Épisodes 4 à 6

Épisode 6 - Faisons les présentations

J'ai des envies de voyage. L'Océanie, Bora-Bora, les vahinés... Tu connais ?
Pourquoi ? Tu veux m'emmener ?
On n'emmène pas des saucisses quand on va à Francfort.
T'aurais pu dire "Une rose quand on va sur la Loire". Question de termes

André Pousse et Dany Carrel, Le pacha.

Où nos amis les nains entrent en scène.

J’entends déjà quelques pisse-vinaigre qui ricanent en disant :
- Il nous bourre le mou. La princesse s’est mise aux fourneaux à dix-huit heures…  il lui a bien fallu deux heures pour préparer la bectance… tu rajoutes le souper et la lecture de Mademoiselle… Ça fait bien tard pour rentrer du boulot, même avec les embouteillages ! Combien t’est-ce d’heures qu’ils grattent les petits z’hommes ? C’est du grand n’importe quoi !

 A ceux-ci, je réponds par un silence attristé et comme le disait le capitaine Haddock : - Que les espèces d’analphabètes diplômés, de Cyrano à quatre pattes et de bougres d’extraits de cornichons se taisent. C'est vrai quoi ! S’il fallait relever toutes les incohérences des contes, fables et récits fabuleux, quand est-ce que les humains trouveraient-ils le temps de rêver ? Alors oui, bien sûr je confirme qu’il est tard et je précise qu’il se fait dans les vingt et une plombes à la dégoulinante de la bastoche, seulement, il y a une explication ; alors ne soyons pas impatients et laissons-nous bercer par la magie du moment, rangeons notre feuille d’impôts au fond du tiroir, oublions les désagréments de la journée, rajoutons un coussin ou deux pour être confortablement installé dans notre fauteuil préféré et sans plus attendre, savourons la suite…

Nous sommes vendredi et comme il se doit, pour fêter la fin de la semaine de turbin, nos travailleurs ont coutume de se rendre chez Tante Yette, une bistrote qui tient un petit caboulot au bord de la rivière qui serpente non loin  de leur mine. Le troquet est réputé pour son accueil. Tante Yette est une femme accorte qui avait été hôtesse d’accueil chez madame Glaude, une maison réputée du quartier de St Germain des prés. Après avoir pris sa retraite et avec ses éconocroques, elle avait casqué ce petit estaminet où elle régale les michetons avec ses spécialités de poissons : perche, sandre, brochet… C’est aussi l’endroit où le soir quand il fait beau, à l’heure de l’apéro, les habitués savourent leur pastaga sous la tonnelle. Et ce jour-là, après s’être mouillé la meule, nos amis rentrent à la maison à pinces, le piochon sur l’épaule, en chantant, car vu qu’ils sont un peu chauds de la cafetière, ils ont laissé leur bagnole chez Yette.

En arrivant, ils déposent leurs outils dans le cabanon et après avoir tiré la chevillette de la porte d’entrée, la bobinette cherre et la porte s’ouvre. Ils entrent et s’interloquent de conserve en s’entrechoquant dans l’entrée, les uns sur les autres. Le premier qui cause, c’est Roger la science dit Cosinus, le chef de la bande.
Vous y savez comme moi, dans une bande il y a toujours un chef car force est de constater, que depuis la nuit des temps… et même le jour… dès lors que des michtons se regroupent, il y a toujours un mec à la redresse qui est  légitimé par ses potes, ou bien qui s’autoproclame (parce que c’est lui qui pisse le plus loin) sans que personne ne moufte. Chez nos amis, le leader s’est révélé naturellement puisque Cosinus est aussi le proprio de la mine. Le petit groupe comme nous l’allons voir, forme un petit microcosme de personnalités marquées et attachantes. Faisons les présentations :

Cosinus se distingue de ses autres compagnons parce qu’il porte une paire de lorgnons demi-lunes qui accentuent son côté intello. Son visage rond et poupin est éclairé d’un sourire bienveillant. Son front dégarni précède une chevelure argentée longue et enserrée en queue de cheval qui affleure ses épaules. Ses moustaches à la gauloise sont bien taillées. Il porte une chemise unie bleue, un gilet à poches assorti, un jean noir et une paire de boots noirs. Avec ses poteaux, il a monté une société coopérative et participative de production. Tout baigne entre eux, les décisions sont collégiales et personne ne tire au flanc en se mettant au caduche pour émarger à la sécu à la première égratignure.

