Épisode 10 à 12

Épisode 12 – Mary Poppins et le peigne empoisonné

« Deux milliards d’impôts nouveaux ! 
Moi j’appelle plus ça du budget, j’appelle ça de l’attaque à main armée ! » 

Jean-Paul Belmondo, "La chasse à l’homme". 

Où la princesse trop confiante baisse la garde. 

La reine s’adresse à Platt-Fuss
- Je suis grillée comme vedette de la télé. Tu n’aurais pas dans tes cartons un personnage que je puisse incarner et qui redonnerai confiance à la mijaurée ?
Le sorcier maléfique plisse le front, signe d’intense réflexion jusqu’à temps qu’un sourire teigneux détende son visage :
- Tout le monde connait la gouvernante-magicienne qui gratte chez la famille Banks en s’occupant de leurs quatre moufflets. Distinguée et coquette, elle présente tous les critères d’une personne inoffensive et les momignards de notre contrée la connaissent. Qu’en penses-tu ?
- Tu ne crains pas qu’elle se méfie ? Londres, ce n’est pas la porte à côté. Comment vais-je justifier ma présence par ici ?  
- Te caille pas le raisin, je vais t’affranchir !  Platt-Fuss lui explique par le menu, son plan que la Reine accepte et le soir après avoir répété le mot magique indispensable pour conclure leur sinistre projet, elle part se jeter dans les torchons toute ragaillardie.

Très vite, elle est confortablement installée dans les bras de Morphée...
Pour les ceusses qu’auraient fait péter les cours de Mythologie, je rappelle que Morphée n’est pas une greluche, mais un greluchon. Dans la mythologie grecque, Morphée, dieu des rêves, est le fils d’Hypnos, dieu du sommeil et de Nyx, déesse de la nuit. Il est souvent représenté par un jeune homme tenant un miroir à la main et des pavots soporifiques de l’autre (c'est à dire l’ancêtre du chichon ou haschisch pour ceux qui ne maitrisent pas le parler jeune et que sont allés ni au collège, ni au lycée). Il donne le sommeil en touchant une personne avec ses pavots. Il lui procure également des rêves pour la nuit. Les bras étant symbole de sécurité mais aussi de force, on comprend pourquoi cette image est restée pour désigner une personne qui dort profondément.
La Reine fait un rêve chouettos : sa belle-fille a enfin passé l’arme à gauche et elle peut se pavaner à la cour où les échines-courbées rivalisent de tournures alambiquées pour vanter ses mérites et s’extasier sur sa beauté… Elle poursuit ses rêves maléfiques où cette fois, elle enferme par un sortilège, Gaston dans une lampe à huile ; elle en était au moment de savourer sa mauvaise blague, lorsque le Lapin Compte-Minute la réveille à la petite aube, sur le coup des six plombes et demi.
Pour les ceusses qui s’interloquent, précisons qu’il s’agit d’un gros lièvre blanc, cousin germain du lapin anglais d'Alice, une momignarde de la gentry qui crèche au pays de la mère Veille.
Celui-ci exerce les fonctions de réveille-matin car, à l'inverse de son cousin, il n’est jamais en retard. Il dispose, dans un  appartement, contigu à ceux de la marâtre, d'une petite pièce équipée d’un ensemble de trois sabliers. Le premier déverse son contenu en une heure, le deuxième en un quart d'heure, le troisième en trois minutes ; ce dernier ne sert d’ailleurs qu’à la cuisson des œufs à la coque dont le bestiau est particulièrement friand. Comme chaque soir, Il prend son poste un peu avant minuit, et attend que le pétzouille branché sur l'horloge du beffroi, commence sa patrouille, sa hallebarde à la main, en braillant : « il est minuit, dormez en paix braves gens !», dès cet instant, notre grandes-oreilles déclenche son chrono-sable. Après avoir tourné six fois le grand sablier et deux fois le moyen, il tire sur le cordon placé le long du mur mitoyen à la chambre royale. Ce cordon actionne de l’autre côté un pied articulé qui propulse d'un coup dans les miches, un petit oiseau, un coucou suisse, hors de son nichoir. Ce dernier réveillé brutalement et en colère, piaille au dessus du pucier royal, réveillant à son tour la Reine qui lui balance sa mule de vair, pour qu'il retourne dans sa boite.
Je rassure les lecteurs, cette coutume barbare est désormais interdite par un décret inspiré, par la Société Protectrice des Emplumés dirigée par Frigide Darbot, une ancienne star du cinématographe.  
La Reine après avoir pris son benco et s’être apprêtée et pour éviter le risque d’un retour anticipé des mini-mineurs, se décabane et trace sur le ruban qui conduit à leur chaumière où elle arrive en fin de matinée. Elle est revêtue du costume ad hoc’ de la nurse, bitos et pébroque compris ; elle s’asperge le visage du spray de la mixture concoctée par Platt-Fuss. L’illusion est parfaite, elle est devenue le portrait craché de Mary Poppins. Elle toque à la lourde.      

