canulus en lui faisant l'accolade, j'ai de bonnes nouvelles pour toi. Le général Marcellus Pilatus, doit se rendre à Rome pour rejoindre Varus Publius Quinctilius, proconsul gouverneur d'Afrique qui doit prendre sa nouvelle affectation de légat impérial propréteur de rang consulaire à Antioche capitale de la province impériale de Syrie.

- Varus est considéré comme un redoutable administrateur, releva Lunatix. Il excelle dans la romanisation, mais il ne fait pas dans la dentelle. Disposant de l'ius gladii (le droit de vie et de mort sur les citoyens), il n'hésite pas à crucifier les dissidents lorsqu'il réprime les révoltes qui ne comportent pourtant que peu de manifestants. Connais-tu les raisons de sa promotion pour la Syrie ?

- La province est proche de l'empire Parthe, la redoutable ennemie de Rome, car même si pour l'instant les glaives restent dans leur fourreaux, nous ne devons pas baisser la garde. Et puis la Décapole (Palestine) à la frontière sud est toujours instable malgré son obédience à l'empereur. Varus bénéficie aussi de l'estime et de la confiance d'Auguste. De méchantes langues colportent que c'est du à son mariage avec la noble praticienne Claudia Pulchra, une cousine du côté de la cuisse gauche de l'empereur.

Pendant qu'ils conversaient, Lunatix, intrigué par le manège d'un adolescent questionna Caius:

- Qui est ce jeune garçon un peu bizarre, d'allure noble tout proche de nous ? Depuis mon arrivée, c'est la troisième fois qu'il se lave les mains.

Canulus sourit.

- Il s'appelle Pontius Pilatus, fils de Marcellus; on le dit atteint d'un trubullus obsessus conpulsus  (trouble obsessionnel compulsif: T.O.C.) Chaque fois qu'il a une discussion et que son opinion ne prévaut pas. il se lave les mains et les frotte avec une pierre ponce. Ce qui lui vaut le sobriquet de Ponce Pilate. Agé de treize ans, il est né dans la domus de son père à proximité de notre oppidum. Il nous est confié pour parfaire son éducation et suivre l'entraînement équestre, mais je pense qu'il sera plutôt un administratif et certainement pas un soldat.

Lunatix et Marcellus, après un voyage sans histoire qui leur permit de mieux se connaître, arrivèrent à Rome où il furent reçu dans la domus de Quinctilius par sa fenotte Claudia, une maitresse femme, la quarantaine, au port altier, richement vétue mais sans ostentation. Courtoise, elle s'exprimait avec éloquence sans affectation en soutenant le regard de ses visiteurs de ses yeux bleu azur où brillait une petite flamme qui jaugeaient immédiatement ses interlocuteurs. Elle doit être redoutable en affaires, pensa Lunatix.

Varus qui les avait rejoint était un homme robuste agé de 45 ans. Malgré son statut d'administrateur, on devinait le général, rompu aux exercices physique et à la dureté des campagnes militaires où il s'était brillamment illustré sur les champs de bataille. Content de retrouver Marcellus qu'il avait connu en 736 (18 av J.C.) et avec lequel il avait combattu pendant les deux dernières années de la pacification de l'Hispanie, il s'adressa chaleureusement à Lunatix.

- J'ai bien connu Munatius Plancus et ton père Fabulix. Nul doute que le fils soit à la hauteur du père. Il est bon que des correspondants érudits suivent nos légions et témoignent pour les siècles futurs de la vaillance de nos légions et des progrès que la pacification de Rome apporte aux barbares.

Il restèrent quelques jours à Rome, le temps que les chariots emènent leurs bagages en Syrie et que Claudia les précède pour organiser leur arrivée. Ils débaroulèrent à Antioche aux ides de november 746 (le 13 novembre de l'an 8 av J.C.). Le ciel était clair et la température de 15° donnait à Lunatix le ressenti d'un début de septembre à Lugdunum. Il se familiarisa rapidement à ses nouvelles conditions de vie et l'absence de conflits, exepté quelques escarmouches internes dans les petits royaumes voisins qui du côté est (royaume d'Arménie, Osroène, Comagène) commerçaient autant avec l'empire Romain que Parthe, lui offrait le loisir de visiter les casernements et de cotoyer les populations et les coutumes de ces petits états.