A sa droite, se tient Jules le mastard dit Hercule. Crâne chauve, moustaches façon cosaque, genre Tarass Boulba, yeux clairs et perçants. Il porte une chemise sans manches à carreaux, largement échancrée sous un gilet de cuir à demi fermé par un lacet, laissant apparaître une musculature impressionnante, un jean bleu nuit et une paire de Santiags. De descendance Celte, il avait été champion du monde catégorie poids mouche dans le lancer de troncs d’arbres, sport traditionnel écossais des Highland Games. C’est lors d’une compétition qu’il avait rencontré Cosinus quand celui-ci bossait pour une boîte qui faisait partie des sponsors, la société TBM « Trucs Bidules et Machins » Voici brièvement la genèse du pourquoi du comment de la mine.
- Concepteur en robotique, Ingénieur à Grenoble et maître de conférence en philosophie appliquée à prendre la vie du bon côté, Cosinus avait fait fortune et obtenu le premier prix de la bureaucratie reconnaissante pour avoir créée une puce électronique qu’il avait baptisée « terminalheur », laquelle, implantée dans une horloge déclenchait à l’heure programmée, une sonnerie de clairon militaire. L’ensemble des cabinets ministériels par le truchement des syndicats de la fonction publique en avait fait l’acquisition car cela permettait, en se déclenchant cinq minutes avant la fin du service, de réveiller le technocrasse assoupi sur son dossier pour qu’il quitte son poste bien à l’heure. Cosinus décida alors d’investir son blé dans l’achat d’une mine. Il lui fallait recruter une équipe pour son exploitation et Hercule qu'il avait sponsorisé par le passé fut le premier à accepter.

A la gauche de Cosinus nous apercevons Paul la tremblote (affublé d’un léger tremblement de la paluche gauche, son toubib lui a conseillé de ne pas sucrer les fraises) surnommé Dynamite : les sourcils froncés, ses cheveux ondulés châtains clairs, mi- longs à hauteur de ses épaules encadrent un visage glabre et taillé à la serpe. Il porte sur un marcel blanc, une veste et un pantalon de treillis kaki. Son large ceinturon est aussi une cartouchière où il range ses petits bâtons d’explosifs. Il est chaussé de rangers en cuir avec lacets et boucles qui lui enserrent bien les chevilles. Il est considéré comme une pointure en explosifs car il avait, c’est le moins qu’on puisse dire, mouillé la chemise avec l’Irlandais Red Adair, en le secondant dans l’extinction des incendies de puits de pétrole. Il rentrait tout juste d’une mission africaine où la société de protection des pachydermes « Défense d’ivoire » l’avait embauché comme mercenaire pour éradiquer le braconnage. Les salaupiauds qui s’adonnaient au trafic de défenses avaient vite abandonné leur turbin car Dynamite faisait non seulement peter dans de gigantesques feux d’artifice leur arsenal, mais aussi leurs véhicules et leurs campements. Plus d’un s’était retrouvé en slip et chaussettes, les cheveux cramés. La maffia avait collé un contrat sur sa tête et c'est pour se mettre au vert qu'il accepta de s’associer avec Cosinus. 

Voici maintenant Pierrot belle gueule, dit le Dandy : il avait été un peu décorateur, un peu styliste ; il dirigeait une équipe de couturiers qui grattaient au noir dans le quartier de Belleville. Quand la maison poulaga s’intéressa de trop près à son commerce, il prit une prudente retraite et intégra la joyeuse bande, en qualité de conseiller commercial car il a des aminches du côté d’Amsterdam. Il se distingue par sa tenue impeccable. Toujours tiré avec les quatre épingles, il porte un ensemble veste et pantalon en velours côtelé vert bouteille, bottines en cuir brun foncé. Mince, le dos droit, il a le visage impeccablement rasé avec une fine moustache à la Clark Gable, les yeux noirs et la chevelure gominée plaquée en arrière. 

Lucien l’estome, dit Bouftou croque quelques grattons qu’il a ramené du bistrot dans un cornet en papier. C’est le cuistot de la troupe : le visage rougeaud et jovial, il a les cheveux coupés en brosse, rondouillard, il porte une chemise à rayures bleues et blanches (ça mincit dit-il !), un pantalon de serge gris à chevrons, tenu par une paire de bretelles, une veste de toile non boutonnée (trop difficile), et des bottillons de cuir. Cosinus avait fait sa connaissance à Bouffémont, un relai-château deux fourchettes au guide Michdepin où Lucien oeuvrait en qualité d'aide-cuistot chef.  