- Qui êtes-vous et que venez vous faire ici ? Demande Blanche-Neige.      
Mary Poppins- Je m’appelle Poppins, Mary Poppins, déclare la marâtre qui avait vu tous les films de James Bond ! Je dois signer un contrat avec les parents de Laura surnommée, la Marie pisse-trois-gouttes. Connais-tu  cette famille ? Puis-je entrer ? Nous serions mieux à l’intérieur pour en parler !      
- Désolée ! Je ne peux délourder, mais approchez-vous de la fenêtre à main droite ! La Reine se déplace vers la droite. Elle se retrouve pique-plante devant un fenestron qui certes peut laisser passer une personne, à la condition qu’elle soit de la taille d’un mannequin anorexique mais qui ne permet pas, à un intrus potentiel, même en se contorsionnant de pénétrer par effraction dans la maison. Elle n’en est pas contrariée car cette réaction était prévue ; le plan consiste à rester à l’extérieur pour endormir la méfiance de la princesse avant de lui porter l’estocade. Celle-ci a d’ailleurs ouvert la vitre et se montre curieuse d’en apprendre d’avantage.      

- Vous ne gardez plus les enfants Banks ? Comment êtes vous arrivée jusqu’ici ? Je connais bien Caroline, la mère de Laura, mais elle ne m’a pas parlé de vous ? Pourquoi aurait-elle besoin d’une nurse ? La fausse Mary Poppins sourit et prend la parole :      
- Bigre ! Quelle déferlante de questions. Ne sommes nous pas dans une contrée qui d’ordinaire est plus calme qu’une cour de récréation en période de vacances scolaires ? J’ignore tes craintes mais ne te caille pas le raisin, je ne vais pas m’éterniser. Indique-moi seulement le chemin pour rejoindre ton amie. Mais tout d’abord, pour répondre à ta demande, je te précise que les enfants Banks sont en villégiature avec leurs parents et Caroline m’a sollicitée pour que Laura ne soit plus un garçon manqué et apprenne les bonnes manières du grand monde. Comment suis-je venue ? J’ai tout simplement utilisé un courant ascendant qui a poussé très rapidement mon parapluie jusqu’à ta chaumière. Le trajet a été si rapide que j’en suis toute décoiffée et mâchurée à cause de mon rimmel qui a coulé. Pourrais-je avoir un miroir pour me dépoutroner ?        

Blanche-Neige fait rapidement fonctionner ses boyaux du cerveau :        
- Tout le monde sait que Mary se déplace avec son trogne-pouce magique comme si elle est aux commandes d’un planeur. Ensuite, la momignarde de Caroline a effectivement besoin d’être recadrée car elle ressemble davantage à Petit Gibus le gamin de Longevernes, le village célèbre par sa fameuse bataille dite « Guerre des boutons », qu’à une vraie jeune fille. Enfin, la coquetterie de Mary est aussi légendaire que son habitude de se regarder dans les vitrines des magasins ; il est donc logique qu’elle me réclame un miroir. Je vais le lui apporter et faire un dernier test, conclut en pensée, la Princesse.       
C’est ainsi qu’elle revient rapidement avec l’objet souhaité
et dépose deux verres et un cruchon d’eau fraiche, sur le rebord du fenestron.      
- Ne trouvez-vous pas qu’il fait soif ? Dit-elle négligemment.       
- Tu as raison ma belle ! répond la travestie. J’ai toujours quelques sirops dans ma besace. Quel parfum désires-tu ?  
- Pomme-cassis !        
- Parfait, approche ton verre !     

La Reine affranchie par son sorcier de cousin avait eu la précaution de remplacer son sac Hermès, par une imitation du sac, apparemment vide, de la gouvernante et duquel elle pouvait sortir une foultitude d’objets les plus divers ainsi que n’importe quel sirop qui corresponde aux demandes les plus farfelues. Le piège était donc en train de se refermer car la gisquette était maintenant persuadée d’avoir affaire à la véritable Mary Poppins.         

Tout en retouchant son maquillage, la reine observe sa bru qui griffonne sur un papelard, sorti de son sac Vuitton, un plan, assorti d’indications, pour lui permettre de se rendre à la petite maison dans la prairie.        