En 750, la mort d'Hérode le Grand et sa succession, provoqua quelques troubles avec le procès de son fils Antipater soupçonné de l'avoir tué. Il fut innocenté et devint tetrarque de Galilée et de Pérée sous le nom d'Hérode Antipas II, tandis qu'Archélaos dirrigea la Judée et la Samarie. La présence romaine en Décapole (du nom des dix villes principales de Palestine) dirrigé par un préfet comprenait une administration avec une légion chargée du maintien de l'ordre et de la sécurité des provinces. Lunatix couvrit ces évènement transmettant à Marcellus les écrits de ses observations. Le calme étant revenu, il se rendit en Palmyrène comme chaque année pour rejoindre pendant quelques semaines son ami Paulus Junilius.

Cette province indépendante comprenait la ville de Palmyre édifiée par le roi Salomon. Elle était la plus grande puissance commerciale du Moyen-Orient avec un réseau marchand reliant la Syrie à la Mésopotamie et la côte Méditérrannéene. Les caravannes qui y transitaient étaient des entreprises saissonnières et annuelles. Elles s'installaient au centre de la ville sur une immense place entourée de boutiques et de lieux de restauration. Paulus, centurion de l'ordre équestre, était responsable de la gardison qui veillait à la sécurité des commerçants et des chalands. l'intensité des échanges et les mouvements financiers associés, attiraient en effet, les arnaqueurs et escrocs de tout poils.

Fin de l'épisode, à suivre

14e épisode - les prophéties

En 746, Lunatix de retour à Lugdunum, après avoir passé quelques temps auprès de sa famille et de son parrain, se présenta à l'oppidum du haut de la colline (Fourvière) non sans avoir admiré  le magnifique aqueduc du Mont d'or long de 26 km, qui de Trion serpente par Vaise, Champagne-au-Mt-d’Or, pour rejoindre sa source à Poleymieux-au-Mt-d’Or. Il passe par les Minimes et jouxte le théâtre antique (il s'agit de la première construction de cet édifice d'un diamètre de 90m, dédié aux comédies musicales, pantomimes, et autres spectacle. Il peut déjà accepter 5000 spectateurs. Avec son extension deux siècles plus tard, il offrira jusqu'à 10700 places).

- Un deuxième aqueduc venant de l'Yzeron a été initié, ce serait bien qu'il permette la construction et alimente les thermes qui manquent à ce quartier, se dit Lunatix en se présentant au poste de garde où un officier le prit en charge et le conduisit au quartier général.

- Ave, Tribun Caius Canulius, de retour de Rome, je venais proposer mes services pour accompagner nos généraux lors de leurs campagnes militaires et rendre compte de leurs faits d'armes, déclara Lunatix, mais il me semble que j'arrive au mauvais moment.

- En effet, Agrippa a rejoint ses ancêtres; il fume à présent les pissenlits par la racine et chevauche dans les Champs-Elysées. Quand à Tibère il a taillé la route en Germanie pour remplacer au débotté, Drusus mort accidentellement. Il ne reste plus par chez nous que Germanicus et Claude les deux fils de Drusus, mais le premier n'a que sept ans et le matru né en 744, tête encore sa nourrice, répondit en souriant le fils du chevalier Canulius qui s'était illustré en Pannonie. Mais te caille pas le raisin, je suis chargé de te remettre le bâton qui te confère le grade équestre de décurion et te permet d'accéder à tous les casernements pour l'accompagnement de  nos officiers. La Pax Romana ne vaut que pour les provinces intérieures et les frontières nécessitent parfois quelques actions musclées ponctuelles. Reste souper avec moi et mes lieutenants. J'ai un cuistot ségusiave qui maîtrise le gratin de cardon à la moelle et sa fenotte, la matrone Brazierix n'a pas son pareil pour réussir la poularde demi-deuil, à s'en licher les cinq doigts et le pouce.