À ses côtés, Fred Boulier, le comptable, dit Grisbi est de corpulence moyenne, il porte un ensemble blazer bleu marine avec pantalon gris, une chemise bleue pastel et est chaussé d’une paire de boots. Ses cheveux longs et ondulés sont relevés en chignon. Il a toujours, coincé derrière l’oreille gauche, un petit crayon de papier et dans la poche de sa chemise, un petit calepin qui lui sert à noter les recettes et dépenses et les tarifs des produits et objets affichés en vitrines pour faire jouer la concurrence. Sans l’aide d’une calculette il est capable de résoudre des opérations très complexes. Il a intégré l’équipe sous une nouvelle identité, dans le cadre d’une intervention des services spéciaux de protection des témoins. On prétend qu’il serait à l’origine de l’arrestation de quelques parrains de la mafia en dévoilant leurs systèmes de blanchiment d’argent ; lui aussi fait l’objet de plusieurs « contrats ».

Jeannot l’artiste, dit Rêveur, termine notre panel de gais lurons. Il a été recueilli par Cosinus un soir de Noël, alors qu’il était en train de se geler les arpions sous la maigre protection de quelques cartons, après qu’il eut brûlé sa dernière allumette. Ami des animaux, musicien, et capable de reconnaitre toutes les plantes, il n’avait aucune notion de l’argent et ne se souciait pas des biens matériels. Il était donc exploité par ceux qui abusaient de sa naïveté et le faisait gratter pour des clopinettes. Il se retrouvait ce jour-là sans domicile, incapable de payer un loyer. Cette année, l’hiver était aussi rude et sec que le cœur des habitants de la bourgade où il avait exécuté un petit travail ; il aurait pu calancher et plier son pébroque sans l’intervention de Cosinus. Pour la petite histoire, le village s’appelle Hamelin. Le conseil municipal lui avait promis une valoche de pascals s’il parvenait à évacuer les rats qui envahissaient la ville. Il s’était acquitté de sa tâche en attirant les bestioles au son de son harmonica. Il les entraîna hors du bourg où il les fit patienter en leur promettant de revenir. Lorsqu'il retourna à la mairie et voulut passer à la caisse, en guise de pascals, il ne reçut que quelques fifrelins.Quelques jours plus tard, lassés d’attendre, les rats revinrent à Hamelin et se tapèrent la cloche en boulottant le contenu de toutes les caves et greniers. Rêveur fut tout de suite accueilli et adopté par ses six autres camarades. Comme tout un chacun, il bosse à la mine et s’est spécialisé dans la confection de potions, remèdes divers, boissons revigorantes et herbes aromatiques. Il est en quelque sorte le soigneur de la troupe. Peu soucieux de son apparence, souvent mal sapé et mal coiffé, Dandy veille à parfaire ses tenues. De son côté, Bouftou qui apprécie ses talents dans la cueillette et le bon usage des herbes est aussi son protecteur et son ami qui le prend fréquemment comme assistant dans sa cuisine.

Les présentations étant faites poursuivons. De l’étage, leur parvient le faible ronflement d’une personne endormie lorsque Cosinus prend la parole. 
Quoi t-est-ce donc qu'il propose ?

Fin de l'épisode, à suivre...

Les sept nains

Réponse A - Ce ne sont pas des grognements de bête fauve, laissons se reposer la personne qui nous a concocté ce repas, on avisera ensuite !
Réponse B - Sortez l'artillerie, on va grimper façon GIGN et jeter l'individu dehors.
Réponse C - Qui est le farfelu qu'a embauché des extras pour nous faire passer le message subliminal que l'ami Bouftou n'est pas à la hauteur ! il ne s'agit pas de sa taille, mais de sa compétence.
Réponse D - C'est peut-être un piège. Dynamite, entre et vérifie s'il n'y a pas de bombe planquée ! Rêveur, prend un échantillon de soupe et assure-toi qu'elle n'est pas empoisonnée ! Les autres tous dehors avec moi, nous allons sécuriser le terrain !

Glossaire

Pisse-vinainaige - comme les fesses-tristes ou les culs-coincés, ce sont des casseurs d'ambiance toujours prêts à la critique négative.
Micheton - il s'agit tout d'abord du client d'une prostituée et par extention, c'est un client ordinaire ou un individu simple et sans malice.
Se mouiller la meule - s'abreuver, boire beaucoup ; nous avons ici un paradoxe car meule est pris dans le sens de gosier alors qu'en argot, utilisé seul, meule désigne soit les fesses, soit une mobylette.
Mec à la redresse - celui qui commande et qu'on écoute. Un vrai chef, pas un chefaillon.
Ca baigne, tout baigne - sous entendu dans l'huile, le beurre ou la margarine, pas dans l'eau ; autrement dit il s'agit de lubrification pour dire que tout fonctionne bien et qu'il n'y a pas de friction.
Se mettre au caduche - c'est tirer au flanc, faire semblant d'être malade ; s'emploie dans le monde du travail pour celui qui par fainéantise feint la maladie, va voir son toubib et se met à la sécu.
Gratter - comme bosser, turbiner, trimer... c'est travailler dur : il existe une centaine d'expressions qui précisent "la qualité" du travail ; par exemple, celui qui travaille au noir et utilise le matériel de son patron, il perruque.
La maison poulaga - ou maison : j'tarquepince, poulman, bourreman, parapluie, relève du commissariat de police. La grande Maison c'est la préfecture.
Se geler les arpions - la sensation de grand froid, se fait sentir quand on se gèle les doigts de pieds.
Une valoche de pascals - une valise de billets de banque, le pascal valait cinq cent francs, aujourd'hui ce pourait être des billets de cent euros, mais il n'y a pas notre Pascal.
Se taper la cloche - c'est faire bombance.