- Ce n’est plus le moment de pinailler, il faut que je profite de mon avantage. Un passage en force me semble réalisable ! décide la mauvaise. Elle pronnonce le mot magique :  Supercalifragistic-expidélidocious ! provoquant à cet instant, un léger zéphyr qui se manifeste en soulevant quelques mèches de la chevelure bien ordonnée de Blanche-Neige, lesquelles viennent se positionner devant ses yeux. L’occasion est trop belle et la Reine s’empresse de la saisir.         
- Ne te casse pas le bourrichon, j’ai un peigne dans ma trousse à maquillage, penches la tête, je vais te recoiffer !         

« Fatalitas ! » Aurait-dit Chéri Bibi. En deux coups de cuillère à pot, le sort de la Princesse est scellé. D’un geste rapide la marâtre, écorche le cuir chevelu de sa belle-fille qui se redresse la respiration coupée sans pouvoir dire un mot s’abousant une fois de plus sur le carrelage de la cuisine. La reine arnouche la malheureuse qui git inanimée au sol. Elle aurait bien voulu s’assurer que la punaise a bien avalé sa chique, lorsqu’un bruit bizarre, une sorte de pétarade, qui allait se rapprochant, l’incite à se barrer pour ne pas se faire arquepincer. Elle calte vers son château en maugréant :
- Gaston n’a pas intérêt à me faire poireauter pour me confirmer que j’ai enfin le ticket gagnant. Sinon je le renvoi en port du, au calife de Bagdad.  

Fin de l’épisode, à suivre...

Nos nerfs sont mis à rude épreuve, la deuxième tentative d’assassinat serait-elle la bonne ? 
Réponse A : Oui et la voiture qui rallège est conduite par « Le chasseur de sorcières » ; il va remplacer le cadavre de Blanche-Neige par celui d’un sosie chargé d’infiltrer le village de Storybrooke où, dans un monde parallèle, la méchante reine est le maire ; il pourra ainsi l’éliminer et mettre la fausse Blanche-neige sur le trône vacant. Ensuite... mais je déraille, je suis en train de dévoiler une nouvelle histoire. 
Réponse B : Blanche-neige ayant dévissé son billard, la marâtre après avoir eu confirmation de Gaston, va renvoyer ce dernier en Perse. Elle va investir Storybrooke où résident tous les personnages de contes pour se faire élire maire et grâce à sa magie les rendre amnésiques, bloquer le temps et rester éternellement la plus belle en étant toujours crainte et respectée par l’ensemble de ses administrés. 
Réponse C : Fabulgone est en plein délire et pétage de plombs. Revenons à la normalité. Ce sera Caroline qui sauvera in-extremis la vie de la princesse grâce à l’aspi-venin qu’elle garde toujours dans
son sac à main Prada
Réponse D : L’ambulance vient d’arriver au domicile de Fabulgone. Deux infirmiers maous costauds le saisissent sans ménagement et lui mettent la camisole avant de l’embarquer pour Charenton. Je crains que ce ne soye la fin du feuilleton !!!
 

Glossaire : 
Se jeter dans les torchons, se pieuter : aller se coucher. 
Momignard, momignarde : garçon et fille enfants ; greluche, greluchon fille et garçon adultes. 
Petzouille : homme du commun. 
Se cailler le raisin : s’inquiéter.  
Se dépoutroner : une poutrone est une femme de mauvaise vie, trop ou mal maquillée et donc se dépoutroner c’est reprendre un visage sans excès de maquillage. 
Trogne-pouce, ce mot était utilisé par la mère Cotivet pour désigner son parapluie. Notre pipelette (concierge) lyonnaise, interprétée par Elie Perigot Fouquier, se produisait sur radio France Lyon de 1927 à 1971. Elle habitait au « cent moins n’un » 99 Montée de la Grand’Côte en bas des pentes de la Croix-Rousse. 
Pinailler : tergiverser, trop réfléchir avant d’agir. 
Se casser le bourrichon : réfléchir sur ce qu’il faut faire. 
Poireauter : attendre debout ; en parler lyonnais on dit être pique-plante.

Épisode 11 – Sauvée ! Mais la marâtre ne désarme pas.

On ne cesse pas de rire parce qu'on devient vieux
On devient vieux parce qu'on cesse de rire

Jean Nohain

Où les cours de secourisme sauvent la princesse, avant que la Reine ne prépare sa sournoise et prochaine attaque.