Lunatix ne se fit pas prié et savoura effectivement une excellente chicaison avant de rentrer se glisser dans les toiles bien benaise. Le lendemain, il se rendit à l'Ile Barbe où il assista à une cérémonie de bénédiction du gui sous l'égide du druide guérisseur Potionmagix. Celui-ci avait participé à son éducation spirituelle et c'est donc tout naturellement qu'ils se retrouvèrent pour tailler le bout de gras. Après les politesses d'usage et un échange amical de leur situation, Potionmagix s'adressa à son jeune ami sur un ton plus sérieux.

- L'expansion des armées romaines qui marque le pas, la paix relative qui règne dans les provinces et les signes qui apparaissent dans le ciel lorsque les nuits sont claires, nous donnent à penser que nous traversons une période charnière et que dans moins de dix années, nous verrons la prophétie de la Virgo Parturaé se révéler.

Une tradition orale qui se transmet de bouche de druide à oreille de druide, affirme que la Déesse Mère, symbolisée par la  terre avant sa fécondation, mettra au monde, sous l’enveloppe d’une jeune vierge humaine, un enfant qui sera lui aussi l’incarnation du soleil, fils du Créateur de l'univers. Il devra séparer le bien du mal et apporter un message d'amour à tous les hommes. Nous devons nous tenir prêt à la recevoir et les signes nous montrerons le lieu de la naissance où lui rendre hommage. Cela se passera la nuit dans une grotte puisque la lumière ne peut provenir que des ténèbres.

En reprenant la route vers l’oppidum, Lunatix se remémorait ce que lui avait dit sa mère Néferet:

- Isis, la déesse vierge de qui viendra le Fils, l’incarnation du soleil, accouchera loin de toute agitation, presqu'en cachette, dans un endroit sombre seulement illuminé de la présence de l'enfant. Celui-ci devra porter sur lui toute la détresse humaine, apporter des paroles de paix et de fraternité, sa mission consistera à fédérer les religions. S'il ne réussit pas car rien n'est acquis d'avance, le monde poursuivra ses guerres d'intolérance pour des siècles. Alors, nous devons nous tenir prêt à l'accueillir et l'accompagner dans sa quête.

De même, il se rappela les paroles d'un prêtre zoroastrien du culte de Mithra:

- Si notre culte s'exerce, non pas dans un temple ou en plein jour, mais à l'intérieur d'une grotte naturelle, c’est parce qu’il est écrit que dans une grotte, notre Dieu unique, créateur des mondes et de l’Univers choisira une jeune femme vierge pour qu’elle mette au monde l'incarnation de son fils Mithra, le dieu solaire. La tâche de celui-ci sera de rallier les hommes dans un esprit de tolérance et de fraternité en une seule communion vers l'Unique quel que soit le nom que les hommes lui donne.

- Toutes ses prophéties et celle de Michée pour les juifs (qu’il avait entendu lors d’un voyage à Alexandrie), se rejoignent, pensa Lunatix. C'est rien que d'y croire. Pourtant ce qui fait défaut, c’est bien  l’absence de communication entre les religions. Elles ne me semblent pas prête à partager leurs rites et se mettre d'accord sur ce qui leur est commun. Pour qu’un tel consensus existe, les religions ne devraient plus appartenir à tel ou tel peuple qui ensuite se croit l’élu. Cela suppose une formation à la spiritualité indépendante des états et des gouvernements. Un jour peut-être…  

Perdu dans ses pensées, il entra dans l'oppidum avec pour objectif de se trouver une affectation.

Fin de l'épisode, à suivre

13e épisode - Lunatix

Lorsque Fabulix était revenu d'Alexandrie, il était accompagné de sa fenotte, Néferet, une bien canante minette qui faisait partie des suivantes de la reine Cléopâtre. Comme elle était un joli petit lot, il se l'était encotillonnée (lui avait fait la cour). Elle avait été amarinée (conquise) et ils convolèrent en justes noces sous l'égide d'un prêtre Zoroastrien du culte de Mithra, la religion montante de l’époque.