Épisode 5 - L'installation

Méfiez vous des auberges qui affichent « ici cuisine soignée »
Car une cuisine soignée est une cuisine malade.

Pierre Dac

Où la princesse ne rechigne pas aux tâches ménagères "qui ne sont pas sans noblesse", comme le disait Paul Volfoni (Jean Lefèvre) dans les Tontons flingueurs.

En franchissant le perron, elle marque un temps de recul. Je n’te raconte pas le bocson qui régne à l’intérieur. Ou plutôt si, parce que ça vaut son pesant de gratons. Dans la souillarde, sur la pierre d’évier, une tonne de vaisselle y est entassée. Sur les dossiers des chaises, des liquettes, falzars et fumantes traînent.
Elle commençe par ouvrir les fenêtres pour aérer. Elle atchoume et ratatchoume soulevant la poussière d‘un bouquin cloqué sur une étagère près de la porte d’entrée à côté du bigophone. Par chance, cela lui permet de l’identifier, pas le bignou, le bouquin ! Il s’agit du recueil des Pétété, les pages jaunes de l’annuaire ‘’A ton service M’dame ! ‘’. Elle relève quelques numéros, et pour ne pas chopper une mycose en utilisant le bigo douteux de la casbah, elle sort son portable de son sac Vuitton et donne deux ou trois coups de turlu. A la société ‘’Crapoto Basta’’, (livraison en vingt quatre minutes chrono) elle commande deux barils d’OMO, du savon de Marseille, des pattes mouilles, des éponges et des gratounettes, puis elle prend rencard avec quelques spécialistes anti-crassouille.

La mère Denis et ses amisQuelques broquilles plus tard, la mère Denis se pointe avec ses machines ‘’Vedette mérite votre confiance que c’est ben vrai ça’’, qu’elle sort du coffre de sa Simca 1000 break. Monsieur Propre et son sourire niaiseux en roulant des biscotos, atterrit à cheval sur son balai, suivi de canard WC qui arbore fièrement son goupillon à chiottes. Tout ce petit monde se met au turbin et mouille la chemise jusqu’à temps que la baraque soye redevenue nickel chrome, que les frusques soient passées au lave-linge puis au sèche-linge et repassées.
Notre chouquette sort son morlingue en skaï vert anis (un cadeau Yves Rocher). Elle se fend de vingt sacs à chacun des turbineux. Elle prépare quatre solides casse-dalles, jambon, beurre, cornichons, et fait péter le bouchon d’une boutanche de rouquin dégottée à la cave. Après s’être requinqués, les nettoyeurs s’apprêtèrent à mettre les adjas laissant Blanche Neige se coltiner les finitions.  

- Salut ma Belle, lui dit la Mère Denis après qu’elles se soient fait péter la miaille ! Ce fut un plaisir de bosser pour Toi, mais quand faut y aller, faut partir. Nous sommes attendus pour une nouvelle mission impossible, c’est à dire le sauvetage habituel de la ménagère de cinquante piges trop accaparée par les sondages à la mords moi le petit doigt, et à lorgner à la téloche « les feux de l’amour » pour s’affranchir de ses obligations lessivielles.  