Bouftou réagit illico. D’un coup de talon il écrase la télécommande ce qui bloque le processus de resserrement et ouvre le tiroir du meuble de la cuisine d’où il sort un couteau à désosser de son étui. En moins de temps qu'il n'en faut à une aubergine pour sortir son carnet de contraventions et aligner un gnasse, qui a posé sa caisse, sans s'allonger d'un ticket de parcmètre, il sectionne les lacets de la guêpière. Le résultat ne se fait pas attendre et notre minette reprend des couleurs, sans toutefois reprendre son souffle. Rêveur qui a son brevet de secouriste, roule à la gamine, un patin du genre pompier professionnel qui remet en route l'oxygène de ses deux soufflets, qu'elle a fort jolis d'ailleurs. Ses pommettes rosissent et ses mirettes retrouvent la teinte bleue et limpide d’une aigue-marine. Rêveur quant à lui rougit d'avoir, pour la première fois, pratiqué son art sur une drôlesse somme toute pas craignosse et il se retrouve planant sur un petit nuage. 

Rêveur le fait redescendre sur terre par le truchement d'un léger coup de latte dans les chevilles et lui demande :
- Pendant que la gosse se requinque, appelle Cosinus sur son portable pour l'affranchir. Je m'occupe du pif de Dandy !

Inutile, je vois nos aminches ralléger au loin sur la route qui poudroie sous le soleil qui flamboie éclairant l'herbe qui verdoie.

Il me semble utile de préciser ici que notre ami a une cousine qui est nonne. Elle se prénomme Anne, et exerce la fonction de surveillante au château du roi Catodik, dont l’épouse espère toujours le retour de son fils. Anne, s’installe tous les matins dans l’échauguette à l’angle droit du pont-levis pour scruter la route et répondre plusieurs fois par jour aux demandes de la Reine.
- Anne, sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
Hélas, l’horizon reste désespérément vide. Mais revenons à notre histoire…

Les quatre nains se pointent sur leurs bicyclettes, sifflotant et pédalant en danseuse, Cosinus en tête et lorsqu'ils pénètrent dans leur chaumière, Blanche-Neige est sortie du colletar ; elle a remis son corsage sur son corps sage et rangé son larfeuille dans son sac Vuitton. Elle est occupée à se  repoudrer son petit nazibus qui n'a rien à envier à celui de Cléopâtra, la jojolle de la pub qui prend son bain d'ânesse en vantant les mérites d'une savonnette.

Tout le monde s'installe au salon ; une tournée de blanc est servie et en sirotant leurs godets, les sept Nains, esgourdent sans moufter le récit de la Princesse. Cosinus félicite Bouftou et Rêveur pour leur intervention rapide, énergique et efficace et il recommande à Blanche-Neige de ne plus délourder à personne. Grisbi et Dynamite, installent une serrure dotée d'un verrou inviolable qu'ils ont récupérée sur une ceinture de chasteté ayant appartenu à une des femmes de la Barbe Bleue. Ainsi, dès le lendemain, ils verrouilleront la lourde et garderont la clé quand ils tailleront au chagrin.
La soirée se passe sereinement. Ils regardent à la téloche les infos de vingt heures qui déverse son flot habituel de délicieusetés : tsunami en Asie, guerre en Afrique, crise financière en Europe, fusillades, hold-up, attentats, accidents...  Hercule réfléchît tout haut :
- Dire que chaque année, ils organisent une cérémonie pour délivrer un prix Nobel de la paix. C'est quoi la paix dans ce monde perturbé ?

- Ne te fait pas bouillir la cafetière lui sourit Blanche-Neige, les journaleux ne montrent que le côté obscur de la planète. C’est pour sacrifier à leur idole, l’audimat.

Petit retour arrière.

La Reine toute guillerette qui avait repris sa trombine habituelle trottine sur le ruban qui la ramène au château. Dès son arrivée, elle rejoint Platt-Fuss pour l'affranchir du succès de leur plan. Ensuite elle cavale dans sa piaule où, d'un coup de zapette magique, elle se branche sur son miroir et interpelle Gaston : 
Gaston voit la princesse réanimée- Pourquoi arbores-tu cette face de carême ? 

- J'ai chopé la crève, crachote-t-il d'une voix faiblarde. Je pars de la caisse. Je frise l'extinction du gosier, le grand silence des agneaux !

- Arrête ta déconne ! T’es vacciné contre la grippe ; inutile d'essayer de me bourrer le mou. Vide ton sac, crache au bassinet et dis-z-y moi. Ne suis-je pas la mieux balancée du royaume et au-delà ? Réponds et je te lâche la grappe. Tu pourras ainsi te mettre les doigts de pieds en éventail et tirer ta flemme.