En ce temps-là, les Égyptiens ne connaissait pas le nom de famille et ne portaient généralement qu'un prénom lequel avait une signification un peu comme pour les indiens d'Amérique ou par exemple, Pocahontas signifiait "petite espiègle enjouée". Ainsi les prénoms qui commençaient par Néfer symbolisaient la beauté: 

Néfertiti - la belle qui est venue ; Néfertounénes - la belle existe ; Néferménedj - celle à la belle poitrine. Quant à Néferet, le vocable signifiait tout simplement : la belle.

De leur union était né en l’an 721 (33 av J.C.), un petit boson qu'avait l'air bien dégourdi, radieux comme un soleil avec des quinquets qui reflétaient la douceur d’un clair de lune. Cette ambivalence rappela à Fabulix, Belisama déesse de la lune et compagne de Bélénos dieu solaire. Néferet songeait de son côté à Thot dieu lunaire qui protégea la déesse Isis pendant sa grossesse. Ils décidèrent de  trouver un prénom au petit belin, qui rappelle l'astre de la nuit et c'est ainsi qu'ils l’appelèrent Lunatix,(celui qui sourit à la lune). 

Au cours de son enfance, Lunatix passait souvent de courts séjours chez son « hospes » Claudius Tartempio, l’ami de Fabulix qui possédait des terres à Brigendos (Brindas). Les Ségusiaves pratiquaient l’hospitium romain qui s’apparente en quelque sorte à un parrainage. C’était un contrat informel qui engageait l’hospes à adopter son « filleul » en cas de décès du ou des parents de l’enfant. 

Cet acte ponctué par un banquet avait rapproché les deux familles et Magdelo et Néferet, les deux fenottes se partageaient l’éducation de Lunatix. Elles étaient toutes deux érudites, sachant lire et écrire le grec, le latin ; Magdelo maîtrisait le ségusiave et Néferet les hiéroglyphes. Néferet avait aussi été initiée aux mystères du nombre d’Or d’Euclide d’Alexandrie et de l’œil d’Horus dont les six parties symbolisaient les fractions de ½ à 1/64 et les six sens : le toucher, le goût, l’ouïe, la vue, l’odorat, et… la pensée. Autant dire que tout ceci permis à Lunatix qui n’était ni bras-cassé, ni ébravagé de devenir adolescent, un gone bien artet et démenet, avec une tête bien faite qui ne soit pas seulement bien pleine.

De leur côté, Fabulix et Tartempio, lui apprirent : le premier l’art du discours et de la diplomatie et le second ancien légionnaire élevé au grade de décurion dans l’ordre équestre, les techniques de combat et l'art de la monte à cheval.

En 741, pour parfaire son éducation, son père lui proposa de rejoindre Mécène à Rome, l’ami d’Auguste et de Plancus, qui avait participé aux campagnes de Modène, de Philippes et de Pérouse avant de devenir protecteur des arts et lettres et administrateur de la Capitale. Ainsi, sous l’égide de son mentor, il côtoya notamment Horace, Ovide et Virgile.

Le sénat vient de décréter la construction de l’Ara Pacis Augusta, déclara Mécène un soir, au cours du souper qu’il donnait en l’honneur de ses amis. Il doit symboliser la paix et la prospérité de notre empire.

Et un peu la gloire de l’empereur, dit en souriant Virgile.

Ne soyons pas caustique, il est de retour à Rome après trois ans d’absence pendant laquelle il a tout de même réorganisé les provinces du sud de la Gaule narbonnaise et mené des opérations de pacification en Hispanie, souligna Horace.

J'ai appris ce matin, que la constitutio (l’inauguration du début des travaux) aura lieu le 4 juillet prochain, c'est à dire dans une semaine, dans la zone septentrionale du Champs de mars  sur la via Flaminia, précisa Ovide.

Allons mes amis buvons à cet Autel de la Paix, dit Mécène. Un monument à la gloire de la Paix mérite qu’on s’y intéresse !

Et tous levèrent leur coupe et burent « à la paix ! ». Ils se rendirent à la constitutio du 4 juillet 741 où l’empereur prononça un discours ovationné par la foule, les prétoriens et les sénateurs lorsqu’il termina son patrigot en décrétant :

-  Le 4 juillet sera la fête de la paix et les magistrats, les prêtres et les vierges vestales procéderont à un sacrifice anniversaire. 