Seule dans la carrée, Blanche neige fait le tour du propriétaire. Le rez-de-chaussée est constitué d’une grande pièce à vivre avec coin cuisine intégrée de chez Kikiéla et une pièce vide qui sert de débarras. Elle place les sept écuelles, les sept godets, les sept opinels et les sept piquantes dans le buffet à coté des galtouses et d’une grande marmite en fonte. Le linge plié est rangé dans une armoire taille basse de la piaule de l’étage oùsqu’il y a sept petits lits. A coté de la chambre-dortoir, se trouve un salon bibliothèque avec sept petits fauteuils, une téloche à écran full hd et un bureau avec plusieurs ordinateurs portables. Tout ceci remue les boyaux du cerveau de notre minette car à l’étage, tout est propret et bien rangé et en plus elle a remarqué la présence de matos qui ne correspondent pas à ceux de morveux en colo. En effet, sur les chevets, les trousses de toilettes contiennent des coupe-choux, des blaireaux et du savon à barbe.
Elle sort de la cahute. A gauche des petits lavabos, elle ouvre un cabanon qui contient des outils de mineurs, pelles, pioches, lampes frontales et tout un barda hétéroclite. Sur un mur est accroché le poster d’un homme âgé. Il est souriant et a l’air très gentil ; il est grand et rondouillard. - C’est drôle ! pense-t-elle. Il me fait songer à quelqu’un avec sa barbe blanche, sa grande houppelande rouge bordée d’hermine, et son bonnet assorti. Elle rallège dans la carrée.

Le coucou suisse gicle de son nichoir pour annoncer qu’il se fait dans les dix-huit plombes. Notre Princesse qu’était assise sur une flaneuse (chaise) se lève et décide de s’occuper du frichti. A côté de la souillarde, une chambre froide bien achalandée, contient de quoi alimenter un régiment.
- C’est parfait se dit-elle en descendant l’escalier de bois qui mène à la cave où les légumes sont entreposés. Ayant choisi et remonté les ingrédients dont elle a besoin, elle allume et place sur la plus large plaque du poêle à bois, la grande marmite en fonte avec quatre litres d’eau où elle jette une petite poignée de gros sel. Elle prépare un kilo et demi de choux pommés en ôtant les feuilles défraichies et en les coupant en gros quartiers. Dans une casserole d’eau frémissante, elle les fait pocher une dizaine de minutes, les met à égoutter, les rince à l’eau froide et les réserve dans une grande passoire pour qu’ils égouttent de nouveau. Elle épluche les légumes qu’elle hache grossièrement au hachoir manuel à bascule. Il y a quatre carottes, deux navets boule-d’or au goût noisette, deux navets classiques, deux raves et un panais (sorte de radis noir au léger goût de noisette lui-aussi), trois petits cerfeuils tubéreux et une branche de céleri vert. Elle jette le tout, légumes et choux dans la grosse marmite d’eau bouillante et lorsque l’eau reprend son bouillonnement, elle diminue le feu pour que l’ensemble cuise en eau à peine frémissante. Elle cisèle très fin, un oignon rouge et deux échalotes qu’elle fait blondir à la poêle en les assaisonnant d’un mélange d’épices composé d’ail, de persil séché, thym, piment, graine de moutarde et cumin (deux bonnes cuillères à soupe). Elle disperse le tout dans la marmite en touillant un bon moment pour que tous les ingrédients se mélangent. Elle sort de la chambre froide deux pieds de cochons et deux grosses tranches de lard qu’elle coupe en cubes grossiers (le lard, pas les pieds) et les rajoute dans la marmite. Elle laisse mijoter en diminuant encore le feu, une bonne plombe, après avoir recouvert la marmite d’un couvercle comportant quelques fines ouvertures sur le pourtour, d’où une légère fumerolle s’échappe embaumant la cuisine d’une délicieuse odeur. Je conseille à tout un chacun, lors des longues soirées d’hiver quand il fera bien froid, de réaliser cette recette de soupe aux choux. Croyez-moi, vous sortirez de table non pas tout gonfle, mais bien benaise

Pendant que la soupe mijote, elle se rend dans la salle de bains, se démaquille et fait une légère décrassouillette. Puis elle se loque avec sa grande chemise de nuit (mais d’où qu’elle la sort ? de son sac Vuitton bien sûr !) blanche en pilou brodée de fleurs roses et bordée (sympa les anagrammes ! Moi j’aime bien) de dentelles aux poignets et sur la bordure du décolleté, ainsi que des volants en organdi froufroutant sur le bas. C’était une chemise longue de forme empire. Ensemble convenable il se doit, car je rappelle aux éventuels claqueposses, c’est-à-dire aux contemplatifs aimant se rincer l’œil en regardant les nourrices qui allaitent les petits les jours de beau temps en place Bellecour, que nous sommes dans un conte de fées et que donc, elle ne s’est pas loquée avec une nuisette babydoll. Circulez y’a rien à voir !

Elle a également sorti sa trousse de toilette, ainsi qu’une paire de pantoufles de vair que lui a offert une sienne cousine d’un royaume voisin, la princesse Cunégonde Cendrillon. Comme vous pouvez le constater, notre princesse ne sort jamais sans biscuit, mais c’est fol dingo tout ce qu’elle peut fourrer dans son sac. Je dis ça pour les mectons bien sûr car les nanas sont au parfum ; elles savent bien que leur besace doit contenir l’indispensable nécessaire permettant d’affronter toutes les situations.