- Écoute ma poule, je trouve un peu gonflant et réducteur de toujours radoter dans le même registre. Pour changer et si ça te branche, je peux te fourguer les six bons numéros du loto avant qu’ils soient annoncés par Valérie Payet ou le fils Martin. En prime, je t'offre le ticket gagnant du quinté plus. Un pote à moi gratte dans les paddocks. Il est en cheville avec les bookmakeurs. T'alignes dix sacs et tu palpes une brique; c'est bonnard, non ! Vu que je suis le bon zigue, je te cloque gratos la solution de l'énigme du siècle: « Pourquoi la vache qui rit, rit-elle ? »... C'est parce qu'elle est olé au lait.

Gaston se bidonne, mais il est vite arquepincé par la dure réalité de l'existence lorsque la Reine furibarde, lui souffle dans les bronches.

 - Tu me les brises menus avec tes fadaises, je t'ai posé une question et j'attends la réponse. Si tu tergiverse encore, je te fais mettre la tronche sur le billot et j'envoie un SMS à Charles pour qu'il s'amène avec sa hache.

Cette perspective déplait au génie qui ne se voit pas jouer les hommes troncs, et il se résout à lâcher le morcif.     
- C’n’est pas Dieu posse que d'y croire, ma Grande, mais crois-moi, nous avons la scoumoune, la pestouille, le guignon, le bocal de cerise car la mignonne que j'arnouche est toute pimpante. Elle vient de sortir de son sac Vuitton une filoche, car demain elle accompagne Caroline aux soldes. Pendant qu'elles feront rougir la carte bleue, Charles débitera quelques stères de bois et je le vois en train d'affuter sa hache. De son côté...

- Arrêtes tes piapiateries, j'ai le palpitant qui s'emballe. C'est quoi cette embrouille ? Pourquoi la sale gosse n'est-elle pas calanchée ?

- A dire vrai, ma Reine, pendant que tu officiais auprès de la donzelle, cet ahuri de Dandy s'est éclaté le tarbouif. Il a fallu le rafistoler et les nains ont déhotté plus tôt du turbin afin de soigner le maladroit et aussi pour permettre que Grisbi fasse la déclaration d'accident du travail à la sécu. Tu venais à peine de tourner au coin du bois quand ils sont arrivés à la casbah. Bouftou s'est précipité pour décorseté Blanche -Neige qui commençait à fermer son parapluie puis il l'a réanimée. La belle bougresse s'est rétablie et donc, te voilà à nouveau première dauphine. Mais à part ça ma Reine, tout va très bien, tout va très bien !

La Marâtre piaule au charron à en faire trembler le miroir. Le pauvre Gaston n'en mène pas large.
- Es-tu bien sûr de n'avoir pas fumé la moquette ou quelques champignons hallucinogènes ? Es-tu bien branché sur le bon canal ? Ne peut-il pas y avoir gourance ? Questionne la Reine.

- Que nenni, et tu sais bien que je suis programmé pour ne jamais mentir ! confirme Gaston.

La mauvaise, ivre de rage, déconnecte le miroir et débaroule en bougonnant, via l'ascenseur de sa piaule, jusqu'à son laboratoire secret. Le sorcier en la voyant cramoisie et fumant du bocal, reste planqué dans un coin, sans moufter, laissant passer l'orage.

Tout en ronchonnant, elle concocte fiévreusement un poison à base de poudre de pustules de crapaud, de viscères de fugu et de venin de scorpion qu’elle verse dans un petit creuset de cristal rempli à moitié de bave d’escargot. La préparation terminée, elle en badigeonne, les dents d’un peigne à chignon en corne (la corne est un produit naturel qui retient bien le poison dixit : Locuste empoisonneuse de Britannicus, Fransesca Giordano empoisonneuse des Borgia, La Brinvilliers, La Voisin... pour ne citer que les plus célèbres) qu’elle laisse sécher quelques minutes à l’air libre et, se retourne vers Platt-Fuss...

Fin de l’épisode, à suivre...

Que va proposer la marâtre ?

Réponse A – Je vous sens impatients(es) de connaître la suite ! Pas de panique elle arrive bientôt car comme le dit Fabulgone : « rien ne sert de courir… si on n’est pas pressé ! »
Réponse B – De nouveau transformée, la reine va réussir à écorcher le cuir chevelu de la princesse qui va en ravaler sa chique.
Réponse C – Oui, mais Caroline va se pointer sur ces entrefaites pour accompagner son amie aux soldes. Elle va la sauver in-extrémis. 
Réponse D – Pas du tout, Blanche-Neige va se transformer en crapaud (erreur de dosage du poison). La reine prenant le crapaud pour un prince va lui taper la bise ; elle va se retrouver transformée à tout jamais en sorcière la plus moche de tout le royaume tandis que le batracien part rejoindre la mare la plus proche.