L’Ara Pacis Augusta fut édifié entre 741 et 745 (9 av J.C.). Les noms des artistes qui ont participé à l'élaboration du bâtiment et des décors ne sont pas connus, mais le style artistique laisse penser à des artistes venus de l'Orient hellénistique. Lunatix, du fait de sa connaissance du nombre d’Or contribua avec les architectes à l’harmonie des formes et des dimensions du temple.

La dedicato (cérémonie de consécration solennelle aux dieux et début du fonctionnement de l’édifice) se déroula le 30 janvier 745, jour de l’anniversaire de Livie, épouse de l’empereur ce qui souligne sans conteste, l’aspect dynastique du monument.

Lunatix fréquentait de nombreux officiers de l'ordre équestre et était parfois convié à suivre leur entraînement. Tartempio, l'avait bien formé et les vétérans appréciaient sa dextérité comme cavalier et dans les affrontements simulés au glaive. Pendant les pauses, il s'était lié d'amitié avec Paulus Junilius dont le père avait combattu au côté des cavaliers sarmates pendant la guerre des Gaules et s'était retiré en Syrie.

Nous ne sommes plus en guerre avec l'Empire Parthe, lui dit-il. Je vais être caserné près des terres offertes à mon Père  du côté de Palmyre. Je serai honoré de t'y recevoir si tu as l'occasion de te rendre dans cette province.

Pourquoi pas! répondit Lunatix, je retourne à Lugdunum recevoir ma charge de correspondant auprès des légions comme le faisait mon Père, le destin nous permettra certainement de nous revoir.

Fin de l'épisode, à suivre

12e épisode - Trion - les voies romaines

Misère de bon sang de bois, une poutrone que venait juste d'avoir ses trente et un ans quand elle a dépoté son géranium en se faisant piquer par un aspic. Cléopâtre aurait mieux fait de venir en villégiature à Lugdunum. Je connais un traiteur qui mitonne des aspics au jambon, un délice et rien à voir avec cette saleté de vipère vénimeuse. En tous cas, ça risque pas de m'arriver car la seule fois où je me suis trouvé nez-à-museau avec un serpent siffleur, il a pas eu le temps de réciter ses grâces que j'ai saisi une bêche et je l'ai coupé en rondelle puis, pour faire bonne mesure, j'ai versé dessus une bonne giclée d'essence avant d'y mettre le feu. Il ne restait plus du reptile, qu'une merguez grillée. Faut dire, je crois, que j'ai un peu peur des serpents alors comme les Volfoni des tontons flingueurs, quand j'ai les chocottes, je massacre, je ventile et je disperse façon puzzle. Je vous y dis comme ça mais faut pas me faire peur !

Avec la mort de Cléopâtre qui fut la dernière reine et aussi pharaonne, l'Egypte devint une province romaine. A quelque chose malheur est bon, lassé de toutes ces guerres fratricides, et après cette dernière tragédie, l'an 725 marqua le début de la Pax Romana avec le Triomphe à Rome d'Octave qui, deux ans plus tard, le 16 janvier, sur l'initiative de Munatius Plancus, devint Auguste et empereur en instaurant le Principat*.

Cette même année Lugdunum devint capitale de la Gallia lugdunensis (Gaule lyonnaise). Comme quoi, la reconnaissance des Grands reste toujours possible. D'autant que Fabulix qui était retourné en Gaule, n'oubliait jamais d'envoyer à son ami par colissimus (envoi rapide à l'aide de coursiers à cheval) un assortiment de sabodets, paket d'couann, bugnn et Cokons (friandise faite à base d'une pate d'amande et d'un praliné ou concassé de noisette mélangé à du sucre de betterave trempé dans un marc de raisin; cette recette évoluera au fil du temps, mais rares sont les personnes qui en connaîssent l'origine. Mes belins, belines, je ne saurais trop vous conseiller d'essayer cette formule: c'est à s'en lécher les cinq doigts et le pouce).