Après avoir grignoté quelques gratons, bu un bol de soupe, croqué une pomme (royal gala bien sûr) et placé la marmite dans un coin tiède du fourneau pour que l’ensemble reste chaud, elle tire de son sac, le dernier numéro de Gala, l’hebdomadaire des têtes couillonnées. Parmi les articles, elle survole les mœurs équivoques de Peau d’âne et de son paternel qui sont montés en mayonnaise, et apprend que les aventures sentimentales du Chat botté qui change de minette comme de liquette inquiètent Casanova qui vient de perdre sa première place au palmarès des coureurs de jupons. Le Petit Poucet est devenu marquis de Carabas après avoir récupéré le château de l’ogre, (lequel fut envoyé aux galères pour avoir bouffé ses filles) et il vient de partir en croisière sur un nouveau paquebot de luxe ‘’Le Titanic’’. Il y a aussi un encart sur le roi Catodik qui gère dans l’empire, le monopole des écrans plats, LCD et plasma, et qui vient de décréter trois jours de deuil national suite à la disparition de son fils, et après avoir mis une annonce sur sa page « fessedebouc ».

Blanche-neige ne lit pas longtemps. Elle se sent lessivée et grimpe les escadrins, faire une petite pioncette dans la chambre, où elle rapproche deux petits lits pour ne pas avoir les arpions qui dépassent.
- Je vais me reposer un chouia jusqu’à l’arrivée des proprios, se dit-elle ! Elle vient juste de rejoindre les bras de Morphée lorsqu’ils arrivent.

Fin de l’épisode… à suivre !

Que va-t-il se passer ?

Réponse A - Les nains qui détestent les squatteurs, vont virer la princesse et son sac Vuitton dehors. C'est reparti pour une nuit d'angoisse.
Réponse B - Les nains, qui détestent la reine, vont fêter l'arrivée de Blanche-Neige en débouchant un magnum de roteuse "Don Perignon 1921" (la cuvée de prestige). C'est parti pour une nuit d'ivresse.
Réponse C - Émus par le récit de la princesse, les nains vont la garder sous leur protection. C'est parti pour une nuit d'émotion, sortez vos mouchoirs.
Réponse D - Les sbires de la reine étaient en embuscade et des l'arrivée des nains, comme pour la Saint-Valentin le 14 février 1929 à Chicago, les mitraillettes crachent. C'est parti pour une nuit de massacre.

Tout ceci m'a donné faim : je vous quitte, je vais faire tremper la soupe

Glossaire :
G
ratons - spécialité de la cuisine lyonnaise, le graton est surnommé à Lyon « la cacahuète Lyonnaise »et se savoure en guise d'apéro, avec un ballon de rouge ou un communard. Il est composé de résidus grillés de graisse et de viande de porc. Ceux de chez Bobosse aux Halles Paul Bocuse de Lyon sont un régal à s’en licher les cinq doigts et le pouce.
Liquette, falzar, fumantes – attributs vestimentaires, la chemise, le pantalon et les chaussettes.
Bignou, bigophone, bigo, turlu - quatre des treize façons de désigner le téléphone.
Rouler des biscottos - comme rouler des mécaniques, c’est frimer.
Morlingue - il s’agit du porte-monnaie féminin, celui avec le petit fermoir métallique à deux boules qui s’entrecroisent, d’où l’expression être constipé(e) du morlingue pour définir l’avare, qui volontairement n’arrive pas à l’ouvrir. Le porte-monnaie masculin est désigné sous le terme crapautard (Dictionnaire argotique des trucs, des bidules et des machins).
Claqueposse - dans les années trente, en place Bellecour à Lyon, il y avait un coin entouré d’une mini barrière décorative, réservé aux enfants avec des balançoires et des véhicules à pédales qui se louait à la demi-heure. De même les adultes pouvaient louer des chaises pliantes. Les jeunes mamans et nounous employées par la haute bourgeoisie, s’y arrêtaient pour allaiter les petits minots. Il y avait alors ceux que nous appelons des voyeurs, qui, à peine dissimulés par les tilleuls, s’embusquaient pour lorgner les seins des jeunes femmes et ces claquesposses (de posses, forte poitrine et surtout mamelles des animaux) étaient houspillés par les gens respectables qui les pourchassaient à coup de cannes ou de parapluies. Le terme est resté pour désigner celui qui sournoisement reluque les attributs féminin.