On n’est pas sorti de l’auberge !

Glossaire
Gnasse ou gniasse : quidam ordinaire
Soufflets : les poumons et par extension seins, sachant que plus de cinquante mots d’argots désignent les seins féminins
Un coup de latte : coup de pied chaussé puisqu’une latte est une chaussure ; par contre, latter c’est donner un coup de pied chaussé ou non.
Sortir du colletar : se réanimer : coaltar, colletar ou coltar état d’ivresse ou d’évanouissement, voire situation embrouillée.
Larfeuille : portefeuille, porte-cartes.
Tailler au chagrin : aller au travail, le chagrin c’est l’emploi salarié ou non.
Se faire bouillir la cafetière : c’est la vraie prise de tête.
Partir de la caisse : être pris des bronches, pneumonie limite emphysème. 
Cracher au bassinet : c’est avouer mais pas spontanément. 
Arquepincer : se faire rappeler à l’ordre, se faire arrêter, interpeller en étant saisi. 
Scoumoune, pestouille, guignon, bocal de cerise : quelques termes traduisant la malchance. 
Arnoucher : scruter, regarder avec attention, du pur San-Antonio (son dictionnaire). 
Filoche : sac pour les courses, filet à provisions en parler lyonnais. 
Calancher, fermer son parapluie : mourir.
Piauler au charron : hurler en s’énervant, monter sur ses grands chevaux. 
Fumer du bocal : être rouge de colère. 
Ravaler sa chique : agoniser

Épisode 10 – La première attaque

On dit que la jeunesse ne croît plus à rien. Quelle tristesse...
Et si un jour le Père Noël ne croyait plus aux enfants !

Pierre Doris

Où la coquetterie peut se révéler mortelle.       

- Bonjour Poupée ! T’es un vrai prix de Diane, pas une radasse. Mais, que regardes-tu par-dessus mon épaule ?         

- Je ne vois pas tes assistants, le caméraman, le perchman, les maquilleuses, le chauffeur de salle… tu es venue seule ? 

La Reine travestie éclate de rire.      
- Je vois à quoi tu penses, ma Belle, mais il y a gourance ; la téloche ça eût payé, mais ça paye plus. J’ai été « remerciée » et pour faire ma pelote, on me proposait de présenter les résultats du loto, mais j’ai laissé le job à ma copine Valérie Payet qui, de son côté s’est faite larguée de Canal.
Pendant quelque temps, j’ai été représentante en « sacavomi », pour les compagnies aériennes, les personnes qui ont le mal des transports, les femmes enceintes,… mais j’ai dû arrêter car les démonstrations me coupaient l’appétit et je frisais l’anorexie. Je me suis ensuite dirigée vers la vente des urnes funéraires personnalisables. Un gros fumeur en a commandé une qui imitait un paquet de gauloises et à la place de la mention « fumer tue !», il a fait indiquer « trop tard ! ». Ça marchait bien, mais il fallait toujours avoir l’air constipé alors j’ai plongé dans la grosse déprime.
Lorsque j’ai essayé d’assurer, en qualité de conseillère, les réunions de promotion d’articles ménagers en plastique biodégradable, j’en ai eu vite ma claque de me taper du thé et des gâteaux rances servis par des mémères à triple menton ; je prenais la bouée autour de la brioche et cette fois, je devenais boulimique.

Blanche neige 1Heureusement la roue tourne comme disent les voyantes et les patrons de loteries pendant les vogues, et c’est alors qu’au salon du charme et de l’érotisme, j’ai rencontré la patronne de la ligne de lingerie coquine de chez "Dessous Chéri" et depuis, je m’éclate. J’ai justement une exclusivité qui devrait te mouler comme un gant, si je peux me permettre cette expression, ma mignonne. Elle sort de son sac Hermès l’article tendance dernier cri « Guêpière désir », avec nuisette assortie.     
- Je te montre l’ensemble rouge, mais il existe aussi en noir ou en violet cardinal qui se vend beaucoup chez les grenouilles de bénitiers qui résident dans la principauté du Vatican.     

- La couleur me convient, dit la princesse, et je suis tentée, mais n’est-ce pas un peu osé et ne vais-je pas passer pour une poutrône ?     

- Que nenni ! J’ai pour clientes les reines, les princesses et les dames de cour et je suis certaine que ton prince charmant approuverait ton choix.     