La nouvelle cité commençait à avoir fière allure depuis sa création il y a seize ans, d'autant qu'elle bénificiait des faveurs d'Auguste qui y installa son gendre Agrippa, son beau-fils Tibère, le frère de celui-ci, Drussus et le fils de ce dernier Germanicus. Faut dire que la gastronomie n'était pas le seul atout de la ville qui était située à un endroit stratégique et économique d'où partirent les quatres grandes voies romaines:

la Narbonnaise (Narbonne et Massilia),l'Aquitaine (vers les pays des Santons),l'Océane (par le pays des Bellovaques et des Ambiens) et la Rhénane. L'épicentre se situait à la hauteur de la place de Trion, en haut de la montée de Choulans qui serpente en grimpant à main droite de la sortie sud du tunnel de Fourvière.

Quelques chipoteurs et marque-mal vous dirons:

- Pourquoi cette place s'appelle Trion de trivium "les trois routes" vusse qu'il y en a quatre?

Ce à quoi je rebrique:

- Bougue de caquenano, niguedandouille, artoupan toujours là à faire reproches ! S'il y a trois routes, c'est à cause que les voies océanes et rhénanes commencent à Trion et se séparent à la hauteur de Vaise quand à la petite route qui rejoint la voie d'italie qui vient de Rome ou qui s'en retourne, elle compte pour du beurre !

Outre le fait que le général Agrippa gendre d'Auguste ait promulgué Lugdunum capitale des Gaules, il lança la construction du premier des quatres aqueducs qui alimenteront la ville en eau. Ce premier ouvrage long de 26 km, 10 à vol d'oiseau, partira de la Fontaine du Thou à Poleymieux-au-Mt-D'or pour atteindre le quartier des Minimes où subsiste encore les vestiges des thermes qui jouxtent le Théatre Antique. Il faudra attendre l'an 734, (20 avant J.C.) pour que l'ouvrage soit terminé et opérationnel.

Pour les ceusses qui voudraient en savoir plus sur les aqueducs romains de Lyon, je conseille ce petit ouvrage, pas cher, très bien documenté avec de belles images et qui fera pas de tort à vos pécuniaux. En plus il est rédigé par le mami Jean Etèvenaux, historien, un bien brâve gone qu'à fait une conférence aux amis de Lyon et de Guignol en novembre 2012 sur "Lyon au temps de Guignol".

Glossaire:

Principat - Sous prétexte de la sauver, le principat a le goût de la République, garde les institutions de la République, mais en fait il instaure l'Empire. 

Santons - peuple de la Gaule celtique établi entre l'estuaire de la Gironde et le Marais Poitevin.

Bellovaques - peuple de la Gaule Belge. Installés dans le département de l'Oise, ils donnèrent leur nom à la ville de Beauvais.

Ambiens - Installés dans la Somme, capitale Samarobriva (Amiens), ils aidèrent Vercingétorix contre jules César.

Fin de l'épisode, à suivre ... 

11e épisode - Cléo l'égyptienne

Pendant la guerre de Pérouse, Munatius avait malencontreusement pris le parti de Fulvie contre Octave, alors pour se faire oublier, il partit rejoindre Marc Antoine en Egypte en prétextant que c'était pour le surveiller.

Il fut chaleureusement accueilli par le triumvir.

- Avé Lucius! Je prépare une expédition contre les Parthes, mais avant, je dois m'assurer que la reine Cléopâtre soit partante. Nous sommes invités mes officiers et moi-même à un souper un tantinet orgiaque, sur son bateau. Joins-toi à nous.

Autant demander à Gnafron de refuser la lichaison d'un pot de Brouilly car Plancus réputé pour sa gourmandise ne se le fit pas dire deux fois et il accompagna Antoine pour participer aux agapes. Il n'y avait certes pas de tablier de sapeur, de grattons ou de paquet de couennes, mais c'était un mâchon que ne renieraient pas les bons gones. Leur hôtesse qui s'était laissé aller sur le vin miellé était un peu pompette. Les quinquets brillants, elle déclara :

- Je fais le pari de boire la boisson la plus chère que cette terre n'ait jamais connue, lança-t-elle.