Épisode 4 - La petite maison dans la forêt

Ah qu’il est beau le débit de lait
Ah qu’il est laid le débit de l’eau
Débit de lait si beau débit de l’eau si laid 

Charles Trenet le fou chantant qui m’enchantait

Où la momignarde ne se laisse pas abattre ! 

Pendant ce temps, Blanche Neige, sans souci la griotte, trottine à travers bois, saluant au passage deux accros du tarot, deux écureuils qui tapent le carton après avoir fini leur journée de turbin à la Caisse d’épargne. L’un d’eux fume un joint et gouale comme Plastic Bertrand « ça plane pour moi ! » tandis que l’autre s’envoie derrière la cravate une eau-de-vie de noisettes préparée par le schtroumpf alcoolo qui est aussi bouilleur de cru.

FoxetcroaElle croise Croâ le corbeau facétieux dont l’activité principale est de faire tourner en bourrique sa victime habituelle, Fox le renard qui a l’inverse de ses congénères n’est pas un canidé rusé ; bien au contraire, il a tout du blaireau.
Le facétieux volatile décide ce jour-là de lui faire le coup du calendos fourré. Apercevant la princesse, Il met le bout de l’aile droite devant son bec pour lui intimer de faire silence. Celle-ci intiguée se pose discrètement sur une souche, derrière un petit bosquet. C'est alors que Fox qui rallège dans le coinstaud arreluque le pignouf de corbac qui, sur son touffu planqué tient dans son bec un coulant baraqué, un brie de Meaux AOP comme celui qui avait été couronné « roi des fromages » au Congrès de Vienne en 1815 au cours d’un dîner organisé par Talleyrand (pour les puristes qui vont encore la ramener en ricanant pour me dire que le brie est de taille impressionnante et il ne peut tenir dans le bec du volatile, je leur rebrique que bien sûr, mais après tout un corbac ça ne mange pas de fromage et on n’a pas fustigé La Fontaine pour autant ; alors n'ergotons pas sur la taille du coulant !)
Fox qui avait lu ses classiques croit tenir sa revanche. Il commençe à débloquer sur le ramage et le plumage de son ennemi lequel fait semblant de marcher dans la combine en lâchant le fromgi. Comme de bien s’accorde, notre renard s’enfile gloutonnement le brie et se retrouve la gueule en feu car Croâ avait assaisonné le fromage en le bourrant de piments d’Espelette.
Tandis que Fox fait feu des quatre fuseaux vers le plan d’eau le plus proche, Croâ se tord de rire sur sa branche.

- C’n’est pas bien ! Le gronde la princesse qui s’éloigne en pouffant sobrement vu qu’elle n’est pas une poufiasse.

Tout est donc normal et la vie s’écoule paisiblement dans la forêt. Toute occupée à  folâtrer, notre gosseline en oublie la nuit qui tombe : « boum ! ».

C’est un soir de pleine lune à faire le régal des loups-garous. La brise légère s’est renforcée et le vent souffle en courtes rafales, agitant les branches qui se déploient et créent des ombres effrayantes et fantomatiques pareilles à des spectres, fantômes, mouines et autres succubes qui frôlent et semblent menacer la princesse. Quant au bruissement des feuilles, il évoque les gémissements des damnés se tordant dans les flammes de la géhenne.

Ça fout les boules, non ! Même moi, quand je relis ce passage, j’en ai le traczir, le trouillomêtre à zéro. Quand tu penses qu’il y a des parents tartignoles qui dégoisent de tels contes de fées à leur petit merdaillon calé dans son page, prêt à rejoindre les bras de Morphée. Après ils tombent du cocotier en constatant le lendemain matin que le gamin énurétique a lansquiné dans ses plumes. Parfois et c'est jubilatoire, le moufflet cauchemardeux raboule dans leur carrée en braillant et complètement terrorisé il leur colle la lumière d’un halogène dans les mirettes, façon gestapo. Si vous voulez mon avis, et même si vous n’en voulez pas, de toute façon je vous le donne, je pense qu’il vaut mieux lire à son minot du Stephen King, ou le coller devant la téloche pendant les infos de vingt heures ; là au moins tu sais pourquoi il a les grelots.

Blanche Neige, toute chamboulée, et épuisée d’avoir trop cavalé, tombe dans les pommes, (comme ça on ne va pas y passer la nuit). Elle sort des vapes au petit matin, fait une petite décrassouillette à la baille d’un ruisseau, puis prépare son petit déjeuner en sortant de son sac Vuitton, une galette, un petit pot de beurre, sa théière, une dosette de Pretty Woman (c'est mon choix pour le petit déjeuner, c'est un thé vert Sencha de Chine parsemé de poivre rose, arômes fraise et vin mousseux ; Miss Damman, thé vert au citron, gingembre, fruits de la passion, n'est pas mal non plus) et son petit réchaud portatif.