- Je n’en ai point, soupire Blanche Neige. Emballe-moi la chose, je vais chercher mon larfeuille dans mon sac Vuitton pour te cigler l'achat.                       

- Attatends ! Jabille la Reine, il me semble nécessaire de vérifier que l’ensemble est à la bonne taille et qu’il n’est nul besoin de retouches. Tu aligneras l’oseille plus tard. Quitte seulement ton corsage que je procède à l’essayage.     

Blanche-neige s’exécute et aussi sec, la mauvaise lui cloque la guêpière qu’elle boucle soigneusement avant d’initier le maléfice. Inexorablement, le vêtement se resserre comprimant le buste et la poitrine de Blanche-neige qui s’interloque. Comme elle ne  parvient plus à prendre sa respiration, elle s’abouse en suffocant. 

Laissant la pauvrette pré-agoniser sur le carreau, la Reine reprend sa forme originelle, ricane et déclare :      
- C’est bien fait pour ta fraise, y n’fallait pas me foutre en pétard, fulmine-t-elle... Je dépense des fortunes pour rester top model et tu me casses la baraque. Bon d’accord, c’n’est pas mon fric mais j’ai dû instaurer une TVA (taxe pour la vieille ajoutée) de 3% sur les médocs non remboursés par la sécu ce qui accroît mon impopularité. C’est vrai que je m’en fiche aussi comme de ma première couche-culotte, il n’empêche que tu me files les abeilles. La fermeture de la guêpière est radio commandée et j’ai réglé sur vitesse très lente. J’aurais bien aimé assister à ton agonie car tu vas filer de l’huile pendant au moins deux plombes, mais les affaires m’attendent. J’ai rencard avec le roi Catodik pour remplacer mon miroir-écran plat ; son fils n’est toujours pas retrouvé alors il fait le commercial à sa place. Je te laisse la commande qui émet un ricanement toutes les quinze broquilles avant de déclencher un nouveau resserrement, ça te distraira... Je me casse !     

Pendant la causerie entre la Reine et sa belle-fille, un incident s’était produit dans la mine où les nains travaillent. Dandy s'est aligné le tarin à cause de l'effet rebond d’un coup de pioche qu'il avait asséné un peu vivement, sur la paroi de la mine de diamants qu’ils exploitent.
Je précise qu’ils sont les fournisseurs exclusifs des meilleurs joailliers d'Anvers et pour satisfaire la demande, ils turbinent sec en ne s'accordant que de courtes pauses. 
Or, un surcroit de productivité comporte parfois des effets pervers, en augmentant les risques inhérents au fait que la mine, par ses conditions de travail, s’apparente à la base à un grand chantier de l’extrême, particulièrement accidentogène. Reprenez votre souffle et ne soyez pas ébaubis, la phrase qui précède est extraite d’un rapport de la médecine du travail, écrit en 2007. Comme quoi la réalité rejoint parfois la fiction.

Bref, résultat des courses, Dandy est un brin amoché et son raisiné pisse gros malgré les premiers soins reçus. Cosinus décide qu'il doit rentrer à la piaule en étant, conformément aux règles de sécurité prônées sur les chantiers, accompagné de deux camarades ; ce sont Bouftou et Rêveur qui s'y collent. Il juge également, en ce début d’après-midi, que toute l’équipe s’est un max fait suer le burnous, aussi suggère-t-il de plier les cannes et de rentrer plus tôt dans leur carrée.     
- Partez devant, nous vous suivons ! Dit-il à Bouftou     

Celui-ci enfourche le tandem où l’attend Rêveur qui a accroché un van à l'arrière du biclou après y avoir installé le blessé à l’intérieur. Ils pédalent de conserve (comme le dit Bonduelle) et atteignent rapidement leur bicoque.     

- Nom d'un rat ! S'exclame Bouftou, regardez ! La porte d'entrée est entrouverte !     

- Je dirais même plus, elle est entrouverte, confirme Rêveur qui a lu Tintin.     

Les deux rase-bitumes, armés de leurs pioches, pénètrent dans l'estanco sous le regard inquiet de Dandy resté en arrière. Ils zyeutent Blanche-Neige allongée au sol, les calots tourneboulés. Elle semble prête à partir à dame et ça sent la fin de saison. Près d’elle, un petit boitier se met à émettre un sinistre ricanement. 

Fin de l’épisode, à suivre... 