Elle ôta la perle qui ornait sa boucle d'oreille et la fit dissoudre dans un petit bol de vinaigre. Elle ajouta cette mixture dans sa coupe (en forme de corne) emplie de méréotique, un vin blanc d'Egypte de Maréa près d'Alexandrie dont elle raffolait. Elle touilla rapidement et avala cul sec (parlant par respect) le breuvage.

Les musiciens ne jouaient plus, les danseuses aux seins nus avaient interrompu leurs danses lascives et les convives qu'étaient sciés, ne barjaquaient plus. On n'entendait même pas un moustique voler puisqu'auparavant (chinois ou autre) les mouches qui avaient imprudemment trempées leur trompe dans le bol, avaient calanché de suite ; je vous l'accorde, c'est un peu cher comme insecticide, mais très efficace. La reine qu'était toujours beurrée comme un petit Lu enleva la perle de sa deuxième boucle d'oreille et s'apprêtait à récidiver quand Munatius qui n'aimait pas qu'on gâche la nourriture l'interpella :

- Inutile de poursuivre, noble souveraine, ce premier verre vaut à lui seul tous les apéros auxquels j'ai participé ; par Jupiter, par Vénus, par Apollon et par mon statut de grand prêtre des libations j'affirme que tu as sans conteste gagné ton pari.

Sous les acclamations des participants au repas, Cléopâtre qui bichait comme un vieux pou, se retira dans ses appartements. Je dis ses appartements, mais c'était surement et d'abord dans son vomitorium, car essaye donc de boire un mélange de blanc avec du vinaigre à la perle de culture, ça doit te pitrogner l'estogome.

Marc Antoine s'était aperçu que le coffre de pièces d'or, offert à son arrivée en gage d'amitié entre le représentant de Rome et l'Egypte, contenait non pas des pièces égyptiennes, mais des pièces romaines à l'effigie de César ce qu'il considéra comme une offense et il partit, en titubant un peu car il avait lui aussi mouillé le cornet, rejoindre la reine dans ses appartements pour lui exprimer son courroux.

La discussion a dû être animée car il y resta toute la nuit. Des médisants affirment qu'ils se sont réconciliés sur l'oreiller, mais ceci ne nous regarde pas. En tout cas l'idylle dura dix ans avant la fin tragique des deux amants après la défaite navale d'Actium en 723 et la prise d'Alexandrie le 1er août 724 (30 avant J.C.). 

Pour faire court, rappelons que Marc Antoine avaient pris la pâtée contre les Parthes, Munatius Plancus s'était rallié à Octave qui avait estourbi en 718 Sextus Pompée le dissident, puis évincé Lépide et il avait été vainqueur en Dalmatie et Pannonie (partie est de l'Europe Centrale). Octave avait alors remonté le Sénat contre les turpitudes de Marc Antoine avec son Egyptienne et obtenu en 722 que la guerre contre l'Egypte soit déclarée.

Octave restait donc seul sur le terrain pour devenir le nouveau César.

La face du monde aurait pu changer si Cléopâtre avait écouté son devin Nostrafabus qui l'avait pourtant mise au parfum et en garde contre Antoine en lui déclarant .

Ne l'écoute pas quand il te dira:

Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays d'où il ne pleut pas.

Je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière

Je ferai un domaine ou l'amour sera roi, où l'amour sera loi, où tu seras reine

Ne l'écoute pas quand il te dira:

Je me cacherai là, à te regarder danser et sourire et à t'écouter chanter et puis rire

Laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre, l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien.

Je t'en supplie ma Reine, ne l'écoute pas, ne l'écoute pas, ne l'écoute pas...

Seulement voilà, les gisquettes aiment bien quand un gone leur dégoise des fredaines. Faut dire que lorsqu'on aime, on oublie toute prudence. Ce ne sont pas Roméo et Juliette, Tristan et Yseult, Milord d'Edith Piaf ou l'Amant de St Jean de Lucienne Delyle qui diront le contraire. Et je ne parle pas du grand Jacques Brel !!! Quoi que !

Mais ceci est une autre histoire.

Fin de l'épisode, à suivre...

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