Proprette et sustentée, elle s’enquille sur le chemin et crapahute de nouveau une partie de la journée sans, cette fois, croiser le moindre minou.

- Au moins, songe-t-elle, personne ne pourra rencarder ma belle-doche sur mon itinéraire. En tout début d’après-midi, elle commence toutefois à baliser dans la crainte de passer la prochaine nuit à la belle étoile, quand, au détour d’un chemin elle aperçoit …

Vous avez deviné bien sûr, Blanche Neige venait d’arnoucher une casbah au toit de chaume avec, dans la cour, sur le devant, un lavoir muni d’une pompe desservant sept petits lavabos.

Il doit s’agir d’une colonie de vacances, gamberge-t-elle. J’ai les arpions cramés. Je dormirais bien dans ce coinstaud qui me paraît bonnard. D’accord, ce n’est pas Versailles, mais quand t’es crevée, faut pas chipoter.

La lourde n’étant pas verrouillée, il lui suffit de soulever le loquet (elle aurait pu tirer la chevillette pour que la bobinette cherra, mais c'est plus compliqué) et elle s’encarre dans la turne. Dès qu’elle franchit le perron, elle bloque sur ses fumerons devant le spectacle qui s’offre à ses calots ébaubis...

Fin de l’épisode, à suivre.

Mais que Zieute donc notre gisquette ?

Réponse A – La reine mère qui, grâce à ses pouvoirs magiques et les infos de Gaston, l’a devancée et la reluque, ses yeux jetant des éclairs et un sourire sardonique aux lèvres.
Réponse B – Le prince Charmant (c’est son nom de famille) qui lui jabille en passant sa langue sur ses lèvres : « Alors ma gosse on se fait un petit caprice ! ». Il avait vu à la téloche la pub de "caprice des dieux".
Réponse C – Dans la piaule règne un désordre indescriptible (je ne décris pas pour ne pas choquer la ménagère de plus de cinquante ans), la table n’est même pas débarrassée et de la vaisselle s’empile sur la pierre d’évier de la souillarde).
Réponse D – Autour d’une table ronde, le roi Arthur est en train de donner leur feuille de route à six chevaliers qu’il charge de retrouver le Saint Graal, étaient présents : Lancelot, Perceval, Galaad, Gauvain, Dagonnet et Yvain.

Ça se corse ! comme disait Napoléon devant Moscou. A plus mes besons ! Je vous coque.

Glossaire :

Taper le carton  - jouer aux cartes.
Blaireau, pigeon, locdutermes désignant celui qui est facile à berner.
Arreluquerregarder fixement : en parler lyonnais on rallonge un terme pour en accroître l'intensité - arreluquer pour reluquer,  attatends pour attends... 
Calendos, coulant, fromgi -
Un calendos est toujours un camembert - coulant c'est aussi un fromage frais qui en vieillissant se met à couler voir se peupler de petits asticots (astibloches) ce qui donne l'impression qu'il "marche" - fromgi est le terme générique de fromage. 

Rebriquerrépondre du tac au tac
Traczir, trouillomètre à zéro, pétoche, grelots : au moins une quinzaine de mots désignent la peur avec des degrés d'intensité : de bloblote une petite peur à trouillomètre à zéro qui symbolise bien la peur glaçante et paralysante au degré zéro. De même avoir peur, baliser, se décline en plus de quarante expressions dont certaines croustillantes comme bander mou ou perdre ses légumes. Peureux possède aussi ses expressions imagées comme "avoir de l'eau de bidet dans les veines".
Lansquiner dans les plumes - faire pipi au lit
Arpions cramés - pieds brulants suite à une longue marche.
S'encarrer dans la turne - pénétrer dans la maison
Bloquer sur ses fumerons - se planter brutalement sur ses jambes, stopper.
Souillarde - A Lyon, les vieux appartements disposaient dans la cuisine, d'un renforcement, la souillarde, qui donnait sur le tuyau d'évacuation des eaux usées, il y avait l'évier et la pierre d'évier où nous entassions la vaisselle et où nous préparions les légumes ; ce coin comportait aussi une petite fenêtre en renfoncement du gros de mur, qui donnait sur la cour des immeubles et que la cuisinière ouvrait pour éviter la buée. Dessous c'étaient les produits d'entretien, seau et broc en fer blanc pour aller chercher l'eau à l'une des fontaines situées le long des trottoirs. Au-dessus, petits placards ou étagères accueillaient les gamelles, poêles et autre petit matériel pour préparer les repas. 

Ajouter un commentaire