Blanche-Neige, va-t-elle épouser la Camarde, manger les pissenlits par la racine, souffler sa veilleuse ? Comment va-t-elle va se tirer de ce mauvais pas! 
Réponse A - Suite à un faux contact, la radio commande provoque un tir de missile qui fait exploser le château de la reine annulant le charme qui disparaît, libérant ainsi notre gisquette. 
Réponse B - C’est Blanche Neige qui ricane car elle avait fait un stage chez Houdini en se défaisant d'une camisole de force en moins de cinq broquilles et elle vient de se libérer elle-même du carcan qui l'oppresse. 
Réponse C - Rêveur, accompagné de Bouftou (qui va bloquer le compte à rebours fatal), possède son diplôme de secouriste et il sauve  la princesse. 
Réponse D - Malgré tous leurs efforts, la minette va pousser son dernier soupir, d’autant qu’elle a compris que fabulgone, en panne d’imagination, ne parvient plus à écrire la suite du récit.
 

Glossaire : 
Prix de Diane : jolie et fraîche jeune fille genre miss France. 
Radasse : femme de mauvaise vie qu’à des heures de vols et n'est plus très fraîche. 
Faire sa pelote c’est gagner correctement sa vie pour mettre de l’argent de côté et une bonne pelote peut amener la fortune. 
Avoir sa claque : se lasser, en avoir assez, ras-le-bol... 
Cigler c’est payer comptant en argent liquide. Idem pour aligner l’oseille
Cloquer : mettre quelque chose à quelqu’un sans ménagement, rapidement. 
S’abouser : en parler lyonnais se dit de quelqu’un qui tombe mollement par terre, métaphoriquement et parlant par respect, comme une bouse de vache. Le lyonnais, toujours soucieux de ne pas choquer son entourage, précède une formulation scabreuse ou scatologique de « parlant par respect ». 
Filer ou avoir les abeilles : être énervé, expression très prisée des méridionaux : amis du midi bonjour ! 
Filer de l’huile : mourir lentement, à petit feu et pas obligatoirement dans la souffrance comme ici. 
Aligner (s) le tarin, le blair, le pif : c’est vraiment se cogner le nez à en saigner. 
Raisiné pisse gros : nous sommes dans le cas d’un saignement de nez conséquent, le sang est associé à la couleur du jus de raisin. 
Plier les cannes : en argot, une jambe est une canne qui vient de canne à pêche puisque la jambe est constituée de plusieurs éléments (cuisse, genou, mollet...). Avant de partir, le pêcheur, démonte sa canne-à-pêche et donc plie les cannes ; par extension, plier les cannes, c’est aussi quitter une activité, un travail sous-entendu avec son matériel puisque dans les autrefois, les ouvriers avaient leurs propres outils. 
Biclou : vélo, bicyclette. On disait aussi biclo mais le biclou et le clou se sont imposés. Bécane est plus utilisé pour un cyclomoteur voir comme le terme générique d’un appareil, un ordinateur, une imprimante et toute autre machine.
Calot : bille, châsse, hublot ...une trentaine de mots et expressions associées désignent l’œil ou les yeux (au pluriel). 
Partir à dame : s’évanouir, vient de l’époque où les corsets trop serrés provoquaient des évanouissements et lorsque les coquettes feignaient de partir en pamoison. 
Ça sent la fin de saison : ce sont les derniers instants d’un agonisant. 
Epouser la Camarde... souffler sa veilleuse : quelques-unes des 48 expressions pour mourir. 

Commentaires (3)

fabulgone
Adorable chicpie, content de te retrouver. Dans les autrefois il y avait des échanges de commentaires, mais ce n'est plus le cas et rares sont les commentaires que je reçois malgré que chaque mois entre 1500 et 2000 pages sont lues. L'important est que mes articles plaisent. J'avoue que comme tous les artistes, je suis sensible à la flatterie. Heureusement, j'ai des retours verbaux. T'imagines, si Jef et Pierry passaient par là !!! comme disent les jeunes ça déchirerait avec un déluge de commentaires plus farfelus les uns que les autres. Bisous ma Chicpie.
ginie la pie
  • 2. ginie la pie | 01/07/2016
Bonjour pipa,
j'en étais sûre que blanche neige allait survivre !! J'aime quand ça se termine bien. Faut que je me méfie j'ai ma coiffeuse qui vient cette après-midi faudra pas qu'elle est pris un peigne à poison et que je me retrouve avec plus un poil sur le cailloux!! héhé.
BISOUS, bisous je m'envole flap flap flap
ginie
  • 3. ginie | 28/06/2016
Et bien me revoilà pour quelques jours sur la toile..........d'araignée au passage n'aurais-tu pas parlé des réunions tuperwar !!! on y mange très bien et c'est pas des mémères scrogneugneu. Mon pipa je suis déjà inscrite à la newsletters pouf pouf . Complètement déconnectée la pie. bisous je m'envole

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